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INVENTER DE NOUVELLES FORMES D’APPARTENANCE A LA SOCIÉTÉ

19 avril 2017, 9:34 catégorie: Édito9 772 vue(s) A+ / A-

La directrice du Service métropolitain des Résidus solides (SMCRS), madame Magalie Habitant, au bénéfice d’une soudaine popularité de rock star, s’est solennellement engagée en faveur de la nécessité d’assainir la zone métropolitaine confrontée à une terrible situation d’insalubrité.

Lors de sa récente visite à Truittier, l’inénarrable madame Habitant a exhorté les membres de la société civile à s’impliquer davantage dans le processus d’assainissement des rues de la capitale et de ses environs.

Coïncidence ou bonne réception de l’appel de madame Habitant, des secteurs organisés de la société civile, d’entrepreneurs et d’instances de concertation se sont appliqués à assurer, par leurs propres moyens, l’entretien, l’assainissement des rues et la collecte des résidus solides ici et là comme pour suivre l’exemple des acteurs sociaux tout aussi conscients de la problématique de la protection de l’environnement. HL Construction SA, Konbit Ayiti Pwòp d’Odette Roy Fombrun, sont de ceux-là. Et, ce serait tant mieux si ce bel exemple était suivi dans les villes de province où l’insalubrité règne en maitre ces derniers jours.

Ces activités, placées sous le signe d’une solidarité citoyenne, répondent à des besoins qui trouvent leur satisfaction dans le tiers-secteur associatif, c’est-à-dire une multitude de services communautaires pris en charge par des groupes sociaux ou des particuliers comme pour remplir un devoir civique. Dans le plus strict anonymat.

La protection et la valorisation de l’environnement constituent un domaine dans lequel le monde associatif déploie, en effet, une action croissante et multiforme. Ces initiatives, quelles que soient leurs particularités, déplacent pour ainsi dire les frontières instituées entre l’économique et le social qui ne relèvent pas forcément de l’action du gouvernement ou de l’Etat.

 On a vu ces derniers temps les uns et les autres s’associer librement pour mener en commun des actions qui contribuent à la création d’activités et d’emplois, tout en renforçant la cohésion sociale par de nouveaux rapports sociaux de solidarité.

 Des jalons de l’économie sociale et solidaire sont ainsi posés. Ils ont pour caractéristique de redistribuer les cartes entre la sphère publique et la sphère privée, entre l’activité économique et la solidarité citoyenne. Ces initiatives s’organisent pour maintenir ou faire revivre le petit commerce dans certains marchés publics où grouillent et se meuvent de petits commerçants qui n’ont pas accès aux crédits bancaires classiques. Des cliniques mobiles y sont même installées afin d’offrir des soins de santé aux marchands et marchandes sur place. L’entreprise n’est pas à mettre au compte des ONG bénéficiant des programmes de financement d’institutions internationales. Loin s’en faut. Des citoyens conscients de la dégradation progressive de l’environnement, de la détérioration des conditions de vie de la population, de l’absence de programmes de crédits et de la crise du chômage chronique s’intéressent tout bonnement aux facteurs d’appui à leur communauté. C’est la forme horizontale du lien social sans motivation politicienne avouée.

 Ce qui unit les hommes et les femmes et leur permet de nouer des liens de solidarité particulièrement à ce tournant de la vie nationale traduit la nécessaire invention de nouvelles formes d’appartenance à la société. L’environnement? Il ne suffit pas d’afficher le mal pour mieux l’exorciser, mais d’adresser ses problèmes sans se laisser escamoter par le politique, c’est-à-dire un corps de solutions viables au profit d’une posture, de mythes majeurs répondant à une logique essentiellement solidaire. Tout le secret d’une Haïti vivable et donc salubre se trouve là.

 Robenson Bernard

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