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La maitrise du chaos

10 juillet 2018, 9:43 catégorie: Édito17 420 vue(s) A+ / A-

Parties à l’issue fatale pour l’équipe la plus populaire en Haïti, lors du match du Brésil contre la Belgique, les émeutes des 6 et 7 juillet garderont pour encore longtemps ou peut-être pour toujours un secret. Aucune personne non initiée dans l’organisation, et encore moins la Police, ne peut expliquer comment les émeutiers ont pu aussi facilement mettre le feu à autant de voitures et saccager des commerces triés sur le volet.

Autant que l’action des pyromanes et leurs jeux macabres de « celui qui brûle le plus de marchés publics gagne », les faits de ce weekend sont très graves et ont causé de gros dégâts.

Naturellement et c’est bien embêtant et tout aussi extrêmement révélateur, certaines voix ont choisi ce moment pour s’élever de manière stratégique au-dessus de la cacophonie des peurs murmurées, des colères jurées et des interventions de circonstance. Le samedi matin, au moment où le chef du Gouvernement faisait l’expérience de l’inutilité d’une parole molle et fade, le pays vivait la plus violente démonstration de force populaire qu’il eût connue depuis la transition démocratique. Jamais coordination n’a été aussi maitrisée. Sans bruits, sans mots d’ordre public, sans leaders visibles, les émeutiers ont pris le contrôle total du territoire pendant au moins vingt-quatre heures.

À entendre la vérité expirée du sénateur Dumont, confiée ce matin, le pays peut facilement croire que ce chaos n’est autre qu’une planification capotée par malchance et autres petits ratés systémiques. Le Gouvernement avait prévu de faciliter l’acceptation de l’ajustement en misant sur un bon conditionnement psychologique des citoyens et en gérant le réseau des chefs de « baz ». Le Brésil a perdu. L’injection de 117 millions de gourdes dans une opération suspecte et peu compatible avec la comptabilité publique a donné le résultat que l’on sait. Pépé Dumont, le spécialiste adulé du football, n’avait pas dit que le Brésil pouvait perdre. Le sénateur Dumont n’a pas non plus empêché le décaissement des 117 millions.

Le sénateur n’a pas usé à temps de la détermination commandée par son honnêteté. Une telle occasion de le faire, souhaitons-le, ne se reproduira peut-être plus.

Du Parlement au Forum économique en passant par l’opposition politique, ils rêvent tous de conduire le Gouvernement à l’échafaud. Le fait n’a rien d’étonnant puisque pendant les émeutes l’État avait perdu la capacité d’exercer ses fonctions essentielles. Et nous avons aussi cette manière lâche de nous emparer des lendemains des crises. Nous aimons la gestion post-catastrophe.

Il est admis que le chaos peut-être le résultat d’une stratégie. À qui profitera l’avenir d’un pays où s’est installé le goût du désastre, la prolifération des petits gangs de jeunes chômeurs, de gens en cols blancs, d’activistes politiques ?

Nous avons connu tant de désastres. Il est étonnant qu’ils ne nous permettent pas de nous reconstruire en tant que peuple capable de renforcer les liens qui peuvent unir les citoyens.

Le Gouvernement peut capoter et ceux qui ont toujours fait semblant d’aider à la reconstruction du pays continueront à ne pas croire à l’utilité d’un gouvernement. Les États pensés par des clans, des ONG, des « baz », des marchands-fraudeurs sont généralement faibles.

En passant et sérieusement, aujourd’hui, il est encore temps de préparer la population aux fortes pluies qui peuvent être provoquées par le passage de Béryl.

Le pays pourra ne pas survivre à deux désastres en l’espace de quelques jours.

Jean-Euphèle Milcé

 

 

 

 

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