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Faranday Pierre Louis, pour l’émancipation de la jeunesse haïtienne

12 juillet 2018, 9:36 catégorie: Société9 886 vue(s) A+ / A-

Faranday Pierre Louis, jeune président de
la quatrième édition du Parlement jeunesse d’Haïti (PJH).

 

Dynamique, visionnaire, Faranday Pierre Louis, jeune président de la quatrième édition du Gouvernement jeunesse d’Haïti (GJH), nous fait part de ses rêves pour la jeunesse haïtienne. Fier et déterminé, il se donne à fond pour la réalisation des différentes initiatives qu’il a prises pour remplir son rôle de président de la jeunesse haïtienne. Il a bien voulu nous accorder un entretien pour le journal Le National afin de partager avec nous son expérience au sein de ce programme.

Le National : Vous êtes l’actuel président du Gouvernement Jeunesse d’Haïti, parlez-nous de vous et de la politique que vous menez au sein de votre administration.

Je m’appelle Faranday Pierre Louis, je suis originaire de la Grand’Anse notamment à Jérémie. Âgé de 26 ans, j’ai passé toute ma vie à Port-au-Prince aux côtés de mes parents. Après avoir bouclé mes études secondaires en 2012 au Collège Classique Don Bosco de Pétion-Ville, j’ai intégré la même année la faculté de Droit et des Sciences économiques de Port-au-Prince afin d’étudier les Sciences juridiques entre 2012 et 2016. Au cours de ma dernière année, soit en 2015, j’ai intégré le cabinet de Me Guerdy Lissade à titre de stagiaire. J’ai passé, en son cabinet, environ deux années à acquérir des connaissances théoriques et pratiques dans l’exercice de la profession d’Avocat aux côtés de mon mentor, lequel je considère comme mon père professionnel. En 2015, j’ai pris part à un concours national visant à recruter 30 jeunes sénateurs pour former la quatrième législature du Parlement jeunesse d’Haïti. J’ai damé les pions à mes concurrents afin de pouvoir siéger à la chambre des jeunes pères conscrits de la République comme deuxième jeune sénateur de l’Ouest. Et j’ai été parallèlement le vice-président de ladite chambre.

Après cette simulation parlementaire au sein du PJH, j’ai été choisi afin d’occuper la fonction de jeune président à la tête du Gouvernement jeunesse d’Haïti (GJH). Le 23 février 2017 fut le commencement de mon mandat. J’ai pu alors présider un gouvernement de 29 jeunes, dont 26 jeunes ministres, une jeune première ministre et un jeune secrétaire général du conseil des ministres.

Le GJH est un programme qui travaille sous l’obédience de l’Association des volontaires pour la démocratie (AVD). Administrativement, seule cette dernière détient le pouvoir absolu de prendre les plus grandes décisions. Le GJH ne peut rien faire réellement sans leur aval, car il n’est pas autonome. Si elle n’est pas en accord avec quelques choses, elle peut tout bloquer.

En ce qui a trait à ma politique depuis mon installation à la tête du GJH, j’avais choisi de travailler sur les 17 ODD en choisissant l’éducation comme axe prioritaire. Via ce volet, mon administration avait conduit et rodé toutes ses actions. Nous avions réalisé plusieurs programmes axés sur l’éducation, tels que : campagne de l’éducation environnementale à travers laquelle tous les membres de GJH s’étaient rendus à Vallue. Puis, nous avions organisé plusieurs conférences durant des journées historiques (nationales/internationales) dans plusieurs autres communes du pays dans le but d’éduquer, sensibiliser et prendre des positions sur des questions touchant aux intérêts majeurs de la jeunesse. Dans ce même cadre, nous avions apporté notre touche à la construction de la Bibliothèque moderne de Cité Soleil en offrant huit-cents ouvrages pour enfants. De surcroit, dans l’objectif d’étendre nos tentacules à travers le pays, nous avions pris l’initiative d’aller dans le département du Sud pour appuyer l’éducation au niveau de la Commune de Maniche. Durant cette campagne, nous avions distribué des kits scolaires à environ 500 élèves répartis dans deux écoles (École nationale de Maniche et l’École Sainte-Rose de Lima de Maniche). L’occasion était aussi pour le GJH de sensibiliser les écoliers sur l’importance de l’éducation en tant que vecteur clé de développement durable en Haïti.

L.N. : Il est vrai que le GJH n’est qu’une simulation visant à aiguiser la compréhension des jeunes sur la politique, dites-nous comment vous avez vécu cette expérience ?

F.P.L. : L’objectif spécifique du GJH est de permettre aux participants de mieux connaître la gouvernance et les notions essentielles de la démocratie. En tant qu’homme de vision, je regarde le verre toujours à moitié plein. C’est pour vous expliquer que les problèmes auxquels j’ai dû faire face ont renforcé mon caractère et m’ont permis de devenir un leader incontournable. Les difficultés me servent de tremplin. Mais ceci n’empêche pas que je vous expose certaines difficultés rencontrées.

