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La hausse du prix du carburant, un choc économique en Haïti

09 juillet 2018, 6:56 catégorie: Economie8 455 vue(s) A+ / A-

Alors que l’inflation était déjà à un stade galopant, augmenter le prix du carburant ne ferait qu’empirer la situation des agents économiques notamment les ménages dont la majorité vit dans la pauvreté.  

Dans le contexte économique actuel du pays, déjà compliqué et où le PIB par habitant avoisine les 805 dollars US (annuel) ; ce qui exprime une pauvreté extrême, l’augmentation du prix du carburant pour une énième fois est une décision difficile à avaler considérant que chaque augmentation du prix de l’essence impacte le pouvoir d’achat des ménages et de la population entière.

En effet, dans ce pays à balance commerciale déficitaire très faible, où le transport impacte largement le prix des produits et où l’État semble faillir à ses politiques sociales, augmenter le prix du carburant à la pompe n’aura pour conséquence que faire flamber les prix des produits de première nécessité déjà très élevés sur le marché et, en somme, rendre plus pauvre la population.

Avec une politique sociale non efficace, un taux de chômage très élevé, un taux de production très faible, un misérable salaire minimum de 290 à 350 gourdes suivant le secteur d’activité d’où un pouvoir d’achat très faible, augmenter le prix du carburant serait un crime ; ce, malgré la nécessité d’ajustement suivant les dires des autorités.

C’est, d’ailleurs, un cercle vicieux : « l’augmentation du prix du carburant agit sur le pouvoir d’achat, alors que la perte de pouvoir d’achat a bien sûr des effets néfastes sur les conditions de vie ». Alors, on peut comprendre le mal que cela ferait à une population dont la majorité vit avec environ deux dollars américains par jour et où «manger normalement» s’apparente de plus en plus à une sorte de luxe.

Généralement deux types d’utilisateurs sont affectés par le choc pétrolier : les ménages d’une part dont le prix du carburant pèse indirectement et plus intense sur le pouvoir d’achat ; d’autre part les entreprises consommatrices d’essence qui, pour compenser l’augmentation du coût de production que cela va engendrer, ne se contenteront que d’augmenter le prix de leurs produits. Cela au détriment de qui ? « Encore les ménages ». Ce qui justifie que les ménages, en grande partie « chômeurs », sont les principales victimes d’une quelconque augmentation du prix du carburant.

Les autorités disent ne plus pouvoir subventionner le carburant, car cela nourrit l’assiette déficitaire du Gouvernement. Elles estiment que subventionner le carburant est plus au profit de l’élite économique que la masse de la population. Peut-être, ont-elles raison quelque part. Cependant considérant le niveau de précarité sociale et économique de la majorité de la population haïtienne, on dirait que tout part au détriment des couches les plus précaires.

L’augmentation du prix du carburant à la pompe fait grimper le prix du transport en commun. La preuve en est bien grande : « ayant décidé d’augmenter le prix de l’essence, les autorités avaient déjà planifié l’ajustement des prix de transport. Il faut souligner aussi que cela impacte indirectement le prix des produits de première nécessité. Considérant, qui prend le transport en commun ? Qui achète généralement au détail ? On peut voir clairement qui sont les principales victimes : les ménages, plus précisément ceux des couches les plus défavorisées.

Que faire ?

Face à une telle ampleur, essayer d’augmenter le prix du carburant de 85 gourdes environ sur le marché local ou l’ajuster comme font croire les autorités peut être considéré comme un acte imprudent de la part de l’État, qui ne devrait avoir pour mission que d’agir dans l’intérêt du peuple, étant élu démocratiquement.

Parallèlement pour y parvenir, faudrait-il bien que des programmes sociaux, plus efficaces, soient envisagés par le gouvernement et que le salaire minimum soit révisé. Malheureusement ce dernier est aussi l’une des réquisitions en souffrance depuis tantôt des mois.

Somme toute, « le gouvernement ne devait-il pas utiliser d’autres stratégies pour compenser ses déficits au lieu d’envisager d’augmenter le prix du carburant dans le contexte actuel » ? Ou y a-t-il d’autres intérêts derrière cette décision non calculée ?.

Edver Serisier économiste

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