Accueil » Édito » Haiti parmi les pays à risques

Haiti parmi les pays à risques

27 novembre 2017, 10:27 catégorie: Édito12 825 vue(s) A+ / A-

À la 3e grande conférence annuelle sur le dérèglement climatique (COP23) qui s’est déroulée à Bonn (Allemagne) du 6 au 17 novembre 2017, les débats ont porté particulièrement sur les pays à risques comme Haïti et les réparations possibles à envisager à leur endroit. Ce n’est pas peu dire.

Selon un index des résultats de ses travaux publié par un groupe de recherche allemand (Gemmanwatch), Haïti est numéro 1 parmi les pays qui ont été les plus sévèrement frappés par les conditions climatiques extrêmes pour l’année 2016 : l’ouragan Matthew de catégorie 5 avait ravagé au moins trois départements géographiques du pays, la Grand’Anse, le Sud et le Nord-Ouest.

D’après le GIEC (Groupe d’Experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), lors du passage d’un cyclone, “l’élévation du niveau de la mer devrait intensifier les inondations, les ondes de tempêtes, l’érosion et d’autres phénomènes côtiers dangereux (submersion partielle ou totale de régions côtières) menaceront les infrastructures, les agglomérations et les installations vitales pour les populations insulaires”. Mais les pires tragédies ne pourraient être inéluctables si les autorités parviennent à anticiper, à concevoir et à mettre en place des politiques et des programmes d’interventions appropriées en tirant pratiquement les enseignements du passé.

Le dérèglement climatique risque de plonger le pays dans une crise environnementale inédite. Si l’on n’y prend pas garde. C’est inquiétant. Les réalisations de ce qui s’appelle prosaïquement “la Caravane du changement” dont le président Jovenel Moïse s’est fait le porte-étendard et qui connaîtra bientôt une nette extension sur les dix départements géographiques du pays devraient tenir compte de cet enjeu majeur. Trois mots d’ordre seraient susceptibles d’animer l’action haïtienne dans la lutte contre le dérèglement climatique : urgence, car les analyses scientifiques et l’observation courante montrent qu’il y a un dérèglement du climat de plus en plus grave. Le niveau des mers monte, la chaleur augmente et les phénomènes climatiques extrêmes sont en passe de se multiplier.

Ambition, au sens où il faut identifier les points de consensus et définir une méthode commune pour les contributions nationales concertées. Solidarité parce que bien des pays se sont penchés sur la question et ont déjà pris des engagements tout en étant conscients et solidaires des enjeux d’ici et d’aujourd’hui.

D’une conférence climatique à une autre, la communauté internationale construit des outils susceptibles de permettre de limiter le réchauffement climatique à 2 degrés Celsius d’ici à 2100. L’Union européenne (UE) par exemple a adopté le paquet d’énergie et climat pour 2030 avec l’objectif ambitieux de baisse des émissions d’au moins 40% d’ici là qui constitue la base de sa contribution. Le climat s’est également imposé comme un enjeu d’importance du G20 qui s’y est fortement impliqué. La capitalisation du Fonds vert pour le climat envoie un signal fort prometteur aux pays en développement comme Haïti.

Les débats sur la “Caravane du changement” dont les mensonges et les vérités seront pratiquement révélés en appellent à un appui technique et financier à travers les interventions inscrites dans le cadre des programmes nationaux. Soit. Mais la dégradation des écosystèmes née de la surexploitation des ressources naturelles invite les autorités à intégrer le changement climatique dans la lutte contre la précarité des conditions de vie des populations les plus vulnérables. Le défi de l’efficacité dans la gouvernance environnementale se trouve ainsi dans l’action cohérente sur le désenclavement de l’arrière-pays, le développement systématique des secteurs agricole, énergétique et la planification rigoureuse des actions de construction en vue d’une résilience accrue des populations aux aléas climatiques inquiétants, mais non moins surmontables.

Robenson Bernard

Comments

comments

scroll to top