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« KapVoom » et « Histoire d’Haïti », deux inventions numériques haïtiennes sur play store

12 avril 2018, 9:41 catégorie: Société6 790 vue(s) A+ / A-

Alexander Brice.

 

Passionné de la technologie, fougueux et confiant ce sont là les traits déterministes de ce jeune entrepreneur. Le premier à avoir codé une application en Haïti, il est le titulaire et le gestionnaire de KapVoom, une application qui relie chauffeurs et passagers sur un marché virtuel dans le but de réformer le transport en Haïti. Il est aussi le créateur de l’application Histoire d’Haïti qui se veut garante et promotrice du passé d’Haïti. Une plateforme qui retrace les faits historiques du premier peuple noir ayant survécu à l’esclavage. Il pense que le développement, la réforme et la technologie sont les armes adéquates pour parvenir à certains changements. On a eu le plaisir de le rencontrer. Suivez l’entretien.

Le National : Parlez-nous un peu de vous.

Alexander Brice : Je ne sais pas me décrire et je pense que c’est là que se situe toute la beauté de mon exis­tence. Mais je vais jusqu’à dire que j’ai une abondance de culture que je char­rie. Ayant pendant longtemps vécu à l’extérieur du pays et à mon retour, je suis tombé amoureux de cette per­sonne que je suis, un passionné de la technologie, un fou de changement. Surtout, je crois dur comme fer que la technologie est l’une des principales armes pour ne pas dire l’unique qui puisse orienter le pays vers le dével­oppement. Je ne connais pas mon âge exactement, ça ne m’a jamais intéressé, mais je crois que je rôde autour de la trentaine. J’ai été formé en technolo­gie à ILA en République dominicaine et à Coding Bootcamp. Quand je suis retourné en Haïti, j’ai travaillé pendant un moment pour la Digicel et j’ai lais­sé pour m’embarquer dans ce que j’ai toujours voulu faire, entreprendre. J’ai monté ma propre entreprise et ma vie se résume à ça, entre 20 heures de tra­vail, j’existe, je crée, je pense au change­ment et je code de nouvelles applica­tions avec pour objectif de résoudre un problème quelconque dans le pays.

L.N. : Vous avez monté une entreprise à votre retour au pays, ça consiste en quoi ?

A.B : En fait, c’est plus une plateforme visuelle. C’est une application qui est disponible sur Google Play Store du nom de « KapVoom ». Ce qu’il y a c’est que quand je travaillais à la Digicel à l’époque j’habitais à Thomassin 38 et le trajet à moto me valait 500 gourdes la journée à raison de 250 gourdes aller et 250 gourdes retour. Mais le prob­lème qui se posait : étant un abonné, le chauffeur sachant que je n’ai pas les moyens de le localiser, me mentait quand il fallait venir me récupérer et cela me faisait perdre de temps. Du coup, ajouté au fait que je ne pouvais pas avoir confiance en n’importe quel motocycliste, malgré le prix exorbitant qu’ils ont tendance à fixer arbitraire­ment et l’imprudence de ces derniers, j’ai compris la nécessité de réformer ce système pour pallier ces problèmes. J’ai créé « KapVoom ». Une application qui relie les motocyclistes aux passagers sur un marché virtuel et ainsi répondre non seulement au problème de disponibilité des taxis motos et du confort aussi une certaine régulation dans les prix ainsi qu’une relation de confiance établie en­tre le client et le chauffeur qu’il choisit à sa guise sur l’application avec toutes les informations le concernant.

L.N. : À date, comment sont les feed-back ?

A.B. : On est encore dans la phase d’essayage, de correction, d’adaptation et autres. On a lancé avec un groupe assez fermé. Certainement, ils représentent le taux d’utilisateurs réels de notre plateforme de service. Disons qu’il y a à peu près 200 personnes inscrites dans le programme et elles nous donnent des feed-back assez positifs avec des recommandations dont on tient compte puisqu’il s’agit d’une technologie qui nécessite des mises à jour. KapVoum a également des voitures dans le programme et il y a des chauffeurs qui témoignent avoir des rentrées mensuelles assez signifiantes. Mais à dire vrai, on est encore à la phase préliminaire cependant on promet une version améliorée à chaque fois jusqu’à ce que le pays entier puisse voir la nécessité d’emboiter le pas avec KapVoum.

L.N. : Puisqu’il s’agit de technologie, cela voudrait donc dire que les utilisateurs et potentiels clients de KapVoom doivent nécessairement détenir un appareil électronique. Doit-on comprendre que cette réforme ne concerne pas tout le monde ?

A.B. : Les données qu’on a recueillies ont montré qu’une partie considérable de la population détient au moins un smartphone. Et il n’est un secret pour personne que le transport en Haïti revêt une irrégularité considérable. Et on ne saurait réformer le système au profit d’un groupe et au détriment d’un autre. Quand les solutions seront flagrantes avec ou sans un smartphone, tout le monde sera bénéficiaire. Des concur­rents, je ne crois pas en avoir parce que premièrement j’ai fait cette application ici en Haïti, je l’ai codé tout seul donc mon app est unique et deuxièmement je tente d’apporter une solution à un problème qui m’a révolté, comme jeune du pays. Au début j’ai essayé d’avoir le soutien de quelques mairies de la zone métropolitaine, bon je pense qu’ils n’ont pas trop trouvé grand intérêt à s’y mettre, mais j’ai avancé tout seul avec mon équipe et je crois que ca marche à pas de velours.

L.N. : Mise à part KapVoom, qu’est-ce que tu fais d’autre ?

A.B. : Je ne fais rien d’autre que créer et développer la technologie et toujours dans le souci d’apporter ma contribu­tion â la cité, j’ai lancé l’application His­toire d’Haïti le 1e janvier de cette année et actuellement on est à sa deuxième version, on a plus de 8000 abonnés et l’un des objectifs de cette applica­tion c’est de changer l’image d’Haïti à travers le monde après vient le souci de faire connaître l’histoire d’Haïti, de permettre aux gens de rester en parfaite symbiose avec leur histoire en tant que peuple, de s’informer sur nos moeurs et culture, d’apprendre de nos passés et surtout disposer des informations sur notre passé.

L.N. : Quelles sont vos perspectives d’avenir ? Un message ou un dernier mot ?

A.B. : Pour le moment je travaille sur le perfectionnement de mes applica­tions, mais je compte très prochaine­ment lancer un bootcamp qui est une série de formations intensives pour tenter de passer mes connaissances à d’autres jeunes. Et je vais continuer à offrir mes services que ce soit dans la numérisation des entreprises, ou la ré­gularisation d’un système qui nécessite un remaniement. Mon message serait : tant qu’on a de l’énergie pour changer les choses autant qu’on le fasse. Les out­ils sont là, apprenez à vous en servir et réformer tout le système haïtien en commençant par l’éducation, la santé, entre autres. Moi, je commence avec le transport, à vous les jeunes, le secteur public ou privé, les professionnels de s’y mettre. Ayez le souci d’aider quelqu’un et vous verrez que certains problèmes seront résolus quand vous commen­cerez à agir pour les autres.

Propos recueillis par

Casline Chéry

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