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Le français haïtien, une variété à part entière

15 mars 2017, 10:11 catégorie: Société9 312 vue(s) A+ / A-

Le doyen de la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti, Renauld Govain.

 

De nombreuses activités doivent marquer la célébration de la journée internationale de la Francophonie. Une série de conférences-débat a débuté, le mercredi 15 mars 2017, à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti. La première de la série a été présentée par le doyen de ladite Faculté, Renauld Govain. L’exposé intitulé : « les apports de la francophonie haïtienne dans la francophonie internationale », a démontré l’existence du français haïtien tout en soulignant ses particularités et son importance dans l’univers francophone international.

« Aucune langue n’est parlée de manière uniforme d’un pays à un autre », c’est le principe de base qui explique l’existence d’une variété du français propre aux Haïtiens. Dr Govain, après avoir évoqué ce point, a énuméré les particularités du français haïtien. Tant du point de vue des influences exercées par la langue maternelle (le créole) que par ses relations avec l’anglais et l’espagnol, le français haïtien se révèle une variété différente de celles de la France ou du Canada, dit le professeur.

Il poursuit que le fossé est observable à la fois sur les plans lexicosémantique et phonologique qui renvoient respectivement aux mots utilisés et à la manière de prononcer. Un ensemble de mots et d’expressions utilisés couramment en français haïtien ne sont pas connus dans le français international, dit-il, citant entre autres « être en pleine ceinture », « veillatif », « passer quelqu’un à l’infinitif » et « pays sans chapeau ». Quant aux caractéristiques phonologiques, Dr Govain a souligné les différences entre les locuteurs haïtiens et d’autres francophones quant à la réalisation de la consonne « r », suivant son emplacement. D’autres manifestations propres à la communauté haïtienne sont également remarquables comme le fait d’éviter la rencontre de deux voyelles à l’intérieur d’un mot ou l’échec dans la réalisation d’un groupe consonantique placé en dernière syllabe.

 « Il est absurde que des Haïtiens tentent de parler comme des Français ou des Canadiens », commente le doyen de la FLA. Selon lui, le français haïtien est une variété comme toutes les autres. D’ailleurs, il affirme qu’au lieu de parler de « la langue », on devrait considérer qu’il existe des « variétés ». Le linguiste croit que c’est davantage à travers ses particularités que le français haïtien contribue au renforcement de la francophonie internationale. C’est, pour lui, une erreur que la francophonie haïtienne ait vécu dans la négation du créole, la langue maternelle.

Chaque année, la journée internationale de la francophonie est célébrée le 20 mars. Les activités qui doivent marquer la quinzaine de la Francophonie 2017 en Haïti ont été officiellement lancées le 14 mars par des représentants du gouvernement et de l’OIF. « J’aime, je partage mon 20 mars », tel est le thème retenu au niveau international, mais un slogan national a également été choisi, à savoir « la jeunesse haïtienne face aux enjeux de la francophonie ». Les événements se dérouleront dans plusieurs villes, notamment Portau- Prince, Petit-Goâve, Cap-Haïtien et Les Gonaïves. Haïti est membre de la Francophonie et de l’OIF dès sa création. Il est aussi membre de l’Assemblée parlementaire francophone.

 Kendi Zidor

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