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La peau de la femme noire !

16 mai 2018, 9:20 catégorie: Édito22 912 vue(s) A+ / A-

Quel regard porte-t-on sur la femme noire dans la première République dite noire du monde ? C’est une question qu’on a le droit de se poser, mais on ne veut pas en débattre. Il y a un fossé entre les discours et la réalité. Sauf que la réalité d’hier et d’aujourd’hui n’ont de différent qu’une certaine honte, une certaine gêne à afficher publiquement, de manière frontale, certains préjugés nés d’un imaginaire vicié.

Si beaucoup de chantres de la Négritude et de défenseurs de l’africanité tenaient à épouser des femmes blanches ou de teint très clair, une unité de pulsions qui écarte l’hypothèse de la relation amoureuse saine qui fait fi des stéréotypes, les clips à la télévision privilégient aussi les femmes au teint clair, dans des scènes qui sont des génuflexions à l’avoir et à la consommation capitaliste. Si femmes noires il y a, l’apparat principal, semble-t-il, de la féminité est gommé : la chevelure. Le crépu est interdit. Il faut du faux. Longues tresses. Longue chevelure. Cheveux au vent comme on dit chez nous. Un faux qui plait aux hommes, les hommes noirs surtout pour qui posséder une femme blanche ou de teint clair est une revanche prise sur un mépris qu’on voue à ses origines. Un mépris de soi qui vient avant le mépris des autres, ceux qui ont failli nous anéantir sur les plantations, ceux qui ont violenté les femmes noires sur ces mêmes plantations et qui ont nous ont laissé un héritage devenu presque une malédiction sur la terre d’Haïti.

On nous faisait remarquer que les étalages de beaucoup de commerce sont pleins de produits pour se blanchir la peau. Une publicité tourne en boucle sur des stations de radio vantant l’efficacité de crèmes, de savons, d’huiles, devant rendre la peau « belle », la peau de la femme noire bien entendu. Elles sont légion celles qui tiennent à s’éclaircir sans se soucier des dommages non seulement graves, mais irréversibles –cancer- que cela peut causer à leur santé. Celles qui n’ont pas les moyens de se payer ces produits recourent à des formules tout à fait farfelues et aussi dangereuses. Le « douko », mot créole qui fait référence à la peinture appliquée sur la carrosserie d’une automobile, se généralise. Il n’est plus l’apanage du sexe féminin. On peut être totalement surpris de découvrir qu’un ami, qu’une connaissance qu’on n’a pas vue depuis quelques jours a éclairci. Dans le jargon pourri, fruit de notre imaginaire vicié, on dit que la peau s’est «embellie » c’est-à-dire qu’on n’a plus la peau laide… la peau noire.

Combien de filles noires ont trainé toute leur vie des traumatismes dus à cet imaginaire corrompu ! Mépris dans leur famille. Quolibets, etc. Même quand on aurait la peau un peu plus claire, la chevelure doit être souple, lisse, facile à coiffer, comme si dans cette république qui se veut hypocritement noire, on vouait un ressentiment féroce, envers celles qui auraient dû avoir droit à toute notre admiration et tout notre respect. Ces femmes, même les plus intelligentes, les plus cultivées, sont souvent dédaignées, dépréciées, considérées – on ne l’avouera pas- comme des objets sexuels, pendant qu’on fantasmera sur la blanche ou sur la claire. Si seulement une blanche valait deux noires comme en musique. Les noires sont encore loin de cette évaluation. Par la faute d’une histoire manipulée, d’une sévère névrose collective et d’un imaginaire, nous le répétons à dessein, vicié.

Gary Victor

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