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Jérusalem : la cité des abandonnés

20 mars 2017, 10:25 catégorie: Société4 149 vue(s) A+ / A-

Vue partielle de Jérusalem. / Photo : Ritzamarum Zétrenne

 

Située à quelques kilomètres au nord de la capitale d’Haïti, Jérusalem, une zone aménagée par des déplacés du cataclysme au lendemain du séisme de janvier 2010, est pourtant oubliée ou plutôt abandonnée par les autorités étatiques. Mais, la population essaie quand même de s’organiser afin d’offrir une meilleure image de la zone.

Canaan, Corail, Ona-Ville, Jérusalem… ces zones rappellent, chaque jour, le cataclysme de janvier 2010. Elles sont toutes habitées, en grande majorité, par des déplacés du séisme. Si, quelques fois, on entend parler de Canaan ou d’Ona- Ville, Jérusalem reste une zone très peu connue du pays. Cependant, sa situation est très critique.

 Quasiment dépourvue d’arbres pouvant lui procurer un peu d’ombre, la cité de Jérusalem, située à Bon Repos, dans la commune de la Croixdes- Bouquets, à quelques kilomètres de Port-au-Prince, se présente comme un véritable enfer pour les habitants. Les routes, toutes en terre battue et pour la plupart rocheuses, sont plutôt impraticables. Après la pluie, racontent des riverains, Jérusalem n’est qu’une grande surface boueuse. Mais, en temps sec, la zone donne plutôt l’air d’un grand désert.

Selon des habitants de la zone, rencontrés le lundi 20 mars 2017, l’État est totalement absent à Jérusalem. « Il n’y a même pas un poste de Police ici. Aucune présence de l’État à Jérusalem. Nous sommes abandonnés », fait savoir Lenice Pierre, trésorier de l’Organisation sociale pour le développement de Jérusalem (OSPDEJ), une organisation fondée dans cette zone en 2014 ayant pour mission de transmettre aux autorités étatiques les revendications des habitants.

Aucune école nationale dans la zone. Pas de centre de santé. Ni de marché public. Et pourtant, à en croire des notables, Jérusalem compte pas moins de 10 000 habitants aujourd’hui. « Tous ces gens vivent ici, et le nombre tend à grossir chaque jour. Mais l’État ne met en place aucun service social de base au profit de la population de Jérusalem », raconte Gethro Augustin, un pasteur qui habite la zone.

Sept années depuis qu’ils habitent cette portion de terre désertée au nord de Port-au-Prince, les habitants de Jérusalem n’ont jamais accès à l’eau. « Nous avons des puits ici que nous avons forés nous-mêmes grâce au support de la communauté. Mais, nous n’avons aucune garantie sur la qualité de l’eau que nous en tirons », explique le pasteur Walner, un grand notable de la zone.

Après le séisme, de nombreuses ONG ont été présentes à Jérusalem. Mais, sept ans plus tard, la population n’a plus aucun souvenir de leur passage à Jérusalem. Encore aujourd’hui, bon nombre de ces gens vivent sous des tentes de bâches. La plupart des maisons, racontent les riverains, ne peuvent tenir sous la pluie et le soleil est torride.

« Jérusalem aurait été pourtant une belle opportunité pour l’État haïtien de créer de nouvelles zones mieux construites. Malheureusement, on laisse la population continuer avec ses constructions anarchiques », regrette Lenice Pierre, le trésorier de l’OSPDEJ.

Constatant son abandon, la population essaie tant bien que mal de créer une meilleure image pour la zone. « Nous avons plusieurs écoles ici construites grâce à notre dévouement. Nous sommes conscients de la situation économique difficile des habitants. C’est pourquoi nous adaptons les écoles à leur réalité », fait savoir le pasteur Walner, directeur d’un établissement scolaire qui reçoit un millier d’élèves à Jérusalem.

La plupart des routes sont tracées par les leaders de la zone qui se démènent pour fournir l’électricité aux habitants. S’agissant de la sécurité de la population, là encore l’État est absent. D’ailleurs, le sous-commissariat le plus proche est placé à près de cinq kilomètres. Ainsi, cette population n’a qu’une revendication : que l’État pense à son existence.

 Ritzamarum Zétrenne

 rzetrenne@lenational.ht

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