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Haïti/Élections: L’opposition se désagrège

19 mai 2015, 5:52 catégorie: Actualité1 026 vue(s) A+ / A-

C’est le terrible constat fait à l’approche des scrutins, durant cette période électorale. Engagées depuis 2010 dans une lutte incessante contre le pouvoir en place, les coalitions de l’opposition se sont dispersées et/ou font face à de graves problèmes. Une fois de plus, la conquête du pouvoir et l’intérêt individuel priment sur le bien-être de la nation.


L’extinction des mobilisations de rue contre le pouvoir « Tèt Kale » depuis le mois de décembre 2014 marque cette nouvelle dynamique, notamment avec la mise en place, dès janvier,  d’un gouvernement de large ouverture qui regroupe des acteurs prépondérants de la lutte anti-Martelly-Lamothe. La Fusion ainsi que d’autres regroupements politiques, comme Inite, rejoignent la barque rose et abandonnent le “béton”.
Les échauffourées entre le député Arnel Bélizaire, le 11 janvier 2015 devant le Parlement et des individus participant à  la mobilisation traditionnelle de l’opposition lancée depuis l’église Saint-Jean Bosco annonçaient des jours sombres pour les contestataires. Peu avant, le député de Delmas-Tabarre, arme au poing, avait dispersé une foule de manifestants le 18 novembre 2014, pour des motifs jusqu’ici inavoués. Certains l’ont accusé d’être à la solde du pouvoir, notamment de la Première dame, Sophia Martelly.


Le Mopod implose, « Jistis » se disperse

La fracture la plus sévère au sein de l’opposition survint avec le retrait des deux avocats André Michel et Newton Louis Saint-Juste du Mopod, fer de lance de la mobilisation anti-Martelly aux côtés des bases populaires lavalas. Les deux avocats érigeront peu après leur propre structure politique pour tenter de conquérir le pouvoir aux prochaines élections.
Cette nébuleuse – le Mopod – qui disait détenir un plan pour sauver le pays après le départ de Martelly, plan jusqu’ici enfermé dans les boudoirs de ses dirigeants, ne fut pas au bout de ses peines. Quelques mois plus tard, alors que les primaires étaient lancées pour désigner le candidat à la présidence de la mouvance, Mirlande Manigat, une des figures de proue, se retira à son tour. Officiellement pour des raisons liées au processus électoral. Mais, pour plusieurs analystes et le grand public, Mme Manigat s’est retirée parce qu’elle n’allait pas être désignée par le Mopod.
Un autre chapitre qui ternit l’image du mouvement et qui plongea un peu plus dans l’incertitude un électorat en panne de repère et de leaders.

En outre, « Pitit Dessalines », la nouvelle structure lancée par Moïse Jean Charles et les fractions lavalas dissidentes, pour normaliser leurs mouvements et participer à la course électorale, avait déjà fait le ménage en emportant des chefs de file des mobilisations de rue, comme Rony Timothée. Cette initiative traduit leur volonté de divorcer avec le directoire de Fanmi lavalas qui avait choisi à leur insu, Maryse Narcisse comme candidate à la présidence.
Mais ce n’est qu’un épisode de plus dans l’effritement du Mopod qui allait continuer de manière irréversible. Gabriel Fortuné, un autre membre influent, avait décidé auparavant de voler de ses propres ailes, en lançant avec des personnalités comme Pierre Raymond Dumas, Mathias Pierre et Claudy Gassant,  la Ligue dessalinienne. Monsieur Fortuné, dès les premiers jours, s’est déclaré candidat à la mairie des Cayes.
Les opposants les plus virulents au régime Martelly ont du mal à s’unir. Cette situation est une nouvelle fois devenue réalité à travers la plateforme « Jistis », mise en place par André Michel et Newton Louis Saint-Juste présentés, jusque-là, comme des inséparables.
Pourtant, le 11 mai 2015, les deux hommes qui symbolisaient l’opposition au pouvoir Martelly se séparent. En cause, le mécanisme de désignation du candidat à la présidence au sein de la plateforme   « Jistis ».  Maître Saint-Juste critique vertement la violation des statuts de la Plateforme dans le cadre du choix du futur candidat. Ainsi, il se retira.
Quelques jours plus tard, André Michel est désigné candidat à la présidence de la plateforme « Jistis ». D’autres ruptures, moins médiatiques, marquent les partis de l’opposition. Ce fut le cas pour l’Organisation du peuple en lutte dont les primaires ont été, selon Francisco De la Cruz et Anick François Joseph, truffées d’irrégularités. Une source proche du parti, confirme que M. Joseph menace même de se retirer de l’OPL. Décidément, les élections constituent un vrai outil de sélection.

 

Lionel Edouard

doulion29@yahoo.fr

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