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Flakatan Pierre : l’image d’un État irresponsable

26 juillet 2016, 9:06 catégorie: Société2 637 vue(s) A+ / A-

Flakatan Pierre . | Photo : Crédit photo
: Ulrick Camille

 

Flakatan Pierre, un vieillard amnésique de plus de 70 ans, a été le seul rapatrié en décembre 2014 par les autorités dominicaines, en dehors des normes du protocole de rapatriement signé entre les deux pays. Au total, environ 120 000 immigrés haïtiens ont été rapatriés depuis l’expiration du PNRE.

Un bureau du Groupe d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (GARR) se trouve à quatre kilomètres du point frontalier de Belladère. Il est trois heures de l’après-midi le 11 décembre 2014, arrive au bureau un vieil homme s’exprimant plus aisément en espagnol qu’en créole. Son visage porte l’empreinte de longues années de souffrances et d’amertume. Le septuagénaire est frappé d’amnésie, il ne possède aucune pièce d’identité, il se souvient seulement qu’on le nomme Flakatan Pierre.

Le vieillard a été rapatrié seul, dépouillé et en mauvaise condition physique. Géralda Sainville Lubin, responsable de communication au GARR, a tenu des conférences de presse, lancé des messages pour réclamer le secours de l’État en faveur de Flakatan. Rien n’est fait jusqu’à aujourd’hui. Flakatan est au bureau depuis dix-neuf mois, sa santé mentale se détériore, il est parfois violent. Les moyens manquent à l’institution.

 Les structures du bureau de Belladère étaient conçues pour accueillir un maximum de cent personnes et ne devait en garder aucune. Cependant, sans souvenir et visiblement sans famille, Flakatan n’a nulle part où aller, il doit donc rester sur place.

 

 

À l’annexe du GARR à Belladère, Flakatan regarde déferler les vagues de rapatriés. Il regarde les visages, mais n’en retiendra aucun. Il n’a plus de souvenir de la terre qu’il a laissée, cette terre n’a plus de souvenir de lui non plus.

Ce cas n’est pas unique ni isolé, selon Josué Michel, assistant à la communication du GARR. Depuis l’expiration du PNRE le 17 juin 2015 à juin 2016, plus de 120 000 rapatriés ont été recensés par l’institution. Parmi eux, 74 528 sont revenus (volontairement) par crainte de représailles. Lors des premières vagues de rapatriement de 2015, l’administration Martelly/Paul a fait de multiples promesses : enregistrement, hébergement et réinsertion sociale.

Aucune autorité de l’État haïtien ne pouvait nous informer sur les réalisations de l’État dans la prise en charge des rapatriés.

 

Crédit photo : Ulrick Camille

 

Alexandre Michel et Jacques Montour

 

« Ce reportage a été réalisé dans le cadre de l’atelier de renforcement de capacité des jeunes professionnels des médias et bloggeurs sur “les droits humains, la gouvernance et la démocratie” organisé par Panos Caraïbes en partenariat avec l’Organisation internationale de la Francophonie (BRECAL) du 4 au 8 juillet 2016 ».

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