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La nation ravagée

13 septembre 2018, 10:55 catégorie: Édito22 769 vue(s) A+ / A-

On assiste à un réveil des citoyens. La demande de reddition des comptes pour les fonds du Petrocaribe reçoit de plus en plus d’appuis au pays et en terre étrangère. Le système plie, mais ne rompt pas. La corruption est profondément ancrée. Des intérêts qu’on ne soupçonne pas sont en jeu. Pire, il y a des régiments de citoyens qui ont fait leur plan de vie en fonction de la corruption. Certains ont même reçu de Dieu la mission de changer le pays. Si les choses changent, ils se retrouveront les deux bras ballants, ne sachant plus à quel saint se vouer. Il y a aussi les étrangers qui ont collaboré à la dilapidation des fonds. Bref, il faudra des légions de volontés pour faire avancer un tant soit peu la lutte contre la corruption dans notre pays.

Ceux qui veulent que le système de la corruption reste en place sont le dos au mur. La situation n’est pas à leur avantage. Cette situation est l’appauvrissement encore plus accéléré de la population qui n’aboutit qu’à la destruction de notre espace physique. Peuvent-ils continuer à gérer l’ingérable ? La République dominicaine souffre du problème de la corruption, mais pas celui du kokoratisme, du mépris de la nation. Chez nous, kokoratisme et mépris de la nation font marcher à plein régime le moteur de la non-gouvernance. Qui n’a pas entendu cette réflexion d’un riche du pays déclarant qu’il est bien avec le chemin menant à sa maison en très mauvais état, car ainsi n’importe qui ne fera pas l’effort de venir frapper à sa porte.

Il faut vraiment avoir une haine de la nation pour avoir laissé cette chance passer de réaliser le minimum avec les fonds du Pétrocaribe. La comparaison avec la République dominicaine est plus que choquante. Ont-ils plus de ressources que nous ? Ont-ils plus de matière grise que nous ? Ils ont quelque chose que nous n’avons pas : l’amour de leur pays. Nous avons quelque chose qu’ils n’ont pas : le kokoratisme qui est à la fois l’ignorance, l’ancrage à la tonnelle, à la boue, le voir petit, et un attachement névrotique à une sorte de grégarisme crasseux.

Le mouvement qui prend forme contre la corruption, pour la reddition généralisée de comptes, devra faire face principalement à un État déjà corrompu et qui ne peut que s’arcbouter à toutes les pratiques qui peuvent protéger sa survie. Il est symptomatique qu’on verse de l’argent aux gangs pour qu’ils se tiennent tranquilles au lieu d’avoir un système de sécurité capable de contrer les bandits. On saupoudre les médias à coups de millions pour tenter de noyer le poisson. Dans cette mare, les Thémistocle Epaminondas ont le jeu facile. Le mouvement peut être utilisé par de grandes gueules dans les rues ou derrière les micros et qui n’attendent que l’occasion de monnayer leur silence ou leur retournement. Il y a aussi les affairistes qui ne font plus d’affaires à cause des affairistes profitant de ce pouvoir et qui veulent tout chambarder pour que le jeu reprenne à leurs avantages.

Il n’y a que le peuple haïtien dans son dénuement qui peut décider. Soit il continue à se faire dépouiller, en attendant le retour de Jésus ou une fuite vers l’étranger, soit il décide de prendre son sort en main. Il arrivera un moment où il ne décidera même pas. Le proverbe dit : tout bèt jennen mòde.

Gary VICTOR

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