Accueil » Economie » Haïti : une économie d’inégalités

Haïti : une économie d’inégalités

07 août 2016, 9:02 catégorie: Economie4 973 vue(s) A+ / A-

L’économiste Fritz Jean. | Photo: Archives

 

Dans une conférence prononcée sous la thématique « Inégalités et Croissance en Haïti » en date du vendredi 5 août 2016 au local de la Direction nationale du Livre (DNL), l’ancien gouverneur de la banque de la République d’Haïti (1996-2001) M. Fritz Jean n’a pas mâché ses mots en décrivant la situation socio-économique actuelle d’Haïti qu’il qualifie de « violente ». « L’économie d’Haïti est une économie d’inégalités », a-t-il martelé.

 

« Haïti applique aujourd’hui le paradigme de la concentration, des inégalités socio-économiques et c’est cette stratégie de gouvernance qui explique cette extrême pauvreté au niveau du pays aujourd’hui. Environ 500 000 habitants sur une population d’environ 11 millions d’habitants accaparent l’État et l’instrumentalisent à leur profit au détriment des intérêts supérieurs de la nation. Dans le système bancaire haïtien, 5 % à 6 % seulement de gens bénéficient de 75 % des crédits bancaires. Concentration ! Et cela explique le fait qu’aujourd’hui, le pays n’a presque pas une classe moyenne. Et, aucun pays au monde ne peut se développer avec ce niveau d’inégalités », a déclaré l’actuel président de la chambre de Commerce et de l’Industrie du département du Nord-Est et l’ex-Premier ministre désigné du pays.

 

Par ailleurs, poursuit l’ancien gouverneur, « seulement 5 % des gens du pays accaparent 50 % de ses revenus, et les 95 % des habitants du pays vivotent, se démènent avec l’autre tranche de 50 %. Ce qui est très différent des cas des pays de l’Amérique latine où 5 % de la population de cette région accaparent 27 % de ses revenus. Dans le cas des autres pays de la Caraïbe, 5 % des gens accaparent 23 % des revenus de cette région. Avec un indice de Gini variant entre 0.60 % et 0.70 %, la pauvreté a un long temps devant elle si rien n’est fait en Haïti. Et la population ne doit pas rester si passive dans ce cas ».

 

Depuis environ 40 ans, dit M. Fritz Jean, le Produit intérieur brut (PIB) du pays ne cesse de chuter. Le Produit national brut (PNB) par habitant en Haïti est moins de 1000 dollars par an, alors que celui de la République dominicaine qui partage l’île avec le pays est au-dessus de 10. 000 dollars par an. Et en plus, le pays a une économie rentière avec ses importations en constante augmentation, a-t-il déclaré.

 

Selon M. Fritz Jean, citant le rapport de la Banque Mondiale (BM) de 2015, 60 % à 70 % de ce qu’Haïti consomme sont des produits importés. « Et avec un déficit commercial de trois à quatre milliards de dollars aujourd’hui, c’est la diaspora qui paie les pots cassés dans la mesure où elle soutient la population avec ses deux milliards de dollars chaque année. Et, le pays qui bénéficie le plus de cette situation de dépendance, de dégradation économique d’Haïti c’est la République dominicaine sachant qu’Haïti importe de ce pays pour une valeur de 1.4 milliard de dollars, alors que Haïti exporte vers ce même pays pour une valeur de 50 millions de dollars seulement », a-t-il déploré. Pour lui, la République dominicaine produit pour 20 millions d’habitants : la population de la République dominicaine et celle d’Haïti.

 

Mais ce n’est pas seulement le cas de Fritz Jean(ou de la Banque Mondiale) qui constate ces inégalités socio-économiques flagrantes en Haïti. L’économiste Kesner Pharel, dans une entrevue qu’il avait accordé à la Radio Télévision Métropole le 29 juillet 2016, n’a pas, non plus, mâché ses mots quand il dit ceci : « la richesse d’Haïti est très mal redistribuée », faisant allusion aux mauvaises répartitions ayant lieu au niveau de l’administration publique et entre les différentes catégories sociales du pays.

 

 Harrios CLERVEAUX

 

 

 

 

Comments

comments

scroll to top