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L’administration Moïse/Lafontant, quelle politique migratoire ?

11 janvier 2018, 10:47 catégorie: Actualité3 083 vue(s) A+ / A-

Des Haïtiens en partance pour le Chili.

 

Des statistiques indiquent que plus de 150 000 compatriotes ont fui vers le Chili et le Brésil en seulement deux ans. La situation est comparable à des pays en guerre, confrontés à de graves crises économiques ou à des pénuries alimentaires. Cependant, le président Moise dans son discours à la nation lors de l’ouverture de la nouvelle année législative ne semblerait pas trop s’en soucier, pas plus que le chef du gouvernement qui passe à côté de ce sujet dans son allocution lors de la présentation de son bilan.

Jovenel Moïse dans son discours sur l’état de la nation au Parlement, a évoqué en quelques mots ce dossier. Il a insisté sur la nécessité pour que les jeunes puissent bénéficier d’une formation adéquate leur permettant d’intégrer le marché du travail et vivre convenablement dans le pays. Le président déplore le fait que des compétences haïtiennes se trouvent souvent dans la nécessité d’aller consolider les économies d’autres nations de l’Amérique notamment, faute d’opportunité en Haïti.

Les fermetures des frontières américaines et dominicaines ont poussé les migrants haïtiens à regarder vers d’autres horizons. De plus, la Direction générale des migrations (DGM) qui décrit un tableau sombre de cette situation a dévoilé cette semaine le nombre d’Haïtiens rapatriés ou non admis sur le territoire dominicain en raison d’une situation migratoire irrégulière non conforme aux dispositions de la loi 285-04, pour la période comprise entre le 1e janvier et le 31 décembre 2017.

Le rapport indique qu’au cours de cette période, plusieurs centaines d’opérations de contrôle migratoire ont été menées sur l’ensemble du territoire national, où des étrangers ont été arrêtés, dont 57,996 ont été expulsés. En plus des expulsions, le rapport révèle que 52.034 Haïtiens supplémentaires en situation migratoire irrégulière qui tentaient d’entrer sur le territoire dominicain ont été refoulés aux frontières. Ni Lafontant, ni Moïse dans leur allocution respective n’ont rien dit presque sur la politique migratoire du gouvernement.

Haïti qui représente au moins 99% des personnes expulsées, le rapport mentionne que divers ressortissants de 32 autres nationalités ont été également rapatriés dans leur pays en collaboration avec leur ambassade respective (Allemagne, USA, Brésil, etc.), comme s’il n’y avait pas d’ambassadeur haïtien en République dominicaine.

À Port-au-Prince, on ne demande plus la destination d’un migrant. On sait qu’il s’est envolé vers le Chili. Dans les conversations le départ vers le Chili est utilisé comme une expression. Quand on rencontre un voisin ou un ancien collègue après quelques semaines on lui dit « étiez-vous au Chili ? ». Cette vague de migrants ne semble pas trop émouvoir les autorités et les citoyens qui ont toutefois appelé à des dispositions pour freiner le départ vers l’étranger des jeunes formés parfois même dans de grandes universités du pays.

Les Haïtiens ont l’habitude des migrations massives vers Cuba, le Canada, des pays africains, et récemment la République dominicaine, Bahamas, Guyane et d’autres pays de la Caraïbe. Reconnus pour leur hospitalité les Haïtiens espèrent trouver cette vertu chez leurs voisins proches ou lointains. Ils risquent d’être déçus, car certains États, dont la République dominicaine et les Bahamas, ont déjà changé leur politique migratoire afin d’empêcher un afflux de migrants haïtiens.

Rappelons que plus de 50 000 migrants haïtiens bénéficiant d’un délai de 18 mois après l’expiration du TPS espèrent une nouvelle législation pour demeurer aux États Unis. D’autres états, tel le Canada avec une politique migratoire très sélective ne peuvent devenir une terre d’asile pour les migrants haïtiens en 2018.

Selon les chiffres officiels, pour l’année 2017, les migrants haïtiens vivant au Chili ont envoyé à leurs proches en Haïti des transferts de l’ordre de 15 millions de dollars américains. Ce qui fait du Chili désormais la deuxième principale source d’envois de fonds vers Haïti en 2017, après les États-Unis. La République dominicaine et le Brésil ont contribué respectivement à hauteur de 8 millions et 6 millions de dollars sur la même période. Est-ce pour cela que le gouvernement n’a pas intérêt à freiner la vague ?

Max Rosebert Shoewer Lubin

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