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Quand le gouvernement met les gaz

16 mai 2017, 8:41 catégorie: Economie6 514 vue(s) A+ / A-

La cruciale question de l’augmentation du prix à la pompe de la gazoline et du diesel en Haïti, entraînant de fortes tensions sociales, n’est certainement pas une surprise pour quiconque questionne, avec lucidité, le contexte politicoéconomique d’Haïti au cours de ces dix dernières années. L’on se rappelle la sortie fulgurante du député Gary Bodeau qui considérait comme « un crime » l’annonce faite par l’administration Privert/ Paul d’augmenter de 30 gourdes le prix du gallon de gazoline et de 25 gourdes celui du diesel.

 En voyant l’actuelle administration Moïse/Lafontant s’obstiner à hausser les prix des carburants, au-delà de la limite acceptable en temps de crise, risquant de paralyser le secteur des transports publics et d’agir conséquemment sur toute la vie nationale, l’on se demande, inquiet, par où le bat blesse réellement ?

En effet, les réflexions à ce sujet gravitent continuellement autour de la gestion des fonds de PetroCaribe, longtemps considérée comme une chance unique de développement pour la plupart des pays de la Caraïbe, particulièrement Haïti aux prises à des problèmes majeurs avec les mécanismes de la vie économique et la gestion des opérations financières publiques.

Entre 2013 et 2014, au moment où le cours du pétrole se situait au-dessus de 80 dollars le baril, la facture, en lien avec la fourniture énergétique des pays bénéficiaires des « largesses vénézuéliennes », trouvait une bouffée d’oxygène, compte tenu du poids antérieur de 7 à 20 % que subissait le PIB desdits pays.

 Aujourd’hui, on ne parle que de la plongée de l’or noir sur le marché international, jusqu’à concurrence de $ 47.85 le baril du brut. C’est ce qui a été constaté vendredi dernier à l’ouverture du marché pétrolier à New York.

En fonction des fluctuations du prix du baril de pétrole sur le marché international, les autorités dominicaines ajustent régulièrement les prix à la pompe. Le ministre du Commerce de ce pays voisin, bénéficiaire comme Haïti des avantages de Petro- Caribe, avait annoncé, pour la semaine du 13 au 19 mai 2017, une réduction du prix de la gazoline et du diesel. Les stations d’essence, telles que SkyChief, Esso, Shell et Texaco, pour ne citer que celles-là, se sont alignées, sans crier gare, sur cette décision gouvernementale jugée correcte par la population dominicaine. Notons que cette diminution du prix des carburants est à sa troisième semaine consécutive en République Dominicaine. Ainsi titrait le journal en ligne Hoy Digital : « Bajan todos los combustibles por tercera semana consecutiva ».

 En dépit de cette tendance à la baisse du prix du carburant au pays voisin, Haïti est contraint de l’augmenter outre mesure pour pouvoir renflouer son assiette fiscale en pleine déperdition, par manque d’austérité en matière économique et financière. Avec la dépréciation de la gourde, et même quand le prix du brut baisse sur le marché international, Haïti doit payer ses importations, honorer sa dette – bien que diminuée- envers PetroCaribe, et tout le reste…

Toutefois, en augmentant le prix du gallon de gazoline, passant de 189 à 224 gourdes, et celui du diesel grimpant de 149 à 179 gourdes, nous estimons que le gouvernement pèse très fort sur les gaz. À la vitesse que va sa machine, il y a fort à parier qu’il devra mettre les pédales douces en ce qui concerne le coût de la vie. Surtout pour éviter, cette fois, une véritable émeute de la faim.

Mérès Weche

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