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La crise dans tous ses états

13 mars 2018, 9:52 catégorie: Édito16 180 vue(s) A+ / A-

Les indicateurs économiques sont au rouge. Le chaudron social a atteint un point d’ébullition avec l’éclatement de grèves dans des secteurs clés de l’administration publique. Le gouvernement se démène comme un diable dans un bénitier et annonce des mesures exceptionnelles pour combattre un taux de change flottant et tenter de mettre des brides au galop effréné de la vie chère.

Les économistes sont sceptiques quant à l’efficacité des mesures annoncées, n’empêche que nos dirigeants tentent de nous persuader qu’il y a bien un pilote dans l’avion. Et que le gouvernement a la maitrise des leviers de commande. Beaucoup craignent, cependant, que nos décideurs ne se contentent de surfer sur l’écume de la vague, pendant qu’une déferlante se propage à l’horizon.

La vérité est que tant que le pays aura un tel déficit de production, la question de la rareté des devises demeurera un problème structurel. La formule est simple, il nous faut produire et vendre sur le marché international pour rendre notre gourde moins frileuse par rapport au dollar. Dans un tel contexte, une évaluation indépendante des effets de la Caravane présidentielle sur la production dans nos plaines et vallées permettra à l’opinion publique de se faire une idée du chemin parcouru sur la route du changement promis. L’Haïtien en 2018 ne peut plus se contenter de vaines promesses, sa confiance dans les pouvoirs publics est depuis longtemps lourdement entamée et il lui faudra plus que toutes les firmes de communication de la planète pour changer l’image d’un État incapable de délivrer. Il devient vital pour nous tous de saisir, avant qu’il ne soit trop tard, l’impact réel de tous ses efforts d’équiper en matériels et en ressources techniques nos régions jadis démunies.

Ces mesures et évaluations sont rendues nécessaires tout au long du processus pour éviter les chimères du passé et la fatale chronique d’un échec annoncé dont nul ne saurait se réjouir.

L’immigration massive de nos jeunes vers le Chili est vécue aujourd’hui comme un vrai désastre national. Un des moyens d’arrêter l’hémorragie est de créer des emplois et redonner foi dans l’avenir à des jeunes désespérés en attirant au pays des investissements directs de l’étranger. Or tout ceci ne peut se mettre en place sans stabilité, sans respect de la propriété privée, sans la modernisation d’une administration publique déficiente. Tant que se poursuivront les cas délictueux d’occupation illégale de terrain, de nominations sauvages dans l’administration publique génératrices de grèves à retardement, le climat social sera toujours en mode avis de tempête. Et les investissements s’éloigneront de nos frontières comme on fuit la peste.

La grève des douaniers et celle des enseignants de l’école publique paralysent deux secteurs stratégiques du pays. Il s’agit dans ce cas comme dans d’autres des conséquences cumulées de l’irresponsabilité étatique, du comportement arbitraire de certains élus qui n’ont eu de cesse au fil des ans de gonfler les effectifs de nos différents ministères. Une situation qui dépasse nos maigres ressources budgétaires et qui transforme en vaine tentative les initiatives de l’Office chargé de reformer et de moderniser le secteur public.

Les grèves sont des actions de dernier recours autorisées par les lois de la république pour favoriser les négociations entre groupes opposés du corps social. Il importe que les différentes parties fassent preuve de responsabilité dans la gestion de ces conflits à répétition qui a très court terme paralysent des secteurs entiers de l’économie.

Les autorités doivent se montrer plus fiables dans le respect de la parole donnée et les syndicats plus crédibles dans l’usage d’une arme qui peut se révéler à terme fatale dans une économie déjà exsangue.

Roody Edmé

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