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Haïti : aucune leçon tirée du tremblement de terre de 2010 !

10 janvier 2018, 9:23 catégorie: Société3 356 vue(s) A+ / A-

Le 12 janvier 2018 marque le 8e anniversaire du meurtrier tremblement de terre qui a plongé de nombreuses familles haïtiennes dans le deuil et a laissé derrière lui plusieurs centaines de milliers de sans-abris. Huit années après, l’on ne peut pas dire que le pays a retenu les leçons de ce cataclysme. Au contraire, certains constats portent à croire que les Haïtiens, et surtout les autorités haïtiennes, oublient déjà cette douloureuse expérience ou refusent de comprendre que le pays se retrouve dans un environnement à haut risque sismique.

Huit années après le tremblement de terre de janvier 2010, dont le bilan a été des plus catastrophiques, ses séquelles se font encore sentir dans le pays. Encore aujourd’hui, de nombreuses personnes (environ 40 000 selon un rapport de l’Organisation internationale pour la Migration (OIM) de janvier 2017) vivent encore sous les tentes. De nombreux bâtiments de l’administration publique détruits sous les secousses telluriques ne sont pas encore reconstruits.

L’on se rappelle que le tremblement de terre de janvier 2010 a provoqué des dégâts dépassant le total de la production de richesse dans le pays pendant un an. En effet, le Fonds monétaire international a évalué les dégâts provoqués par le séisme de 2010 à 120 % du PIB annuel.

Le rapport d’évaluation des besoins après désastres (PDNA) a montré qu’« en frappant au coeur l’économie et l’administration haïtiennes, le séisme a touché de façon aiguë les capacités humaines et institutionnelles des secteurs public et privé, ainsi que des partenaires techniques et financiers internationaux et certaines Organisations non gouvernementales (ONG) ».

À côté de l’impact humain (plus de 220 000 personnes ont perdu la vie et plus de 300 000 ont été blessées), le séisme de janvier 2010, selon le PDNA, a provoqué une destruction massive des infrastructures dans les zones touchées. « Environ 105 000 résidences ont été totalement détruites et plus de 208 000 endommagées. Plus de 1 300 établissements d’éducation, plus de 50 hôpitaux et centres de santé se sont effondrés ou sont inutilisables. Le port principal du pays est rendu partiellement inopérant. Le Palais présidentiel, le Parlement, le Palais de Justice, la majorité des bâtiments des ministères et de l’administration publique sont détruits », lit-on dans le PDNA 2010.

Cependant, en dépit de toutes ces pertes, l’on ne peut pas dire que le pays a retenu les leçons. Si l’on s’accorde à admettre que les constructions anarchiques ont été à la base de nombreuses pertes en vie humaine, l’on ne prend, jusqu’à présent, aucune mesure drastique au niveau du bâti afin de réduire la vulnérabilité du pays.

Alors que le microzonage sismique de certaines régions du pays montre que les risques sont grands, les constructions anarchiques continuent de se multiplier dans ces zones. Le centre-ville, la vallée de Bourdon, Morne-Hercule, Canapé-Vert et Jalousie, toutes des zones très exposées au risque sismique selon les résultats préliminaires du microzonage sismique de l’aire métropolitaine  sont surtout caractérisés par le pullulement de constructions hors-normes.

Les autorités n’ont, à aucun moment, mis des balises pour freiner la prolifération des constructions anarchiques dans le pays. Canaan est l’une des preuves de l’irresponsabilité de l’État à ce niveau. Dans cette zone habitée de déplacés du séisme, ce sont surtout des constructions faites sans aucune norme. Et leur nombre s’accroit chaque jour alors que les autorités n’en disent mot.

De même, la ville du Cap-Haïtien, considérée comme une zone à haut risque sismique selon plusieurs études, est sans doute oubliée par les autorités. Et pourtant, selon ces études (évaluation du risque sismique au nord d’Haïti par la firme Miyamoto, 2015 ; diagnostics de vulnérabilité des bâtiments par le BRGM, 2015 ; évaluation des risques liés au Tsunami sur le nord d’Hispaniola, firme Artelia, 2014), de nombreuses infrastructures importantes de la ville du Cap- Haïtien sont exposées au risque.

Le port et l’aéroport (car construits dans des zones à risques) sont exposés à la liquéfaction en cas de séisme et à la submersion en cas de tsunami. La centrale électrique du Cap-Haïtien est également en zone de submersion en cas de tsunami. Ajoutées à celles-là, d’autres constructions qui sont également très vulnérables. La mairie et le complexe administratif du Cap, la délégation du Nord, le lycée Philippe Guerrier ainsi que l’Hôpital universitaire Justinien ne seront probablement pas épargnés.

Cela dit, par rapport à son activité sismique active, le pays peut faire face, à tout moment, à un tremblement de terre majeur. Et, pour certaines régions, il y a même de grands risques de tsunami. Mais, huit années après le séisme meurtrier de janvier 2010, aucune mesure solide n’est prise, que ce soit au niveau du contrôle du bâti ou de la formation, pour réduire la vulnérabilité du pays.

Il faut reconnaitre toutefois qu’après 2010, grâce à la mise en place du réseau de surveillance sismique national, la population est beaucoup plus informée sur l’activité sismique du pays. Ce qui représente une note positive. Ainsi, les gens ont-ils la chance de rester vigilants. Cependant, l’on conviendra qu’aucune vigilance ne peut empêcher que des gens meurent lors du passage d’un tremblement de terre quand les constructions ne respectent aucune norme.

Le tremblement de terre de janvier 2010 devait pourtant servir de prétexte aux autorités pour définir des balises au niveau du bâti empêchant que les gens construisent n’importe comment et n’importe où. Mais, dans les faits, l’on constate plutôt la prolifération des constructions anarchiques ici et là, aux yeux de tous, sans aucune intervention des autorités. Peut-on dire que le pays n’a rien appris du tremblement de terre de janvier 2010 ?.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

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