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La malédiction libyenne

21 novembre 2017, 10:07 catégorie: Édito13 579 vue(s) A+ / A-

Les images de migrants africains vendus sur des marchés d’esclaves en Libye ont provoqué une onde de choc dont les répliques continuent de faire des vagues à travers le monde.

Des scènes qui ont remué le couteau dans la plaie encore mal fermée de la traite de millions de femmes et d’hommes sur fond de génocide et d’exploitation économique planifié par un ordre international inique ; c’était il y a seulement deux siècles. L’exploitation de l’homme par l’homme à des fins économiques dans un total asservissement constitue une entaille profonde dans notre humanité. Elle rabaisse notre condition humaine, avilit les idées de progrès qui ont servi d’élan à nos civilisations.

Le reportage diffusé sur la chaine américaine CNN a eu le mérite de mettre face à la bonne conscience internationale la laideur d’un monde qui opère depuis quelque temps un brutal retour à des pratiques insupportables. À un moment où dans certains grands pays, la construction de murs remplace les politiques publiques solidaires et l’accueil de migrants perçu comme du folklore écologique, la tragédie libyenne vient sonner l’alarme sur le déni d’humanité qui nous menace.

Ces images troublantes qui ont fait le tour des réseaux sociaux ne sont que la pointe d’un iceberg géant baignant dans les eaux profondes et glauques du commerce des organes, de la traite des femmes et des marchés clandestins d’esclaves. Elles ne font que lever le voile sur des pratiques illicites de certaines mafias mondialisées qui bénéficient du laxisme des États. Pratiques plus qu’inhumaines qui, d’après certaines organisations internationales, se sont amplifiées. Dans le quotidien « La Libre Belgique » en date du 25 février 2017, un confrère rapportait qu’en Mauritanie, « les filles esclaves de 9 ans sont violées par le maître, ses fils, son chauffeur ou son hôte de passage.

Ce qui se passe en Libye ou peut-être dans quelque autre coin inconnu de la planète est aussi, on n’a de cesse de le répéter, le résultat de la faillite de la gouvernance de certains des États du Sud. Le soleil de nos Indépendances est depuis trop longtemps obscurci par les nuages radioactifs de régimes toxiques embourbés dans la répression de leurs peuples ou la corruption rampante et généralisée.

Au Zimbabwe, un ancien chef révolutionnaire, un des pères de la nation, s’est muré plus de trente-sept ans dans un pouvoir sans partage au point d’exaspérer même ses partisans. Ceux qui se bousculent au portillon pour le remplacer font partie des durs du régime et cette révolution de palais risque de prolonger le règne de Mugabe sans Mugabe. Il s’agit en fait de porter un coup aux ambitions démesurées de l’épouse du grand chef qui souhaitait assumer une succession plus proche que lointaine, compte tenu de l’âge très avancé du vieux lion d’Harare. Aux dernières nouvelles, le vieux guide a accepté de quitter le pouvoir.

Tant que dans des sociétés qui pourtant reposent sur d’énormes richesses auront cours des politiques néfastes et ruineuses, les populations aux abois continueront de prendre la mer ; taillables et corvéables à merci, elles seront l’objet de toutes les humiliations. Othman Belbeisi, chef de mission de l’Office International de la migration a dénoncé cette nouvelle traite d’êtres humains originaires du Sénégal, du Nigéria et de Gambie : « En ce qui concerne les femmes, on nous a signalé beaucoup de mauvais traitements, de viols et des cas de prostitution forcée ».

Six ans après une « révolution », le territoire libyen est transformé en un immense désert de non-droit abritant tous les honteux trafics sous l’oeil indifférent de puissances « tutrices ».

L’indignation doit vite céder la place à des actions fermes et résolues. La partie saine du monde se doit de réagir avec vigueur face aux tentations maléfiques de revenir aux époques sombres de l’homme-bétail et à la fascination pour le vide abyssal de l’inhumanité.

Roody Edmé

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