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Haïti/Diplomatie: Martelly et Hollande font la paire

15 mai 2015, 8:39 catégorie: Actualité1 579 vue(s) A+ / A-

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Le président de la République française, Francois Hollande, accompagné d’une importante délégation gouvernementale, a visité Haïti le mardi 12 mai 2015. Plusieurs accords de coopération ont été signés dans différents domaines avec le gouvernement haïtien. Cependant, sur la question de la restitution et la réparation d’Haïti, les chefs d’État de la France et d’Haïti se font complice.

 Hollande est venu !  Sa visite a été réelle. Flanqué dans son costume bleu marine, le chef de l’État français a voulu honorer une promesse faite à son homologue haïtien, mais aussi accomplir, dit-il, un devoir. Le flou persiste toutefois sur ses réelles intentions. Entre opération diplomatique ou une volonté manifeste de faire face à un passé peu reluisant pour mieux aborder l’avenir et se dresser en défenseur des valeurs humanistes, le doute plane.

Les contentieux historiques entre les deux Républiques ont été habilement esquivés. La dette de l’ancienne métropole française envers son ancienne colonie en ce qui concerne l’indemnité payée pour la reconnaissance de l’Indépendance et la réparation  pour l’esclavage subi pendant plusieurs siècles, seraient morales, avait déjà lancé M. Hollande. Il ne s’est pas démarqué de cette ligne.

Depuis ce fameux discours en Guadeloupe, point n’est besoin de dire que la position de la partie haïtienne, notamment du chef de l’État, Michel Martelly, face à ce qui apparaît comme une imposture d’État, au XIXe siècle, était attendue. Le président haïtien croit que cette réparation doit être bénéfique à Haïti, et versée à travers une franche collaboration dans différents domaines.

Cette initiative sera matérialisée à travers un programme organisé par l’Agence française de développement en collaboration avec les ministères concernés, informe Hollande. Lequel permettra à la France de supporter les efforts d’Haïti dans différents secteurs. La modernisation du système scolaire et universitaire afin de contribuer à la construction de l’Haïtien du futur, la formation des maîtres, la mise en place d’une université numérique participent de cette coopération qui vise entre autres le secteur énergétique et agro-alimentaire.

Contrairement aux demandes récurrentes de certains groupes de pression de la société haïtienne, la restitution ne sera pas évaluée en chiffre. Pas d’euros ! La demande d’Haïti, salue François Hollande, ne s’articule pas autour de l’aide humanitaire, mais autour du développement, pas autour de l’assistance mais de l’investissement. Les deux  hommes ont paru bien s’entendre sur ce point.

La France veut aussi être aux côtés d’Haïti dans sa marche incessante vers la démocratie. Aussi, M. Hollande se positionne par rapport aux élections qu’il croit incontournable dans le processus de développement du pays, tout en insistant sur le fait que ce sont les Haïtiens qui devront le faire et choisir aux scrutins.

Parodiant Aimé Césaire, M. Hollande rappelle que « l’irréparable ne peut pas être réparé ». Cependant, le président socialiste français insiste sur le fait que notre histoire commune comporte aussi ce passé douloureux marqué par l’esclavage auquel on doit faire face, tout en soutenant que  les héros de l’Indépendance haïtienne sont des références pour le monde et pour l’humanité tout entière.

Entre le Mupanah, la construction de l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti et un discours sur la place érigée en l’honneur du « héros commun », Toussaint Louverture, au Champ de Mars, la deuxième visite d’un chef d’État français sur la terre de Dessalines a plutôt laissé un goût d’inachevé. Les pro-Dessalines qui se sont amassés au Champ de Mars ont été stupéfaits de voir qu’aucune référence historique notable n’a été faite à l’Empereur qui, pourtant, a réhabilité la « Liberté comme valeur universelle de l’humanité ».

Haïti porte-étendard des idéaux des lumières

Michel Martelly a, dans un discours plutôt dithyrambique à l’égard de la France, revisité le vécu commun des deux pays, auquel, pense-t-il, il faut donner un autre sens en se fondant sur le respect mutuel et la dignité des deux peuples.

« Haïti a porté haut et loin les idéaux des lumières. ».  Transcender les discriminations constitue une vertu inégalable. Haïti l’a prouvé en campant aux côtés de la France à l’ONU en 1945 pour contribuer à faire de la langue française la deuxième langue officielle de l’organisation mondiale, a-t-il lancé fièrement, rappelant aussi l’apport du pays à la francophonie qui permet aux peuples qui ont cet héritage commun d’échanger leurs valeurs.

Par ailleurs, pour le chef de l’État haïtien, ces retrouvailles marquent la renaissance d’une fraternité. La France est revenue sur son passé à travers cette initiative de François Hollande qui a séjourné quatre jours dans la Caraïbe. Une action qui, dit-il, fait grandir le président français. Aussi, M. Martelly plaide pour le renforcement des relations pour le bien-être des deux peuples.

Le commerce triangulaire des esclaves, l’isolement diplomatique et les méfaits de la dette qui ont cassé l’élan de la jeune nation haïtienne, peu de temps après l’Indépendance, ont été d’autres éléments abordés par Michel Martelly qui a aussi souligné la volonté affichée par le père fondateur de la nation, Jean Jacques DESSALINES, de supporter les mouvements visant l’autodétermination des peuples. Un Dessalines oublié, une nouvelle fois, au moment des honneurs.

 

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