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Extrait d’un texte proposé par l’auteur dans le cadre d’un concours de dissertation sur la place de la femme dans le répertoire et l’engagement de l’orchestre Septentrional

09 août 2018, 9:52 catégorie: Culture6 813 vue(s) A+ / A-

 

 Septentrional : 70 ans à honorer les femmes

Le Nord se caractérise par toute une pluralité de tendances qui lui confèrent une position particulière et enviable tant sur le plan intellectuel qu’artistique.

Le grand orchestre Septentrional, institution musicale du Nord d’Haïti, constitue, de par ses particularités, l’essence même de l’art musical haïtien tant à l’échelle nationale qu’internationale. Son rythme, son harmonie, ses mélodies et ses paroles défient le temps et l’espace. Et, pour preuve, en écoutant les morceaux que cette institution exécute, on ne pense qu’à « Apollon », le dieu de la musique dans la mythologie grecque.

Fondé en été 1948 de la fusion de deux groupes : (Trio symphonie/Astoria et Quator Septentrional), lors d’une soirée conjointement animée à la fête patronale de Limonade, l’Orchestre donnait et donne encore la forte impression d’être influencé par la chaleur de l’été, saison si exaltée et si inspiratrice.

En effet, à travers la discographie de Septen, on trouve des sujets variés allant des thèmes extrêmement profonds aux faits divers. Dans la première catégorie, nous pouvons citer, entre autres, la vie (Lavi, Destin,…), la mort (Dènye jou, Manman mwen, …), le courage (Fò n aprann lite, Chache ekilib lavi a, Leve pou w mache…), l’histoire et le patriotisme (1er janvier, 7 février, Ansanm ansanm, Bois-Caïman, Chanjman, Cité du Cap- Haïtien, Belle Haïti…), l’environnement (Van Tanpèt…), Dans la seconde, nous osons citer, par exemple, Granpyon, Pase cheve, Marie Josée…

Cependant, dans plusieurs des compositions de l’orchestre Septent, la femme est présente. Mais, la présence féminine dans son répertoire nous permettra-t-elle d’avancer que Septentrional a, pendant soixante-dix ans, honoré les femmes ? Une analyse de certains morceaux composés et exécutés par ledit orchestre nous permettra de répondre à cette question.

La Femme dans la discographie de l’orchestre Septentrional.

C’est un fait incontestable qu’il n’y a pas de divertissement sans musique, de même, qu’il n’y a pas de vie sans femme. Conscients de l’importance de la femme comme mère, comme épouse, comme amante, amie, ou autres, les talentueux compositeurs et musiciens de l’orchestre Septentrional ont fait d’elle leur sujet de prédilection. Ils savent ce dont la femme a besoin et trouvent toujours les justes mots pour parler d’elle.

En effet, c’est pour cela que Septen s’était dit : « Si je pouvais parler à Dieu, je lui demanderais pourquoi il a créé la femme. Pourquoi elle est si…». Sans nous dire, si ses musiciens et compositeurs ont parlé à Dieu, Septen présente la femme comme un être égal à l’homme (Li gen dwa) et sensible à son instruction (Jeanine 2). En empruntant cette voie, il se démarque des traditions machistes et patriarcales qui accordent à l’homme une autorité souveraine et illimitée tant au foyer que dans la société et qui déshumanisent la femme, « Paske wap bay 2 batanklan, ou konprann pou w fè frekan » (Fanm libere).

Sans discrimination ou préjugés de couleur, Septen définit expressément la splendeur, l’agrément de l’être féminin. Il vénère les descendantes d’Ève avec une impartialité irréprochable. Dans Louise Marie, l’auteur n’a pas mâché ses mots pour exprimer ses sentiments : « Louise Marie, Belle déesse, douceur enivrante, sucre de miel […]. Tu resteras dans mon souvenir une symphonie inachevée, Ô Femme que j’adore […] ». Il poursuit en ses termes dans Gisèle : « Donne-moi s’il te plait, tes yeux au bleu d’azur, donne-moi, je t’en supplie, ton visage à l’ovale pur ». Il est évident que dans ce dernier texte, il parle d’une femme blanche. Ce qui, au départ, pourrait énerver la Barde nationale, le grand poète Oswald Durand, un nordiste qui charmait seulement les noires Haïtiennes. Mais, rappelons-nous, notre société ne se compose pas uniquement de femmes noires. Et, si ce poète prenait du temps pour entendre, il serait ravi d’auditionner Gladys, cette beauté extraordinaire, aux yeux marron que l’inoubliable Michel Tassy implore avec pitié et supplication dans le souci de faire des miracles. Sans oublier Mona, celle pour qui le soleil luit dans le ciel de l’homme et qui bénéficie intégralement des fruits du travail de celui-ci. Sans ignorer Ti Carole et surtout Vanessa, femme à dents écartées, gencive violette et à démarches gracieuses à la fois fascinantes et provocantes qui feront la joie de tout homme.

