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Jose Davilmar : une réflexion profonde sur notre crise perpétuelle

05 février 2017, 8:46 catégorie: Diaspora105 737 vue(s) A+ / A-

Jose Davilmar

 

On reproche souvent à la majorité des acteurs politiques haïtiens de ne pas produire assez de réflexions écrites qui, non seulement enrichiraient le discours politique, mais aussi serviraient de témoignages aux générations à venir. Ce reproche ne s’applique pas à Jose Davilmar. À peine revenu de sa candidature malheureuse à la députation pour le Borgne, il vient de publier un ouvrage qui s’apparente à la fois à un testament, à un énoncé de vision, et aussi à un exercice cathartique. Jose Davilmar, qui est actuellement en tournée avec son ouvrage, « La Saga haïtienne à la loupe d’un candidat, » a visité le bureau Floridien du journal où il s’est entretenu avec notre collaborateur Frandley Julien.

Le National : Qui est Jose Davilmar ?

 Jose Davilmar : Je suis le produit de quatre communes du département du Nord. Mes études primaires et secondaires, une fois bouclées au Cap-Haitien, je me rendis à Port-au- Prince où en 1993 j’obtins une license en sciences économiques à l’IHECE. Deux ans plus tard, je complétai des études en communication à l’Institut français en Haïti. Dans l’intervalle, je tentai, sans vraiment les parachever, des études en droit et en sociologie. Avant de laisser Haïti en 2006 pour me rendre aux États-Unis où je vis depuis avec ma famille, je roulai ma bosse dans l’enseignement, le commerce privé et la vente de produits pharmaceutiques. Marié, père de trois enfants, j’évolue actuellement à mon propre compte dans l’industrie des Assurances. Je collabore également avec plusieurs stations de radio du Sud de la Floride et certains quotidiens publiés tant en Haïti que dans la diaspora. En gros et pour terminer, voici Jose Davilmar, la résultante d’un milieu et d’une époque façonnés par des forces contradictoires l’identifiant à un être constamment en quête d’équilibre et d’actions.

LN : Votre ouvrage, La Saga haïtienne à la Loupe d’un candidat, est né après votre candidature malheureuse à la députation pour le Borgne. Fut-ce un exercice cathartique ?

JD : En un sens, oui ! Car ma génération, frustrée, passionnée et maladivement pensive, rêve depuis 1986 d’une Haïti capable de se fixer des objectifs, d’atteindre des résultats sociaux, éducatifs, économiques et politiques axés sur la dignité et le bienêtre collectifs. Mais aussi, je voulus répondre efficacement au manque patent et chronique de générosité, de compétence, de capacité et de volonté de la part de ceux qui ne disposent que du zèle pour diriger. Ma candidature, placée dans son contexte global, a été, pour moi, l’occasion effectivement de me libérer de mes passions, de mes pulsions pour proposer des options novatrices à un pays dont l’histoire zozote encore.

Ma candidature à la députation n’a pas été malheureuse, mais plutôt fructueuse à un autre niveau. Ce fut l’inconnu. Un défi même. Naturellement, ce serait ridicule de ma part de dire que cela ne comptait pas de gagner ces élections, mais rien qu’en me présentant, j’ai pu acquérir beaucoup d’expériences, de connaissances de moi-même et surtout du « pays profond. » À ce compte, gagner ou perdre, l’expérience m’a permis de vivre une aventure entièrement nouvelle ; j’en suis sorti avec une conscience neuve de l’état permanent de déréliction du pays, bref, je mûris. En réalité, ce fut l’exercice d’un citoyen entier, engagé, imperturbable, mais angoissé face au devoir de remédier au traumatisme de 1986.

LN : N’êtes-vous pas plus connu au Cap-Haitien qu’au Borgne ?

JD : Comme mentionné ci-dessus, je suis le produit de quatre communes du département du Nord. J’avais trois ans quand mes parents, soucieux de m’offrir une éducation plus adéquate, déménagèrent de Port Margot pour s’établir au Cap-Haitien. De l’École Maternelle Sainte-Anne (Évêché) au Collège Notre Dame en passant par les Frères de l’Instruction chrétienne, mes attaches avec la ville du Cap- Haitien ne sont plus à démontrer. J’y ai vécu toute ma jeunesse. Et d’ailleurs c’est là, à la rue 21, que j’ai rencontré l’amour de ma vie (Yvane). Fort de toutes ces considérations, pourquoi le Borgne ? C’est le titre d’un chapitre du livre où j’essaie au possible de justifier mon choix de représenter le Borgne alors que je jouis d’une avance sensible de notoriété au Cap-Haitien.

En dehors de mon penchant naturel pour le Borgne, cette petite ville tranquille, exotique où, gamin, je fus initié aux jeux de cache-cache et de cerf-volant, j’étais motivé surtout par sa carence en ressources humaines valables et disponibles contrairement à la deuxième ville du pays. Mieux que cela, j’avais tenu à vénérer un parent, une héroïne, Alice Jean-Pierre Ottinot, ma grand-mère, originaire du Borgne, qui sema très tôt en moi les germes de l’amour du pays et de l’engagement patriotique. Tout conscient du fait d’être plus connu au Cap et pour des raisons sur lesquelles je tiens à me taire aujourd’hui; j’avais voulu relever le défi de frapper le coup de gong annonçant le changement tant rêvé à partir du Borgne.

