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La résonance culturelle

14 mars 2017, 12:19 catégorie: Édito11 983 vue(s) A+ / A-

On se demande pourquoi la Culture ne figure pas aussi comme une priorité de Politique générale ? Pourtant, on maintient son ministère. On paie son personnel. On lui demande de la logistique et des moyens financiers durant des manifestations publiques de plus en plus hybrides. Nous parlons de la cohabitation d’expériences annuelles de créativité scénique locale et d’outre-mer.

Au gré des conjonctures, on lui colle le ministère de la Communication politisée au temps de la propagande dictatoriale. Il semble que l’actuel ministre n’y a jamais mis les pieds, à cette structure devenue une petite bureaucratie liée à des questions d’ondes, d’antenne que le Conseil national de télécommunication devrait gérer. Souvent, on observe des empiétements entre Culture et Tourisme tandis que les Cultes sont aux…Affaires étrangères ! Nos dirigeants n’ont pas encore une idée très nette de la Culture et de ses impacts.

Le flou et l’amalgame laissent le ministère de la Culture dans une abstraction dilettante et éclectique. Des efforts sont déployés pourtant par des directions sous la tutelle du ministère de la Culture. Il y a aussi des couacs administratifs ici et là. Le Mupanah, par exemple, semble évoluer en toute autonomie. Et on n’entend plus parler de l’Institut de protection du patrimoine national. Durant ces dix dernières années, le livre est devenu le point de mire des opérateurs culturels. Mais, le livre n’est pas que lecture. Ce qu’il propose dépasse le cadre étroit des pages. Sur ce point, la mobilisation éparpillée autour de l’imprimé ne peut aboutir qu’à l’apprentissage d’un intellectualisme décadent. On a fait un pas avec le Bureau des droits d’auteurs. Mais le marché de la production musicale est torpillé. Les moyens sont trop maigres pour policer la légalisation du secteur.

De quoi donc s’occupe le ministère de la Culture quand l’environnement se dégrade de jour en jour, quand la production nationale est réduite à une peau de chagrin, quand nos trottoirs sont envahis de « pèpè », quand le carnaval est transformé en un spectacle d’éloge à la trivialité, quand les quartiers sont pollués par des cultes qui culpabilisent la mentalité collective, quand les buildings de la reconstruction n’ont rien à voir avec l’architecture haïtienne ?

Finie l’époque fanée qui faisait croire que « la culture c’est ce qui reste quand après avoir tout appris, on a tout oublié. » Qu’est-ce qu’on a appris ? Savoir tenir le violon du bon nègre alors que le tambour, malgré l’Indigénisme, est relégué dans son coin folklorique ? Tirer une fierté à voir un tableau de Monet dans un musée métropolitain alors que les sculptures africaines sont reléguées à la ritualité magique ? Pouvoir tout lire de Proust alors qu’Aimé Césaire est un illustre inconnu. La Culture donc serait l’esthétique du comportement « civilisé » et l’imposante illustration de valeurs dominantes !

 Sans tomber dans un dogme nouveau, disons que cette forme-là de culture élitiste ne peut nous conduire qu’à de plus graves impasses. Considérons que chaque « ministère de priorité » détient un accompagnateur culturel. Sa mission serait de trouver les relations entre l’imaginaire et la réalité sur laquelle se penchent nos technocrates. Son devoir serait de mobiliser, d’expliquer, d’identifier la résonance du domaine prioritaire dans les diverses instances culturelles. Un nouveau propagandiste ? Pourquoi pas. La nuance c’est de trouver les formes organiques de la Culture. L’accompagnateur culturel est dans le lieu d’une synthèse gouvernementale liée à l’éthique et l’identité nationales.

 Les résultats du ministère de la culture sont mitigés. Sa plus grande erreur est l’éparpillement institutionnel de notre conscience collective.

Pierre Clitandre

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