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Josué Blanchard : un artiste engagé dans la forme et le fond

09 août 2018, 9:51 catégorie: Culture7 075 vue(s) A+ / A-

Dans la génération des artistes plasticiens formés à l’École nationale des Arts (ENARTS) depuis le début du 21e siècle, notamment dans la promotion (2002-2006) ; le nom de Josué Blanchard, en tant qu’ancien diplômé de l’unique institution de formation supérieure des arts en Haïti s’inscrit en lettre d’or, dans le décor de certaines places publiques et dans la création de quelques oeuvres inédites, imposantes et originales.

Sur la base de ses convictions et de sa vision de la chose publique dans la cité, en misant sur son appartenance sociale et ses ambitions les plus légitimes, Josué Blanchard s’est taillé une place importante au cours des deux dernières décennies, à partir de l’originalité de ses oeuvres et des dimensions hautement sociales, symboliques et politiques de ses oeuvres les plus remarquables.

Un artiste peintre-plasticien, éducateur artistique et moniteur sportif !

Dans la forme plastique de ces oeuvres, particulièrement ses sculptures, on observe des ouvrages très imposants et affirmatifs au niveau de la proportion avec la taille normale des sujets représentés. L’artiste récemment n’avait pas caché ses intentions de rattraper et de dépasser la célèbre sculpture du « Marron inconnu », au niveau de la taille.

En utilisant les techniques et la combinaison des matériaux traditionnels comme la fibre de verre et le fer, parmi les plus usuels au niveau de la sculpture, il ne tente pas de réinventer, mais se propose de transformer les éléments du langage des arts plastiques tels le SMOG (Support, Medium, Outil et Geste) pour impressionner le public et imposer son nom désormais dans l’histoire de l’art contemporain haïtien en ce début du siècle, tout en inscrivant dans le vocabulaire de toute une génération et dans la littérature esthétique.

Sa contribution dans le fond se manifeste entre l’éducation et l’idéal qui projette !

Dans le fond, ses oeuvres projettent un discours très profond en dehors du fait que l’artiste soit également un éducateur artistique et animateur sportif, donc qui contribue depuis plusieurs années à la formation des jeunes dans le domaine des arts plastiques (dessin, peinture, etc.) et le basket-ball. Quand il ne représente pas l’enfant au Cerf-volant, c’est un éternel petit pisseur qui prend place. Que dire de la vieille dame qui fait ses besoins sans trop de gènes dans l’espace public.

Vous avez dit espace public ? Mais certainement, Josué Blanchard a de loin augmenté considérablement son aura sous forme d’attachement social et d’engagement politique, au cours des dernières années. Jour et nuit, ses oeuvres veillent sur au moins deux places publiques du pays.

Son engagement dans la forme à travers des sculptures imposantes et un discours vertical !

Par la maitrise de l’une des plus anciennes techniques de sculpture, il s’est taillé un nom dans l’espace artistique haïtien. Loin d’être un cadeau. C’est le résultat d’un travail sans relâche et du choix conscient de l’artiste de se construire une réputation positive dans le milieu, en misant sur sa créativité, sa constance, ses autres atouts, et sans oublier un certain nombre d’amis, de collaborateurs ou même des complices culturels qui continuent d’accompagner et de supporter le sculpteur Josué Blanchard sur son parcours.

L’enfant au Cerf-volant nous présente un des meilleurs loisirs saisonniers en Haïti, qu’il faudrait certainement protéger dans ce pays où les traditions et les bonnes moeurs tendent à disparaitre. Il était une fois, l’organisation de la grande foire « Vol au Vent » qui à peine commençait à mobiliser des créateurs et des talents de toutes sortes autour de l’animation, est sortie rapidement dans nos agendas.

Avec cette oeuvre de Josué qui a déjà été présentée à la foire d’Artisanat en Fête, c’est un plaidoyer qui est fait pour renouer avec la tradition de ce grand concours et festival de Cerfs-Volants dans le ciel d’Haïti, au temps pascal.

Les pisseurs de la ville : entre rééducation et socialisation !

Le « Petit pisseur » et « Grann Nanna » sont deux personnages qui, se trouvant dans le besoin d’uriner, semblent ne pas s’inquiéter du respect des normes et du regard des gens pour accoucher leurs actions et satisfaire leurs besoins. Dans ces deux sculptures, on dénote trois grands aspects ou leçons. Il s’agit pour l’artiste de présenter un tableau de la société haïtienne dans le comportement peu respectueux de certaines personnes et familles, d’interpeller les élites sur l’importance de l’éducation dans la socialisation des citoyens et dans l’accès des services de base à mettre en place au bénéfice de la population. Enfin, l’artiste profite pour imposer son talent dans l’imagine collectif et dans le sens du bien commun.

Le système des Nations unies se souviendra pendant longtemps de la fameuse sculpture « Le résistant » qui porte les empreintes de JB, artiste plasticien haïtien engagé en 2013. Au niveau de la base de l’oeuvre la plus célèbre de la commune de Port-Salut (Département du Sud en Haïti), l’on observe certainement des crânes humains qui rappellent les milliers de victimes de l’épidémie du choléra en Haïti, dont la MINUSTHA a été à l’origine, selon plusieurs rapports.

« Le résistant » : une des meilleures pièces au musée de la résistance haïtienne après Marchaterre toujours dans le Sud

Une imposante sculpture qui prend forme à travers le personnage d’un homme debout, dont le poing gauche se tourne vers le ciel, tandis que la main droite tient un mât planté dans un Casque bleu représentant la MINUSTHA-Choléra qui ne peut pas malheureusement cacher les crânes qui illustrent tristement ces centaines de familles haïtiennes. Il faut toutefois associer la réalisation d’une telle oeuvre avec le personnage de leader politique et ancien candidat à la présidence Éric Jean-Baptiste.

De MINUSTHA en musique, le mois de juillet 2018 a été bouclé avec l’inauguration de l’une des dernières oeuvres sculpturales qui portent encore la signature de Josué Blanchard. Le buste du fondateur du Compas Direct, Nemours Jean-Baptiste, a été inauguré à la place Sainte-Anne.

Une manière pour l’artiste de confirmer une fois de plus qu’il est impossible de penser le renouveau du pays sans prendre en compte le rôle et l’importance, la contribution et la créativité des artistes comme valeur ajoutée.

Un artiste plasticien créatif et engagé sur plusieurs fronts et dans de nombreux projets culturels depuis son passage comme étudiant de l’ENARTS et comme entrepreneur et opérateur culturel, notamment avec ses pairs dans « Feeling Plastiques » et d’autres. Rappelons que l’artiste Josué Blanchard avait pris part, au lendemain du 12 janvier 2010, après le tremblement de terre, aux activités de sensibilisation du Collectif P3 : (Pays-Protection Patrimoine) pour protéger un certain nombre de biens culturels dans la capitale haïtienne.

Dominique Domerçant

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