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Farah Larrieux convoque le secteur culturel haïtien

06 novembre 2017, 8:23 catégorie: Diaspora1 210 vue(s) A+ / A-

Farah Larrieux.

 

Les 10 et 11 novembre prochains aura lieu le Symposium sur les Industries créatives et culturelles au Florida Memorial University, à Miami Gardens, en Floride. Organisée par Thelar Management Group, sous le leadership de Farah Larrieux, cette grand-messe de ces deux secteurs porteurs de notre économie promet de recadrer le projecteur sur des acteurs bourrés de talents, mais en panne d’encadrement . Le National a rencontré Mme Larrieux en pleine préparation.

L.N. : Quel est l’état actuel de la culture haïtienne à votre sens?

F.L. : La culture est l’identité d’une nation. Elle est caractérisée par l’histoire, les traditions, les moeurs, les idéologies, les expressions artistiques, intellectuelles et spirituelles d’une société ou d’un groupe social. Cette identité, on la retrouve à travers le patrimoine artistique. Ce patrimoine n’est pas seulement l’architecture, mais c’est aussi la sculpture, la peinture, la musique, la littérature, le folklore, la danse et la langue. La complexité de l’origine de la nation haïtienne qui comprend les Indiens, habitants de l’île jusqu’à l’arrivée des Espagnols, les différentes ethnies venant de l’Afrique par la traite des noirs, et les Européens colonisateurs, a rendu notre culture très riche.

Néanmoins, cette culture si riche est sous-exploitée dans le développement humain et social de l’haïtien. Alors que c’est à travers les oeuvres artistiques que l’on peut découvrir l’histoire d’un peuple…ses souffrances, ses aspirations, ses combats et ses progrès. Si ces expressions artistiques qui expriment les attentes de la nation étaient prises en considération par nos dirigeants, la culture aurait pu jouer un rôle majeur dans le développement d’Haïti. À force de frustration et de déception, l’haïtien se cherche dans d’autres cultures. Il rejette la sienne pour s’identifier à celle des pays avancés qui imposent la leur via la communication de masse. En conséquence, l’Haïtien perd son identité culturelle et son patriotisme.

L.N. : C’est ce constat plutôt triste qui vous a poussé à organiser le symposium ?

F.L. : L’idée du symposium m’est venue en 2016, lorsque j’ai commencé à planifier la célébration des 15 ans de THELAR Management Group, mon agence de communication spécialisée dans les industries créative et culturelle, et de mes 20 ans de carrière en communication et dans le secteur culturel. Je ne voulais pas organiser une simple soirée, donner du plaisir aux gens et ensuite plus rien. J’ai voulu produire un évènement qui aurait un impact sur ceux qui professent dans ce secteur d’activités et, aussi aider à adresser certains problèmes dont nous faisons face.

J’ai repassé dans ma mémoire les diverses conversations que j’ai eues avec les différents acteurs du secteur et les nombreux débats sur les problèmes dont nous nous plaignons tous. Je me suis dit qu’au lieu de continuer à nous plaindre, pourquoi ne pas agir. J’ai aussi pensé aux multiples informations que j’ai accumulées et les formations que j’ai acquises dans les ateliers de formation, les séminaires, conférences et programmes d’assistance technique auxquelles j’ai participé depuis que je me suis installée aux États-Unis. Alors, j’ai voulu partager ces connaissances et savoir avec mes collègues du secteur et j’ai donc décidé d’organiser une conférence. D’où est venu le nom : Symposium sur les Industries créative et culturelle haïtiennes (SICCH).

En travaillant sur le format de l’évènement, je suis tombée sur des informations concernant des conférences internationales qui réunissent chaque année des dirigeants de pays avancés tels que la Chine, l’Angleterre, l’Allemagne et les États- Unis et les meilleures universités du monde pour discuter sur les potentiels et le développement des industries créative et culturelle, et pour voir comment associer la science aux arts.

