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Haïti/Diplomatie: De Sarkozy à Hollande

15 mai 2015, 8:56 catégorie: Actualité1 412 vue(s) A+ / A-

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Vous demandez, nous acquiesçons  ! Voilà, pour l’essentiel, ce qui résume la première visite officielle du président français, François Hollande, en Haïti. Entre le séjour de quelques heures de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, et son passage éclair, les temps ont changé et les attitudes restent les mêmes.

Restitution et réparation ! Les attentes de la visite du président français François Hollande en Haïti, ce 12 mai. Question de réciprocité à son homologue haïtien, Michel Martelly, qui a été à deux reprises en France. Cependant, les chefs d’État, qui ont en commun leur arrivée au pouvoir par la magie du « changement », croient que cette restitution et réparation doivent se faire à travers une coopération bénéfique pour les deux peuples. Les demandes de Martelly, longtemps macérées, ont été surtout orientées en ce sens. L’Éducation, l’« E » majeur de sa politique, a été au centre de sa requête. Plongé dans l’euphorie, le chef de l’État haïtien, en demandant un plan Marshall pour reconstruire le système éducatif, sa priorité durant quatre ans, élève l’inaction de son équipe au rang de vertu. Contradictoire !

Michel Martelly a aussi profité de cette visite, aux dimensions historiques pour son interlocuteur, pour plaider en faveur de la mise en place d’une commission bilatérale haïtiano-française devant faciliter la coopération entre les deux pays. Aussi a-t-il demandé à sortir de l’assistanat afin de créer des relations d’échanges justes et équitables pour les deux pays, capables de favoriser le développement d’Haïti.

Comme souvent, Michel Martelly, dans le couloir de sortie, conclut sa liste de demandes en invitant les hommes d’affaires français à venir investir en Haïti. Un pays qui, selon lui, offre de grandes opportunités d’investissement. De frêles requêtes selon certains analystes et opposants, compte tenu des dommages causés par deux siècles d’esclavage et une indemnité d’indépendance ignominieuse, pour reprendre les propres mots de Michel Martelly, qui a soutenu, faut-il le souligner, qu’« Haïti n’a pas oublié, mais qu’elle n’est pas obstinée ».

Hollande se réjouit…

Haïti vogue sur une mer houleuse. Elle s’accroche à la moindre parcelle d’espoir. Cela, Hollande l’a compris. D’entrée de jeu, le président français précise l’objectif de sa démarche. Ce que la France aura à apporter à Haïti durant cette grande traversée « répond aux demandes des dirigeants haïtiens ». L’énergie, l’éducation, l’agro-alimentaire sont, entre autres, des domaines dans lesquels des accords ont été signés.

La France, par la voix de François Hollande, s’engage aussi à supporter la modernisation du système éducatif haïtien. « Nous déploierons, autant que nécessaire, tout pour que vos écoles, vos lycées soient accompagnés », a martelé le chef de file du Parti socialiste français. Avant d’ajouter qu’une université numérique sera implantée en Haïti et que la France contribuera également à offrir aux jeunes haïtiens une formation professionnelle de qualité.

La construction d’un nouvel Institut français pour diffuser la langue française, plus d’ouverture au Lycée Alexandre Dumas ainsi que l’augmentation du nombre d’étudiants boursiers sont parmi les promesses faites par François Hollande à la suite des demandes de Michel Martelly.

Pour répondre à la volonté du pouvoir « Tèt Kale » de voir plus d’investissements français en Haïti, M. Hollande, qui savait visiblement à quoi s’attendre, s’est fait accompagner  de sa garde rapprochée composée du secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, de la Promotion du tourisme et des Français de l’étranger, Matthias Fekl, et d’une kyrielle de représentants du secteur économique français, notamment dans les secteurs énergétique, touristique, agro-alimentaire, transports, crédit-assurance-banque.

Hollande et Sarkozy : des promesses en commun

Suite au séisme du 12 janvier 2010, l’ancien président français, Nicolas Sarkozy, avait, dans un élan dit de solidarité, visité Haïti. Tout comme son successeur, dans un tourbillon rhétorique, il avait su esquiver à travers de futiles promesses les questions liées à la réparation et à la restitution. « La France sera aux côtés de Haïti. » Une phrase qui revient dans le discours des deux hommes mais qui, au final, laisse transpirer une subtile envie d’infantiliser le pays.

Monsieur Sarkozy avait alors promis 326 millions d’euros à Haïti, dont environ 180 millions devaient être utilisés pour la reconstruction du pays et 56 millions d’euros d’annulation de la dette du pays à la France. Il avait également promis 250 véhicules pour la police, la reconstruction de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), ainsi que des abris provisoires pour des sinistrés et un hectare de terre pour la construction des bureaux de l’administration publique sur le site de l’ancien local de l’Institut français au Bicentenaire.

Pour contourner les questions liées à la restitution et à la réparation, Nicolas Sarkozy ne s’était pas trop éloigné de la stratégie de François Hollande. Il avait insisté sur le fait que les 326 millions d’euros répondaient à cette question et que l’annulation de la dette d’Haïti en constituait la réponse. Un déni de la réalité qui démontrait à clair la volonté des dirigeants des deux pays d’éviter les sujets qui fâchent.

Lionel Edouard

doulion29@yahoo.fr

 

 

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