Accueil » Diaspora » Les Haïtiens de Floride n’ont pas de meilleurs leaders que ceux d’Haïti

Les Haïtiens de Floride n’ont pas de meilleurs leaders que ceux d’Haïti

19 mars 2018, 8:45 catégorie: Diaspora76 555 vue(s) A+ / A-

Jean Monestime.                                              Dr Smith Joseph.

 

L’on s’accorde à reconnaitre que l’une des causes majeures de la crise haïtienne perpétuelle est notre incapacité jusqu’ici à créer une élite politique. Les Haïtiens de la diaspora tendent à se croire supérieurs à ceux de l’intérieur, et ne ratent jamais une occasion de dire que la solution d’Haïti viendra de l’extérieur. Bien qu’il y ait une certaine vérité dans cette assertion, force est de reconnaitre que les politiques Haïtiano-Américains, du moins ceux de Floride, sont aussi décevants que leurs homologues évoluant en Haïti. Une simple analyse de la classe politique floridienne suffira pour corroborer cette affirmation.

À tout moment, une communauté a toujours des priorités. Le but premier d’un élu est de résoudre les problèmes de la communauté par ordre de priorité. Aux États-Unis, la question du statut des membres de la communauté et leur protection par rapport aux raids des autorités migratoires devrait être la priorité de tout élu, à tout moment. Mais est-ce le cas ? Voyons ce qui s’est récemment passé dans le comté de Miami-Dade.

La protection contre les déportations

Depuis l’avènement de Donald Trump au pouvoir, il y a eu une vague de déportations systématiques de sans-papiers des États-Unis. Pour faire face à cette situation et protéger les victimes éventuelles, certaines villes, depuis l’administration Obama, s’étaient déclarées villes sanctuaires. Qu’est-ce que cela signifie ?

Une ville sanctuaire, c’est une ville qui limite sa coopération avec les autorités migratoires fédérales en vue de protéger, de la déportation, des immigrants qui ne sont pas considérés prioritaires par ces autorités. En d’autres termes, des immigrants qui ne représentent pas, par leur casier judiciaire, une menace pour le reste de la population. Comment une ville sanctuaire peut-elle concrétiser un tel but ?

Prenons un exemple concret. Dans une ville non-sanctuaire, lorsqu’un sans-papier est appréhendé pour une infraction mineure, et qu’il paie la caution pour être libéré, les autorités carcérales vont le maintenir en détention pour donner le temps aux autorités migratoires de passer le chercher. Une fois cette étape franchie, c’est le camp de détention suivi de la déportation. Par contre, dans une ville sanctuaire, les autorités carcérales ne collaborent pas avec leurs collègues du service d’immigration, ce qui permet aux sans-papiers de ne pas être déportés pour des infractions mineures. Qu’en est-il de Miami ?

Sous l’administration Obama, le comté de Miami-Dade était un espace sanctuaire. Cependant, à l’avènement de Donald Trump, il a menacé de priver le comté d’une subvention fédérale de, tenez-vous bien, $481,347, ce qui ne représente rien dans un budget de sept milliards de dollars. En fait, la communauté haïtienne aurait pu verser cette pitance au comté de Miami-Dade. D’autres comtés qui avaient bien plus à perdre ont tenu tête à l’administration.

Malheureusement, le comté a pris la fâcheuse décision de faire les quatre volontés de l’administration Trump en abandonnant son statut d’espace sanctuaire de façon à recevoir les 400.000 pauvres dollars mentionnés plus haut. Le 26 janvier 2017, le maire du comté, Carlos Gimenez, allait signer une décision forçant les centres carcéraux du comté à détenir les immigrants pour le compte du pouvoir fédéral. Evidemment, les Haïtiens étant le deuxième groupe ethnique en importance dans le comté, vont être sérieusement affectés par cette décision, particulièrement après expiration du Programme de protection temporaire. Aucun élu haïtien, ni Jean Monestime qui siège au conseil d’administration du comté aux côtés de Gimenez, ni les maires et conseillers communaux d’origine haïtienne des villes du comté (Smith Joseph et Compagnie), n’ont dénoncé ce crime contre la communauté. En fait, vu que c’est seulement récemment que les Cubains ont été dépourvus de leur extraordinaire protection contre les déportations, nous sommes le groupe ethnique à être le plus affecté par cette décision scélérate. Aucune protestation de nos soi-disant représentants dans les instances gouvernementales locales. Aucune tentative de mobiliser la communauté pour faire échec à ce plan, alors que ces élus ont dû être imbu du projet de Gimenez avant tout le monde. Rien.

L’accès aux services

Pour avoir accès aux services publics dans un pays d’accueil, une communauté immigrante doit contourner les barrières linguistiques. Les élus cubains de Miami l’ont bien compris, et se sont arrangés pour que l’espagnol devienne la seconde langue du comté. Partout où l’on va, il y a des hispanophones au service des leurs. Lorsqu’on appelle un bureau public à Miami, des fois on vous donne l’option de choisir l’espagnol avant l’anglais. Qu’en est-il du Créole ? Rien. Lorsqu’on appelle les bureaux publics, cette option n’existe pas. En fait, les rares fois que des avis sont publiés en Créole, comme le faisait remarquer notre collaborateur Jonel Juste sur un réseau social l’autre jour, le Créole est de qualité médiocre. Parce qu’on ne respecte pas assez la communauté pour embaucher des gens compétents. Or, si nos élus comprenaient l’enjeu de l’intégration du Créole dans l’administration locale, cela aurait deux impacts majeurs sur la communauté : d’abord, promouvoir le Créole comme c’est fait pour l’espagnol équivaudrait à employer des dizaines de compatriotes pour desservir la population ; ensuite, les milliers de compatriotes non anglophones de notre communauté seraient plus à l’aise de naviguer le système administratif local. Cependant, ces préoccupations ne figurent pas sur l’agenda personnel de nos “représentants.” Il est triste de remarquer que cette communauté a bénéficié beaucoup plus d’élus non- Haïtiens démocrates et républicains que de ses propres fils et filles. Absence de vision ? Incurie ? Les deux.

Par souci d’objectivité, il convient ici de mentionner un exemple qui se démarque du lot de manière rafraichissante. L’année dernière, après avoir réalisé que le département de services sociaux de la ville de Miramar, dans le comté de Broward, ne comptait aucun employé créolophone, la conseillère municipale d’origine haïtienne Darlene Riggs est sortie de ses gonds. Avec l’aide de la presse locale, elle est arrivée à mobiliser la communauté et forcer la main aux autres membres de l’administration. Aujourd’hui, nos compatriotes non-Anglophones ont au moins un employé créolophone auquel s’adresser en cas de besoin.

Mais ces cas sont rares. Généralement, rien dans notre communauté floridienne n’est différent de ce qui se passe en Haïti. Face à une communauté peu exigeante, un électorat indulgent, les leaders se servent au lieu de servir. Et ils veulent qu’on les prenne au sérieux !

Frandley Denis Julien

Comments

comments

scroll to top