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« La tyrannie de l’insouciance », le puissant ouvrage de Géraldo Saint-Armand

15 mai 2018, 8:51 catégorie: Culture3 545 vue(s) A+ / A-

Couverture du livre de Géraldo Saint-Armand.

 

Un nouveau débat est lancé. Le professeur Géraldo Saint-Armand, qui avance déjà des thèses qui s’en prennent aux aînés, développe l’idée selon laquelle l’État haïtien est un État fort.

Dans son essai La tyrannie de l’insouciance. Essai sur l’expérience de l’histoire du temps, paru en 2017 chez les éditions Ruptures, le sociologue Géraldo Saint-Armand analyse la réalité sociale inégalitaire en Haïti. Une analyse qui lui a permis de développer la thèse : l’« État haïtien est un État fort », une thèse qui prend le contre-pied de celle de l’économiste suédois André Corten, élaborée dans son livre État faible. Haïti et la République dominicaine.

Régime d’historicité

En fait, le professeur Saint- Armand, à travers cet essai, analyse notre rapport au temps. Par une approche sociohistorique, il montre comment, malgré les différents mouvements sociaux, la classe dominante arrive à reproduire l’ordre social ségrégatif, tant sur le plan économique, qu’éducatif et politique. Et, avec le support du cadre cognitif haïtien, l’élite, qu’il qualifie d’égoïste et parasite, arrive à consolider l’apartheid social.

En effet, l’ordre social est inscrit dans un régime d’historicité marqué par une forme de présentisme. C’est-à-dire, un ordre où le passé vit encore dans le présent, et vivra [probablement] dans le futur. Par conséquent, la masse haïtienne est enfermée dans sa position sociale de façon continuelle, où elle est marginalisée.

Pour maintenir la masse dans la misère, la figer dans son état de marginale, l’élite économique trouve le support, de ce que l’auteur appelle, l’espace de médiatisation, constitué, entre autres, de l’église, l’université, la presse, des organisations patronales et syndicales, du champ politique. Et, cet espace fait le pont entre la classe dominante et la classe dominée.

L’État fort en Haïti

Ainsi, la masse est-elle reléguée dans ce que Myriam Revault d’Allonnes appelle des « espaces sociaux vides ». Ces derniers constituent un ensemble de milieux qui dansent dans la crasse, sans la présence des institutions étatiques ; sans la présence de l’État. C’est le cas des quartiers populaires, des bidonvilles, des milieux ruraux. Les individus survivent dans un espace d’expérience sans horizon d’attente. En effet, l’auteur soutient qu’il est erroné de rechercher la force de l’État où il n’est pas. Autrement dit, les espaces qu’occupe la masse, étant des espaces sociales vides, n’ont aucune présence réelle de l’État. De ce fait, la force de l’État ne peut se trouver que dans les milieux bourgeois. Il faut analyser la manière dont ces espaces sont structurés, les dispositifs mis en place pour s’assurer de leur bien-être. Sur la question sécuritaire et d’intervention étrangère, l’auteur soutient que les interventions en Haïti sont toujours négociées.

La migration

Cet État prédateur, pour reprendre l’expression de Mats Lundahl, n’est qu’un instrument pour faciliter l’enrichissement des élites et leur domination sur le reste du corps social. Et, les politiques mises en place ne favorisent que l’accroissement de la distance sociale. Pour s’échapper de cette machine nécropolitique, la masse fait recours à la migration (chap. IV et V). Toutefois, aucune politique migratoire n’est mise en place. Au contraire, la diaspora est exploitée, et son capital est dilapidé.

L’auteur propose un mouvement social économique. Il pense que le problème sur le pays n’est pas politique, mais plutôt économique. Pour faire équilibre aux élites, il faut des mécanismes pouvant attirer des fonds dans les secteurs de production. Et surtout, impliquer la communauté diasporique dans le développement local.

Ce livre mérite bien d’être lu et relu. Il fait la socio-histoire de notre rapport au temps. Plusieurs thèses sont avancées par l’auteur ; outre celle de l’État fort, il soutient que le système social haïtien n’est pas en crise. Des idées qui méritent bien d’être débattues.

Le sociologue Géraldo Saint- Armand est professeur au Campus Henry Christophe de Limonade. La tyrannie de l’insouciance est son deuxième essai. Le livre est disponible sur les sites de commerce en ligne, et dans les librairies du pays.»

Micky-Love Mocombe

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