Cette expérience faite au sein de GJH m’a été utile et m’a permis de voir et comprendre certaines réalités de notre pays. La simulation n’a pas été facile et effective. Nous avons tenu certains conseils des ministres dans un local strictement fermé durant seulement deux mois de notre mandat. Mais les fois suivantes, nous étions la majorité du temps dans les rues de Port-au- Prince, sans domicile fixe pour tenir nos réunions. Imaginez-vous alors ! Fort souvent, nous tenions nos réunions dans des restaurants avec la maigre économie des jeunes de notre administration qui ne sont que des étudiants. Nous avons même été humiliés un jour par le gardien d’une institution de la capitale qui n’a pas voulu nous laisser investir le bâtiment sous prétexte que nous ne lui avions rien donné, malgré l’accord du patron. Ce jour-là, sous un soleil de plomb, nous étions obligés d’attendre le bon vouloir du gardien qui s’est moqué de nous. Je me souviens encore de ses mots : « nou pa ka gouvènman, m ap vin ouvè fèmen baryè pou nou, epi pou n pa byen jere m ». Il refusait de croire que le GJH était un programme de volontariat. Nous étions comme des laissés-pour-compte, des enfants abandonnés par leurs parents. Pratiquement tous les participants de cette édition sont sortis frustrés et déçus par des légions de promesses mirobolantes non tenues. Ils n’ont pas pu profiter du bon côté de cette simulation. Les séances pratiques n’étaient pas effectives. De plus, on ne supportait pas vraiment les projets dont leur matérialisation exigeait de l’argent. Nonobstant, je considère cette expérience comme constructive sur certains points.

L.N. : Nous savons que la mission du GJH consiste en une simulation permettant aux jeunes de comprendre la démocratie et d’en faire une expérience. Cependant le gouvernement n’a-t-il pas également la mission de représenter les jeunes auprès des hautes instances comme l’Éxécutif ? N’est-il pas en mesure de faire des projets de loi qui soient favorables à l’épanouissement des jeunes ?

F.P.L. : Justement, le GJH est un programme de simulation, une plateforme, un symposium de volontaires ayant pour tâche de permettre à de jeunes leaders, s’intéressant à l’avenir du pays, de s’associer, en dépit des différences idéologiques, autour d’un projet commun qui est l’émergence et l’inclusion des jeunes. Ce programme, normalement, se veut comme le porte-étendard de la jeunesse, le porteur au plus haut niveau de ses revendications. Croyant en cette lourde responsabilité, avec l’appui de certains médias de la capitale, nous avons pu faire le nécessaire pour critiquer, proposer, défendre les intérêts suprêmes de cette masse abandonnée et de faire entendre avec un verbe plus convaincant les désidératas de la jeunesse. Logiquement, en tant que jeune gouvernement, nous aurions pu déposer des projets de loi par-devant le PJH, qui à son tour, après approbation, les aurait soumis au parlement réel du pays via un ou plusieurs parlementaires, dépendamment de leurs intérêts pour les lois en question. Cependant sachant que le PJH était dysfonctionnel, il ne pouvait tenir des séances en Assemblée nationale, il nous était alors impossible de déposer par-devant le PJH des projets de loi.

L.N. : Dites-nous l’administration Pierre Louis/Gourdet a-t-elle une politique face aux différentes difficultés que rencontrent les jeunes ?

F.P.L. : Notre plus grande préoccupation est de voir une jeunesse émergée et engagée dans le développement durable d’Haïti. Car c’est nous le présent et l’avenir d’Haïti. Mais, il faut rappeler que le GJH est un programme de simulation qui n’a pas pour mission de remplacer l’État ni aider l’État. Car seul l’État, à travers les pouvoirs législatif et éxécutif, doit changer la situation difficile de la population en général et de la jeunesse en particulier. Nous ne pouvons rien faire efficacement sinon mettre l’État face à ses responsabilités. C’est l’État qui a l’initiative de voter les lois à travers le parlement et c’est lui qui exécute les grands projets concernant la jeunesse par l’entremise de l’Éxécutif. Notre mission consiste à jouer un rôle de Virgile, un vrai think tank et une force de pressions.

Le National : Avez-vous un message à communiquer à la jeunesse haïtienne ?

Faranday Pierre Louis : Je tiens à vous remercier à nouveau pour cette initiative visant à mettre sous le feu des projecteurs les jeunes dans tous les secteurs de la société haïtienne. Mon administration est prête à passer le flambeau à la nouvelle cohorte de jeunes leaders qui vont prendre la relève afin de continuer à porter haut le flambeau de la jeunesse. Je leur souhaite du succès. Que leur expérience soit fructueuse à tous égards, car la jeunesse compte sur eux.

Mon plus grand rêve est de voir tous les fils et filles d’Haïti à son chevet afin de l’aider à sortir dans cette phase humiliante. Il est évident que la société d’aujourd’hui est le résultat des actions d’hier. En ce sens, j’invite la jeunesse à s’engager, à s’impliquer dans le changement du pays et à faire des choix rationnels. À cet égard, je lance un appel à l’unité, à une meilleure prise de conscience, car nous sommes tous responsables, à un niveau ou à un autre.

Vive Haïti ! Vive la jeunesse !

Propos recueillis par

Laïka Mezil

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