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Inintelligence politique ou insouciance ?

09 juillet 2018, 7:49 catégorie: Tribune14 288 vue(s) A+ / A-

Gouverner c’est prévoir et avoir la capacité de prendre des mesures sensées visant à réduire les inégalités sociales et à transformer l’espace sociopolitique. Et, cela demande également de l’intelligence, donc l’aptitude à jouer sur les nuances. La gouvernementalité s’exerce à travers l’État, fruit d’un consensus entre les membres d’une communauté. Depuis Locke et Spinoza, il avait pour mission de définir des mécanismes sociaux et politiques afin de créer un espace propice au développement durable et des procédures destinées à diriger la conduite des hommes. En fait, il doit se mettre constamment au service de la communauté humaine et être à l’écoute de ses revendications. Ce que l’État en Haïti qui est de toujours de connivence avec la bourgeoisie traditionnelle n’a jamais eu l’intention de faire. Et, face à la colère de la population, ils payent les conséquences de leur insouciance et leur mépris à l’égard de ces gens qui croupissent depuis 214 ans dans la crasse et la misère sans que cela ait pu soulever la conscience des citoyens.

L’État n’agit ni pour lui ni pour un groupuscule, mais pour l’ensemble des citoyens sans distinction de classes et de positionnement politique même si pour les penseurs marxistes il est un instrument au service de la bourgeoisie. L’État en Haïti est l’idéal type d’un État soumis travaillant aveuglément au profit des dominants. Le seul président qui a osé questionner la toute-puissance des bourgeois et leur connivence avec l’État était Sylvain Salnave et on connait sa fin tragique sur les ruines du palais national après un long combat contre les Cacos qui ont été financés par la bourgeoisie.

L’État ne peut se permettre d’engager les citoyens sans tenir compte de leur réalité économique. Donc, les décisions des autorités doivent être réfléchies, logiques et cohérentes tant dans la forme que dans le fond. Comment l’État qui, en principe, devrait offrir aux citoyens des jours heureux donc, les conduire vers un avenir meilleur peut se permettre d’être responsable des actes de pillages et du chaos après une décision suicidaire contre la population ? C’est la preuve que l’espace politique est prise en otage par des néophytes et des gens qui n’ont pas le sens de l’État, encore moins la formation académique pour occuper la fonction dont ils occupent présentement. En fait, diriger c’est aussi et surtout la capacité de conserver l’harmonie existant au sein de la société.

Nous avons connu plusieurs mouvements populaires dans notre existence de peuple: le mouvement de Goman, de Jean Jacques Acaau et de Sylvain Salnave. Ces mouvements avaient porté les revendications du peuple à son paroxysme. En dépit de tout cela, aucune mesure sérieuse en vue de créer les conditions matérielles d’existence du peuple n’a été prise. Face à l’insouciance et l’inintelligence des élites, la population n’avait que des jets de pierre pour réagir et faire passer leurs messages. Il est dit que les mouvements pacifiques ne donnent pas toujours les résultats escomptés donc, aux grands maux, les grands remèdes.

Il fallait s’y attendre, car les événements du weekend étaient prévisibles et qu’on sait tous que l’éclatement social est imminent. Les gens ont faim et soif d’une nouvelle ère, où ils peuvent manger à leur faim et avoir accès aux services sociaux de base et les biens sociaux premiers. Tous ceux qu’ils souhaitent, c’est être capable de manger et d’assurer l’avenir de leurs progénitures. Je t’avais demandé de t’engager, mais tu as refusé tout en pensant que j’étais un pauvre idiot, frustré de ton succès économique. Daniel Rouzier voyait venir la tempête populaire qui s’abat sur toi depuis ce weekend lors de son discours à la chambre de commerce haitiano américain, mais tu l’avais méprisé tout en pensant qu’il était dénaturé. Ebyen men konsekans du fait de n’avoir jamais voulu jouer on rôle d’élite.

En effet, faire surgir l’humain en Haïti est une nécessité et un besoin urgent pour prévenir l’éclatement social. Il n’est pas possible que 214 ans après les dirigeants n’arrivent pas à sortir le pays dans les ornières du sous-développement, car les citoyens vivent dans une misère atroce, avec 6,3 millions de personnes (58,3 % de la population) vivant dans une situation de pauvreté, dont 2,5 millions (23,8 % de la population) dans l’extrême pauvreté. Donc, c’est la preuve que l’État en Haïti n’existe que pour une classe et un clan.

Il faut déconstruire l’État contre la nation afin d’offrir aux citoyens leur humanité. On ne peut plus vivre dans la crasse. ann kole sere poun sove peyi a.

Me Atzer Alcindor, Av.

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