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France-Élections : Quand le doute s’installe !

10 mars 2017, 12:50 catégorie: Tribune17 293 vue(s) A+ / A-

Dans quelques semaines le peuple français devra se prononcer sur qui devra assumer la présidence de son pays pour les cinq prochaines années. Dans une conjoncture internationale particulièrement troublée où l’Amérique du président Trump réécrit en lettres de feu la grammaire des relations internationales, et après cinq années d’une administration Hollande au bilan mitigé, certains parlent carrément d’échec, le pays est saisi d’un doute profond.

L’horizon politique apparaît troublé et il se dessine de plus en plus ce qu’un expert en sondages d’opinion, Brice Teinturier, a appelé la PRAFattitude, du « plus rien à foutre », pour désigner l’indifférence et le dégout des Français vis-à-vis d’un système politique en panne de renouvellement.

Pour cet expert qui a bien voulu se confier dans les colonnes du Point du 16 février 2017 : « des pans entiers de la société regardent de très loin la scène politique ou ne la regardent plus du tout ». Toujours selon Brice Teinturier, « ce désengagement peut être de faible intensité ou intermittent. Mais il peut aussi devenir de plus en plus constant et fort ».

Quoi qu’il en soit, les actuels candidats peuvent toujours tenter de faire leur pêche dans ce bassin d’indécis qui peut faire balancer le procès électoral à droite ou à gauche. Même si Marine Le Pen peut très facilement apparaître comme celle qui peut rassembler les déçus de la politique.

Le cas Fillon

 La droite française croyait trouver en François Fillon le bon cheval de bataille. En effet, jusqu’à l’éclatement du scandale des emplois fictifs concédés à son épouse et ses deux enfants, le leader du mouvement Les Républicains paraissait incarner les vertus cardinales d’une droite comme il faut, quelque peu éloigné du chant des sirènes lepénistes.

Mais le candidat « irréprochable » qui a fait de la moralité en politique le pivot de sa campagne s’est pris le pied dans le tapis glissant des scandales. Son image y a pris un sérieux coup. Après avoir proclamé sa confiance dans l’impartialité de la justice, Fillon crie au complot face à l’insistance des juges à aller chercher la vérité, même si, pour parodier un célèbre avocat haïtien, elle se cache au « fond d’un puits ».

Convoqué pour la mi-mars pour être vraisemblablement mis en examen, le vainqueur des primaires de la droite crie au « hold-up » électoral. La langue de bois des hommes politiques en difficulté est souvent pareille à quelque latitude qu’ils habitent.

La ligne de défense de Fillon a consisté ces derniers jours à dénoncer un consortium médiaticopolitique, une sorte de ligue « antéchrist » créée à dessein pour contrarier son glorieux destin. Lui, le champion toutes catégories d’une primaire qu’il a remportée haut la main.

Le tournant du Trocadéro

Les ténors de la droite, confus et empêtrés, ont tenté dans les dernières heures de pousser leur champion hors de la piste. Mais ce dernier s’accroche à la fonction et à son honneur. Il a déjà pris assez de coups pour laisser tomber maintenant. D’ailleurs le poids de ses souffrances sera moins pénible que si lui et Pénelope arrivent au « pied de l’Olympe », à l’Élysée, où ceux qui ont tenté de l’abattre feront amende honorable et où il pourra de son nouveau poste de pouvoir présider à bien des destins.

La tentation d’utiliser la « rue française », la stratégie du « béton », certains de nos hommes politiques s’y reconnaîtront —, a porté fruit malgré les critiques et le défilement massif de nombre de ses alliés. Le rassemblement du dimanche 5 mars au Trocadéro a remis une couche à la légitimité du candidat qui a pu ainsi maintenir dans les cordes ses adversaires qui lui souhaitaient une « sortie respectueuse ».

Désormais seuls les avocats de Fillon devront parler des affaires encombrantes pour laisser le candidat débattre des questions de fond. Je doute personnellement qu’il puisse y échapper et que les journalistes résistent longtemps à la tentation de revenir sur ces épineuses questions.

 Le drap blanc de l’immunité

Me Anthony Lévy qui assure la défense de François Fillon affirme dans les colonnes du magazine français Marianne que le Parquet financier outrepassait son rôle et que l’enquête dans son déroulement violait les principes du droit constitutionnel français. Son argument tombe comme un couperet sur la tête du justiciable moyen : « le détournement de bien public ne peut être attribué à un parlementaire ».

 Un argument qui pourrait donner bien des idées à certains parlementaires sous d’autres cieux pour lesquels l’immunité parlementaire est la chose du monde la plus vénérée.

 Mais suivons de plus près cette nouvelle « ligne Maginot » de la défense du candidat Fillon : « La justice n’a pas à interférer dans le mandat d’un parlementaire… qui a la liberté d’embaucher qui il veut » Or, selon certains analystes de la presse hexagonale, de tels contrats d’embauche relèvent du droit privé.

Une autre tactique consiste à accréditer la thèse du « Fillon bashing », tout se passe comme si les adversaires du candidat jaloux de son destin lui intentaient un procès en sorcellerie. Il a même dénoncé le fait que des chaînes de télévision avaient annoncé le suicide de sa femme… ce qui n’a jamais été confirmé.

L’épouvantail bleu marine

 Marine Lepen apparaît donc comme celle qui pourrait largement profiter d’une déconfiture de la droite. Éric Zémour voit même d’un très bon oeil le drame Fillon et le désistement d’Alain Juppé qui pour lui restera toujours « Ali Juppé », allusion aux soi-disant sympathies arabes du numéro 2 des républicains. Pour Zémour, ce dernier n’est pas assez de droite. Le très controversé éditorialiste pense au contraire que les nouvelles sont bonnes pour les ténors de la France pure laine. Tout est en place pour une résurrection de la droite dont les couleurs seraient portées par Marine Lepen. Une sorte de Jeanne D’Arc postmoderne si l’on lit bien dans les fantasmes de Zémour.

 Il se trouve toutefois que Marine Le Pen, elle aussi a son petit lot de scandales et bien des « cadavres » dans sa garde-robe. On comprend que face au tableau d’un PS en perte de vitesse, d’une gauche divisée avec des tendances apparemment irréconciliables, incapable d’un projet commun face à la droite et l’extrême droite ; une droite éclaboussée par les scandales et tiraillée par les jeux d’influence de mandarins faussement retraités.

De cette équation apparemment à somme nulle émerge un Macron jusqu’ici gâté par les sondages, mais encore fragile et fébrile. Le Pen créditée d’un dangereux 26 % reste l’image d’Épinal susceptible de mobiliser au nom de la montée des périls. Qui donc l’emportera ?

Roody Edmé

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