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Les femmes dans les mairies haïtiennes

17 avril 2017, 11:29 catégorie: Édito10 269 vue(s) A+ / A-

Au cours des élections municipales de 2015, sur les 143 femmes élues, 12 d’entre elles sont des cheffes de cartel. C’est preuve, d’une part, que le quota de 30% de femmes, dans les entreprises privées, la Fonction publique et les postes électifs, arrêté par l’Assemblée nationale, a fait bonne recette électorale, et que d’autre part, le leadership féminin s’est imposé dans la chose publique haïtienne. Cependant, dans certaines communes de la République, si le problème de l’équité de genre semble connaître la solution politique espérée, il amène par là même une relation dichotomique de type Représentativité-Qualification, qui fait malheureusement ressurgir le vieux contentieux Sexe faible-Sexe fort, aussi bien dans les décisions administratives que dans les rapports conjugaux.

 La plupart des candidates recrutées dans les sections communales – à défaut d’en trouver dans les principaux centres urbains – sont reléguées à l’arrière-plan, pour des raisons à la fois sexistes, socioéducatives et politiques. Les quelques femmes cheffes de cartel ne sont pas davantage autonomes sur le plan décisionnel, car elles sont, soit dominées par leurs pairs masculins au sein du corps municipal, soit par leurs propres partis politiques, ou même, émotionnellement, par leurs propres conjoints qui croient devoir faire office de maire à leur place, créant ainsi des situations incontrôlables dans l’administration de la commune. Un tel imbroglio se constate malheureusement aussi au plus haut niveau de l’État où un mari fait la loi dans le ministère chapeauté par son épouse.

 S’agissant spécifiquement des cartels municipaux, le choix imposé d’une femme rend encore plus malléables les manoeuvres frauduleuses entre hommes, surtout si l’élue se retire dans sa lointaine section communale après les élections. De tels cas sont patents dans la Grand- Anse à l’occasion du ‘’koupe-rache’’ post Matthew. Telle assesseure se lave les mains dans la manière peu orthodoxe de distribuer les dons, partagés entre clans mafieux, sous couvert d’appartenance politique.

 L’oeuvre de formation entreprise par l’Institut international pour la Démocratie et l’Assistance électorale (Idea International), dirigé par Marie-Laurence Jocelyn Lassegue, non content de fournir de la formation sur la reddition des comptes et la gestion axée sur les résultats (GAR), doit également sensibiliser les élues sur les dispositions prises dans certains forums internationaux, soit à Bejïng soit au Japon ou à Belem Do Para au Brésil, pour qu’elles connaissent les objectifs du millénaire (ODM) les concernant personnellement, ainsi que leurs mandants.

Ils sont légion les termes utilisés ces jours-ci pour traiter de la question du Genre : femme en développement, femme en démocratie, participation sociopolitique, gouvernance, etc. Ce sont des superstructures idéologiques qui n’ont aucun impact réel dans les sections communales. La nouvelle députée de Jérémie, Madame Gladys St-Jean Lundi, en sait long, puisqu’elle était la représentante en Grand-Anse du Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF). Présentement, la Grand-Anse est l’un des deux seuls départements géographiques du pays à n’avoir aucune femme comme cheffe de cartel, si l’on s’en tient à une situation identique dans l’Artibonite. C’est un grand défi pour les trois seules députées à l’Assemblée nationale, en l’occurence Gladys St-Jean Lundi de Jérémie, Raymonde Rival de Cornillon Grand-bois et Guerda Benjamin de Savanette, de relever leurs régions natales respectives, pour justement porter les idées d’Idea International à atteindre la plus petite division territoriale haïtienne qu’est la section communale, et par la même, contraindre les tout-puissants maires à délivrer leurs assesseures de ce ‘‘mâle’’ incurable qu’est le machisme.

 Mérès Weche

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