À travers les compositions de Septen, on constate que la femme n’est pas seulement faite pour aimer, mais aussi pour être aimée. Elle n’est pas seulement née pour comprendre, mais aussi pour être comprise. Il prône un amour sincère, fidèle, bref un amour pur dont le mariage est l’aboutissant (Coeur à Coeur, Jeanine # 2, Adelina, Lourdie, Anna Marie…). À noter que pour ce grand Orchestre, avoir une profession est une nécessité avant la cérémonie nuptiale (Sa bèl anpil).

La femme dans le champ musical de Septen est un être responsable, soucieuse du bien-être de sa famille et surtout de ses progénitures. Elle se sacrifie, étouffe ses désirs pour se consacrer à l’éducation de ses enfants (Marie-Lourdes, Mizè fanm, Se lavi,…). Une combattante qui ne se laisse décourager ni par la déficience biologique (l’aveugle) ni par la précarité économique (Machann A k 100, Mizè fanm) ni encore par les stigmatisations des mégalomanes (Femme libérée).

L’adolescente n’échappe pas au répertoire de Septen. Avec Paulette, il nous livre les doux souvenirs d’une expérience amoureuse entre deux enfants vivant dans un même quartier.

Tout ceci pour vous dire chers lecteurs qu’aucune typesse n’échappe à l’alternative de l’Orchestre qui est de rehausser la femme dans son ensemble et de susciter la courtoisie et la générosité chez les hommes amoureux (Caprice Medam yo).

Les actes posés par Septen facilitant l’épanouissement et l’émancipation de la femme

Il est de principe que les beaux parleurs ne sont jamais des hommes d’action. D’aucuns diront qu’ils sont toujours à l’oral, de surcroît, incapable d’atterrir, c’est-à-dire de poser des actes concrets pouvant matérialiser ou justifier leurs points de vue, leur vision.

Sur cet aspect, il est important de signaler que Septen ne se contente pas de chanter les vertus de la femme haïtienne, mais il a aussi contribué à leur épanouissement, leur émancipation en tant qu’artistes, chanteuses ou musiciennes. Nombreuses sont les stars qui ont trouvé le support de Septen ou de ses musiciens pour la réalisation de leur album.

C’est ainsi que, passé de la parole aux actes, on a trouvé des musiciens de Septen (Alfred Moïse) dans la genèse du premier groupe musical féminin à Cap- Haïtien, Top girls. Ils ont activement participé dans l’album Granmoun se Granmoun de Rose Claudelle Daniel (Ulrick Pierre Louis, Marcel Gilles) ainsi que celui d’Ema Achile (Marcel Gilles, Roger Colas).

Tenant compte de ce que nous venons de dire, des morceaux choisis et des actions concrètes mises en place par Septen ou par ses musiciens pour l’émergence de la femme dans notre société, toute personne lucide, amante du beau, du bien, des grandes idées et de la perfection doit admettre que l’Orchestre Septentrional, de sa genèse à nos jours (Li gen dwa), ne fait qu’honorer la femme. Il la vénère dans toute sa splendeur.

Sur le plan amoureux, Septen aborde la femme avec respect et révérence. Il ne la présente pas comme un objet de plaisirs ni comme quelqu’un qui est là uniquement pour observer et obéir. Jamais une femme, en écoutant Septen, ne se sentira humiliée, abandonnée, ni inférieure à l’homme. Jamais, il ne lui demandera de décider, de faire sa l vle !

Les détracteurs de Septentrional avancent souvent que des morceaux comme Mariana, Herzulie, Fanm Rizèz, Fanm se mistè ne font pas honneur à la femme. Ils ignorent cependant que dans toute règle, il y a exception. Ils feignent d’oublier qu’en dénonçant l’ingratitude d’une minorité de femmes (Mariana, Pa fè m sa : Danoune), leur insatiabilité (Herzulie, Anita), et leur impatience (Amélie,…), Septen ne brûle que le désir de voir en toute femme un être parfait, digne de confiance et d’admiration. C’est pourquoi, incessamment, il leur prodigue de salutaires conseils (Amélie, Angela, Eva, Marie Josée…).

Septen, avec toute une originalité langagière, réaliste et remarquable, donne à la femme sa juste valeur. Il nous la présente comme la petite fleur qui embellit le jardin de l’homme, la source intarissable dans son désert quotidien, sa compagne et non son esclave. Bref, pendant soixante-dix ans, Septentrional honore les Femmes et comme École, il nous prouve qu’elles sont le Potomitan de notre société.

Rose Anna Marie Christelle Pierre

Élève de Secondaire III,

École du Sacré-Coeur du Cap-Haïtien

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