Cette découverte m’a fait prendre compte de l’urgence pour nous Haïtiens d’organiser le secteur culturel, ainsi que le secteur artistique pour éviter de perdre le peu que nous possédons: notre identité culturelle et notre patrimoine artistique.

LN: Quels en sont les objectifs principaux?

F.L. : La mission du SICCH ( en Créole: SEKKA et en Anglais: HCCIS) est de créer une plate-forme pour les artistes haïtiens de différentes disciplines artistiques, entrepreneurs et professionnels des industries créative et culturelle en Haïti et dans la diaspora pour aborder efficacement les problèmes liés à leurs industries, afin de promouvoir des collaborations stratégiques et créatives qui aideront à organiser et développer ces industries en Haïti, et à répondre aux demandes du marché international.

Nos objectifs sont :

– Organiser et structurer les industries créative et culturelle en Haïti et dans la diaspora.

– Former et préparer les artistes haïtiens pour le marché international.

– Contribuer au développement économique d’Haïti et de la diaspora haïtienne disséminée à travers le monde, ainsi que des Caraïbes.

Sont invités à participer au symposium les artistes professionnels établis et ceux émergents de différentes disciplines artistiques, les professionnels des industries créatives et culturelles, les organisations et associations culturelles et artistiques, les organisations à but non lucratif locales, nationales et internationales, les ONG, le secteur des affaires, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire d’Haïti.

L.N. : On sent qu’en Haïti, il y a beaucoup de talents, mais pas assez d’encadrement. Est-ce l’une de vos préoccupations?

F.L. : C’est bien sûr ma préoccupation et celle de tout compatriote raisonnable qui assiste au déclin de notre pays.

Un pays bourré de gens talentueux, mais qui se meurt, par l’absence de stratégies pour stimuler l’innovation, inspirer et motiver le citoyen haïtien à la créativité, et pour développer et implémenter des programmes de formation et d’assistance technique. Il faut aussi faciliter l’accès au financement et subvention, et promouvoir la réussite et la création de richesses. Il est de la responsabilité morale et civique de chaque haïtien de travailler pour développer le potentiel humain de nos compatriotes afin d’assurer un meilleur futur à nos enfants. Nous pouvons le faire à travers l’art et la culture.

L.N. : Qui sont les principaux intervenants

F.L. : Le premier jour, vendredi 10 novembre, nous aurons un panel de discussion composé de : Pamela Coke-Hamilton, Directrice Executive de Caribbean Export Development Agency qui viendra des Barbades ; Hilary Brown, PhD, Program Manager for Culture pour la CARICOM Conseil pour le Développement Humain et Social qui viendra de la Guyane ; Et Christina Tassy-Beauvoir, Administratrice de Projets Culturels pour Miami-Dade County Department of Cultural Affairs. Ce panel traitera du sujet sur l’ «Impact des Industries Créative et Culturelle dans une société ».

Le sujet qui sera traité par les panélistes de samedi sera «Les Industries Créative et Culturelle en Haïti : Enjeux et Perspectives». Ce panel sera composé d’experts venant d’Haïti. Ce sont : Allenby Augustin, Spécialiste en management des organisations culturelles et Secrétaire de Akoustik Prod ; Etzer Émile, économiste et professeur à l’Université Quisqueya ; et Patrick Pierre-Louis, Avocat et professeur de Droit à la faculté de Droit et des Sciences économiques de l’Université d’État d’Haïti.

Il y aura aussi huit ateliers de formation et plusieurs exposants.

LN: Comment un tel évènement peut-il influencer la politique culturelle du gouvernement?

FL: Grâce aux sujets traités durant les discussions, les formations acquises en ateliers et les informations reçues des exposants présents durant les deux jours de l’évènement, les participants pourront mieux comprendre, identifier et évaluer les acquis, les potentiels, besoins, limites et opportunités des industries créative et culturelle en Haïti comme dans la diaspora haïtienne. Ils participeront aussi à une enquête qui sera utilisée pour la rédaction d’un document de référence et l’élaboration d’un plan stratégique qui serviront aux futures démarches et plaidoiries auprès des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire pour l’organisation et le développement de ces industries.