 Attendons que l’avenir me donne raison ou tort.

LN : Ne pensez-vous pas qu’il y a un fossé entre les candidats « à idées » et l’électorat en Haïti dans un système où l’émotion et les slogans creux font recette ?

 JD : Ma décision de me porter candidat s’appuya tant sur mes observations antérieures que sur le constat que la société haïtienne languit confortablement dans une inconscience politico-historique produisant une carence chronique d’excellents opérateurs du levier de changement. Je dois avouer que j’abordai ma campagne avec une envie, une volonté et un désir inébranlables de gagner. Je lançai ma campagne électorale sous le slogan : « Oboy sé nou tout » renforcé par la trilogie : Vision-Engagement-Inclusion ayant pour fond la promotion de l’homme haïtien par l’éducation. Mais c’était sans tenir compte de la réalité qui se résume à de l’argent, du tafia, des bandes de rara et de la victuaille. D’ailleurs les candidats, loin de porter un message et une vision, satisfirent tout simplement une sorte de frénésie politique. Tous les coups furent permis suivant la « stratégie politicienne » haïtienne.

Ce fossé entre les candidats porteurs d’idées innovatrices, disposant d’un agenda et l’électorat s’agrandit chaque jour et peut être porté au compte de l’insouciance des dirigeants qui gardent la population loin de la culture et de l’éducation. De mon côté, même mes adversaires politiques s’accordent à reconnaitre que si le coup n’était pas tout-à-fait bon, mais le fond en lui-même était très beau. Par manque de raisonnement, l’électeur haïtien, à chaque occasion, joue de la malchance.

 LN : Dans cet ouvrage, vous vous étalez sur ce que vous appelez le « mauvais chemin pris par Haïti » au lendemain de l’indépendance. Quels sont les contours de ce mauvais chemin ?

 JD : Une simple pirouette dans notre histoire démontre clairement que ce que nous vivons aujourd’hui est la conséquence désastreuse des choix scandaleux et irrationnels de nos dirigeants. De 1804 à nos jours, c’est l’alternance entre tyrannie et anarchie. L’ordre dessalinien imposa la déraison et la corruption au point où l’Empereur répétait souvent lui-même : « plumé poul la, pa kité li rélé ». En assumant que : « Voler l’État n’est pas voler », Pétion créa un précédent qui constitue à bien des égards la base de nos déboires politiques actuelles. Ce corset étroit dont nous avons du mal à nous en débarrasser.

 Le pays souffre d’une « malformation congénitale » qui réside dans la longévité du pouvoir politique des dirigeants qui pratiquent l’exclusivisme, sans aucun souci de la vie humaine et des conséquences néfastes des mesures répressives qui continuent à hanter la mémoire collective.

 L’épopée du 18 novembre 1803 n’a pas eu la vertu de changer ni les conditions ni la mentalité du plus grand nombre et 214 ans plus tard, nous expérimentons encore des ballons d’essai. Mais je suis persuadé que ce que nous sommes en train de vivre est peut-être final, mais pas fatal.

LN : Votre amour pour votre patelin de naissance, le Borgne, transpire à travers votre écriture. Comment comptez-vous contribuer au développement de la zone ?

JD : Que de fois ai-je servi le Borgne ! Le slogan « Borgne, je reviens ! » est le fruit de mes mûres réflexions sur la formule à adopter pour encourager les Borgnelais (ses) vivant à l’extérieur à tourner le regard sur ce coin qu’ils prétendent aimer. Mon idée de la création d’une foire médicale annuelle a été une réalité soutenue depuis juillet 2012. Toujours est-il que dans ce même ordre idée, je me présentai comme candidat à la députation convaincu que le Borgne à l’instar de tout le pays a besoin d’hommes et de femmes « neufs » pour se refaire une santé intellectuelle et morale. Le développement de la circonscription du Borgne passe par un Plan de Sauvetage national inclusif qui fait corps avec la refondation de la nation. Mais spécifiquement, je crois fermement que le développement de mon patelin, riche en ressources naturelles, devra passer par la modernisation de la pêche et par l’accessibilité aux différentes sections communales qui la composent. Tout ceci est décrit en détail dans « La Saga haïtienne à la loupe d’un Candidat ».

 Le National : Comptez-vous vous représenter aux élections ?

 Jose Davilmar : Pour un opérateur politique, je me garde de répondre sur une éventuelle représentation aux élections en Haïti. Mais, tout en étant conscient que le pays a besoin de patriotes disponibles, et compétents, je peux seulement rassurer que je ne compte pas me représenter à des élections tel qu’elles ont été tenues le 9 août 2015. J’en profite pour inviter tout un chacun à lire « La Saga haïtienne à la loupe d’un candidat », qui partage une expérience unique. Merci Le National. !

Frandley Denis Julien

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