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Son Excellence Monsieur Jovenel Moïse, Président de la République d’Haïti Palais National

14 février 2017, 10:39 catégorie: Tribune7 467 vue(s) A+ / A-

Monsieur le Président,

Je tiens à vous présenter mes plus vives félicitations et mes sincères vœux de succès.

En accédant à la plus haute fonction de l’Etat, vous faites désormais partie de ce club restreint de personnalités ayant à la fois le privilège et la lourde responsabilité de dessiner, de manière irréversible, le cours de l’histoire d’Haïti.

Avec l’adoption de la Constitution du 29 mars 1987, le pays s’est engagé sur la voie accidentée d’une transition démocratique qui, après tant d’efforts et de balbutiements, est loin d’atteindre sa phase de maturation. Vous êtes, Monsieur le Président, à compter de l’élection historique de 1990, le 4e personnage à avoir bénéficié, tant bien que mal, du suffrage universel respectant certaines normes minimales de démocratie politique. Vous pouvez vous en enorgueillir.

Cependant, comme vous le savez, l’heure est grave. Les réjouissances désinvoltes, l’autocongratulation et le vertige du pouvoir sont les pires ennemis de nos dirigeants. Vous héritez d’un pays dont tous les indicateurs macroéconomiques sont au rouge ; un pays qui ne produit plus rien et importe tout pour nourrir une population en croissance explosive. Vous prenez le leadership d’un pays déchiré par de multiples clivages politiques, idéologiques, sociaux et économiques. La liste est interminable…

Monsieur le Président,

De mon lieu de citoyen engagé, j’ai suivi avec intérêt la cérémonie d’investiture faisant de vous le 58e Président de la République. Le principe d’alternance démocratique et le rituel du transfert pacifique des pouvoirs constituent une merveilleuse tradition républicaine honorée avec pompe, solennité et dans la stricte observance du protocole d’Etat. Comme des milliers de compatriotes, j’ai été choqué devant l’amateurisme flagrant et le désordre généralisé qui ont caractérisé cette journée historique. Comme eux, je ne souhaite pas que ces failles augurent une administration gérée dans l’improvisation et la tolérance à la médiocrité. L’image du pays est une richesse immatérielle que nous devons tous protéger jalousement. Et c’est beaucoup mieux quand le signal vient d’en haut !

 Monsieur le Président,

 J’ai écouté avec attention, et à plusieurs reprises, votre discours d’investiture. Vous me paraissez sincère et volontariste dans la communication non-verbale. Cependant, au-delà des déclarations de bonne volonté et d’une liste de vœux, je m’attendais, comme beaucoup de citoyens, à un discours solide et structuré. Je m’attendais à une parole présidentielle qui rassure les citoyens et offre une orientation sur les grandes questions économiques, politiques et internationales. Je m’attendais à des annonces concrètes sur les fameux « 100 premiers jours » à défaut de votre diagnostic sur l’état de la nation.

Monsieur le Président,

 Face à l’exode massif de la force du travail d’Haïti, face au désespoir des jeunes qui quittent par milliers pour l’Amérique Latine, la République Dominicaine, le Canada et les Etats-Unis, je m’attendais à un message spécifique et ciblé.

L’image de cette photo montrant un Président ému dans les bras de son fier papa m’a touché profondément. Elle me rappelle mon père, un homme de la paysannerie, digne, fier et altruiste. Elle symbolise la marche improbable des fils et filles des classes défavorisées vers l’ascension sociale. Votre réussite sera celle de tous les haïtiens mais surtout, celle des exclus du système qui, trop longtemps, veulent tourner la page de la pauvreté abjecte et de la marginalisation.

 Voyez-vous ? Je ne suis pas de ceux qui vous envoient des fleurs aux premières heures pour ensuite vous envoyer des pierres le moment venu. Je n’ai qu’un seul souci : Une nouvelle ère de modernité politique et de bonne gouvernance en Haïti.

Vous êtes arrivé à peine au pouvoir. Vous avez du temps. Le temps, aujourd’hui, est à la consolidation des institutions républicaines, comme l’a si bien souligné le Président de l’Assemblée Nationale M. Youri Latortue, dans son discours de circonstance. L’heure est à la mise en œuvre de véritables politiques publiques en faveur de cette jeunesse intelligente (mais dévoyée) dont vous présidez désormais la destinée. Le temps, dont vous disposez, est à faire beaucoup mieux que vos prédécesseurs. C’est à cette seule condition que vous mériterez une place dans les annales de l’histoire.

 Au nom de la Patrie commune,

 John Miller Beauvoir Politologue

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