L.N. : Pensez-vous que le secteur privé pourrait participer plus activement à la promotion de l’art et de la culture en Haïti ?

F.L. : Le secteur privé des affaires tant en Haïti que de la diaspora a un grand rôle à jouer non seulement dans la promotion, mais surtout dans l’organisation et le développement des industries créative et culturelle, car sans le financement et l’accès aux capitaux, on ne peut faire grand-chose.

Les chefs d’entreprises et les départements de marketing traitent régulièrement avec les industries créative et culturelle pour la création et production de matériels de marketing et de promotion (logo, maquette de publicité, production de publicités

 

télévisées et radiophoniques, etc) ; des artistes très populaires sont utilisés comme publicistes ou porte-paroles dans les campagnes de masse ; le patronage des évènements attirant la grande foule, tel que le carnaval, les festivals et les fêtes champêtres, est pour le secteur privé des affaires un investissement pour augmenter le chiffre d’affaires de leur entreprise et l’effectif de leurs clients.

Malheureusement, par manque de formation en gestion, de discipline et de structure, les industries créative et culturelle ne sont pas toujours bien représentées quand il s’agit de négocier des contrats ou d’établir des relations d’affaires avec le secteur privé. Ceci cause des frictions qui auraient pu être évitées, des frustrations, le manque de confiance et des déficits énormes aux deux parties. Si les entrepreneurs s’engagent à contribuer et à financer des initiatives visant à organiser les industries créative et culturelle, ils verront s’améliorer les conditions de travail, les résultats escomptés et leur relation avec le secteur de l’art et de la culture. Il n’y pas meilleur investissement que celui fait pour le développement social. It’s a win-win situation !

L.N. : Pensez-vous que l’art haïtien pourrait être plus conquérant au niveau mondial?

F.L. : Absolument! En dépit de nos faiblesses et limites, l’art haïtien a une présence assez importante à travers le monde dans des musées, des galeries d’art, des foires artisanales et chez des collectionneurs étrangers.

La dénomination de « Little Haiti » (Ti Ayiti en Créole) d’une partie de la ville de Miami est en honneur à l’art, la culture et l’histoire d’Haïti et de son peuple. Le Pikliz, la Soupe Giraumon, le Fritaille deviennent des mets haïtiens de mieux en mieux connus et appréciés par les étrangers. De plus en plus de couturiers et stylistes haïtiens participent à des défilés de mode sur les scènes internationales. Haïti est représenté dans des évènements musicaux internationaux de grande envergure, tels que le Festival de Jazz de Montréal, les International Reggae and World Music Awards, au Carnaval Caribéen de New York et de Miami ; la musique de Coupé Cloué est toujours appréciée en République Démocratique du Congo; et au Panama, le compas direct de Tabou Combo fait encore danser les Panaméens.

Il en vient maintenant à nous les Haïtiens d’arrêter de discriminer, de critiquer les limites et faiblesses de nos compatriotes, de nous complaindre du manque d’organisation, d’éthique professionnelle et de discipline du secteur artistique et culturel, et travailler ensemble afin de trouver les solutions à nos problèmes et d’intégrer le marché de l’art et de la culture international. Pour cela nous devons définir et tracer la politique de développement des industries créative et culturelle d’Haïti

L.N. : Finalement, pourquoi un acteur culturel devrait-il participer à ce symposium?

F.L. : Tout changement commence par des échanges d’idées, le partage d’information, des rencontres fructueuses et des relations qui grandissent entre des gens qui partagent la même passion et la même vision. Le symposium offre tout ceci aux participants. Par ailleurs, le progrès de ces industries passe par la réussite personnelle de ceux qui évoluent dans le domaine, qu’ils vivent en Haïti ou à l’étranger. Alors mis à part des panels de discussion et les huit(8) ateliers de formation, il y aura aussi de nombreux exposants qui pourront fournir aux participants des ressources pouvant aider au développement de leur carrière dans les industries créative et culturelle.

Propos recueillis par

Frandley Denis Julien

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