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Haïti trop exposée à la Cybercriminalité

07 novembre 2017, 9:26 catégorie: Tribune12 495 vue(s) A+ / A-

Avec la progression digitale, le marché des appareils mobiles représente désormais le principal moyen d’accès à Internet pour une grande partie d’utilisateurs, soit 3,5 milliards au niveau mondial pour le mois d’août 2017. Toutefois, beaucoup de risques cybernétiques accompagnent le mauvais comportement que nous cultivons sur la Toile. Durant ses dernières années, la cybercriminalité, terme employé pour désigner l’ensemble d’utilisations illégales faites des outils technologiques via internet, fait partie d’un véritable marché mettant en jeu la sécurité mondiale. Les Anonymes bien connus en raison de leurs attaques DDoS, couvrent plusieurs groupes internationaux et sont actifs sur Internet. En fait, le milieu virtuel cohabite avec le «phishing» (demande illégale de codes), sextortion, sexting et la «cyberintimidation» (ou le harcèlement par Internet). Toutefois, la plupart d’entre nous font abstraction des principaux dangers liés à ce mode d’utilisation.

L’évolution de la technologie de l’information et de la communication n’a pas laissé indifférents les usagés haïtiens. Les accès sur l’extérieur sont multiples durant les dernières années. L’internet est devenu une ressource dynamique de communication que nous n’aurions jamais pu imaginer durant les deux dernières décennies. Ils (les utilisateurs) passent des heures sur la toile en quête de rencontre ou de discussion. Ils y construisent à la fois leur identité virtuelle, sociale et professionnelle.

L’apparition en masse des appareils mobiles sur le marché haïtien a augmenté l’accès à Internet. L’usage des médias sociaux a bouleversé le mode de vie des Haïtiens et favorise l’interactivité. Pour la plupart d’entre eux, l’utilisation des réseaux sociaux est devenue l’activité quotidienne la plus courante. Ils préfèrent passer leur temps sur Twitter, Tumblr, Facebook, instagram, viber et whatsapp. Pour être populaires sur les réseaux sociaux, nombreux sont les internautes haïtiens qui exposent leur vie privée par des “live facebook” des photos sexy ou des posts vulgaires. D’autre part, l’utilisation des réseaux sociaux dans l’espace laboral et la lutte contre la cybercriminalité constituent des enjeux considérables pour les entreprises dans le monde.

À cause de la capacité limitée et d’un comportement parfois irresponsable de certains utilisateurs, des risques énormes de divulgations des informations sensibles de l’entreprise ou des clients sont possibles.

Les réseaux sociaux sont capables du meilleur comme du pire, au fur et à mesure qu’on les utilise, les risques de sécurité virtuelle augmentent. Le manque de prudence des internautes haïtiens dans le type d’informations qu’ils transmettent sur les réseaux sociaux est crucial. En partageant des images osées et intimes, ils négligent les graves conséquences de la numérisation de leur vie privée et professionnelle. La cyberintimidation, l’usurpation d’identité en passant par le harcèlement sexuel sont des infractions graves auxquelles sont victimes nos internautes (femmes et enfants en majeure partie). Dans la même veine, informer de certaines facettes de votre vie privée sur les réseaux sociaux peut être source de vol d’identité. Certains pirates s’en servent pour avoir accès à vos renseignements personnels. De plus, la protection de leurs comptes sur Internet laisse à désirer. Ils utilisent souvent un seul mot de passe similaire pour leurs comptes. Par ailleurs, il y a le problème de la qualité des combinaisons qu’ils utilisent pour leur mot de passe, ils ignorent que les mots de passe les plus complexes se révèlent plus difficiles à pirater. Ils disent souvent qu’ils sont en Haïti et que les pirates n’ont rien à y foutre. Cependant, sans qu’ils ne le sachent, en ligne ils sont largement exposés à la «force brute». Ce type d’attaque est l’une des méthodes d’essai et d’erreur utilisée par des pirates pour tester des centaines de combinaisons possibles jusqu’à ce qu’ils atteignent et décodent les mots de passe ou les numéros d’identification personnelle (PIN) souhaités. Durant ces dernières années, de nombreuses personnalités connues dans le milieu de la technologie sont victimes de la progression des délits digitales. Le PDG de twitter, celui de Google et de Facebook ont tous vu que leurs comptes ont été compromis par l’industrie de la cybercriminalité, sans compter le cas de vol cybernétique de 81 millions de dollars de Bangladesh Bank Heist qui a secoué le monde de la finance.

Il demeure cependant essentiel que les internautes fassent une utilisation saine et appropriée de l’internet et des réseaux sociaux en particulier pour éviter d’être exposés à l’intimidation, à l’escroquerie et d’être la cible des prédateurs virtuels sans le vouloir. Lors de leur adhésion aux réseaux sociaux (Facebook, Snapchat, Twitter, Instagram, blogs), ils donnent une série d’informations personnelles, volontairement, mais ne sont pas toujours conscients des menaces informatiques. Par conséquent, lors de la création d’un profil, il est utile de passer un temps raisonnable afin d’examiner les éventuelles fuites d’informations. En tant qu’internautes, la mauvaise gestion de mots de passe favorise de nombreux risques de sécurités. Pour minimiser ces risques, il est important de créer des mots de passe avec un mélange de caractères alphabétiques (majuscules et minuscules combinées), des chiffres et même des caractères spéciaux (& * #! $) afin de permettre une meilleure résistance en cas de tentative décryptage. Il est fortement recommandé de changer régulièrement de mots de passe, en respectant toujours les exigences établies ci-dessus. Dans le monde numérique, il faut être discipliné, éduqué et respectueux. Les utilisateurs haïtiens doivent être conscients de leurs responsabilités sur Internet et les réseaux sociaux, et des menaces permanentes auxquelles ils sont exposés.

D’un autre côté, les patrons haïtiens de petites et moyennes entreprises n’ont pas une conscience claire des menaces cybernétiques. Ils devraient s’informer davantage sur les enjeux de la cybercriminalité et sensibiliser les services informatiques, bref avoir une politique de cybersécurité afin de lutter contre de potentielles violations de sécurité.

Haïti est l’un des pays de la Caraïbe à ne pas être doté de cadre légal sur la cybercriminalité, confidentialité et protection des données. L’expansion de ce fléau dans le monde peut ternir encore plus l’image du pays et dissuade les investisseurs potentiels. Face à ces menaces digitales, le gouvernement devrait travailler davantage sur la réglementation de la culture de confidentialité des données digitales et la mise en oeuvre de normes de cybersécurité internationalement reconnues. Malgré l’effort du CONATEL et des responsables de la gouvernance électronique dans la lutte contre les vulnérabilités et la criminalité digitale, davantage d’actions devront être prises en matière pénale sur l’élaboration concrète de loi civile et administrative pour réglementer les crimes digitaux. Il nous faut de plus en plus des réflexions et des textes législatifs devant harmoniser l’espace cybernétique haïtienne face à l’utilisation accrue d’Internet et des smartphones.

John Kelly Argant

Information Security

Specialist

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