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Entamer l’année 2018 sous de meilleurs auspices

08 janvier 2018, 10:46 catégorie: Édito14 076 vue(s) A+ / A-

Le président Jovenel Moïse, dans son message le 1e janvier aux Gonaïves, a fait état de ses meilleures intentions d’insuffler une nouvelle vie à l’économie nationale. Exhortant les Haïtiens à « changer de comportement », il a exprimé son attachement à ses obligations de résultat. Ce n’est pas un voeu pieux selon les moins sceptiques. Jurant par tous les dieux sur les vertus de la “Caravane du changement” susceptible, d’après lui, de désenclaver l’arrière-pays, mais qui n’a eu qu’un effet d’annonce dans le département de l’Artibonite, de l’avis du maire des Gonaïves, Neil Latortue, le chef de l’État sera jugé moins sur ses symboles discursifs supposés d’exemplarité que sur l’efficacité de ses actions sur le terrain.

Très circonspect par rapport au déficit budgétaire catastrophique dans l’ordre de 3 milliards de gourdes relevé par des économistes, Jovenel Moïse n’en tire pas moins les leçons. Selon toute vraisemblance. Il prévoit l’avenir en promettant de prendre les meilleures décisions. L’année qui vient de se terminer a apporté son lot de déconvenues. Mais il faut admettre que les enjeux ont été de taille.

L’économie haïtienne n’a connu qu’une croissance limitée de 1,2% sur l’année 2017, ce qui constitue une entorse d’importance face aux aléas climatiques et à la nécessité de sortir du cercle vicieux de la pauvreté. Loin derrière les performances de la République dominicaine (5,3% en 2017), le très faible taux de croissance d’Haïti parait inquiétant. Pour cause: il demeure nettement inférieur à la croissance démographique stable à 1,5%, de l’avis des analystes.

L’année fiscale qui débute le 1e octobre a, dès le premier trimestre 2016, été plombée par les coups durs administrés par le cyclone Matthew. Les dégâts évalués à près de deux milliards de dollars ont affecté particulièrement le secteur agricole qui constitue 20% du PIB. C’est évident : Haïti est vulnérable aux catastrophes naturelles à un point tel que le processus de son développement économique s’en trouve toujours enlisé dans des situations de crise. À cela s’ajoute le poids de son endettement qui a triplé en dix ans pour atteindre le seuil de 3 milliards de dollars. “Le service de la dette dans le budget est de 13 milliards de gourdes (202 millions de dollars) et seulement un milliard de gourdes pour une année (15,6 millions de dollars) est prévu dans le secteur environnement; donc on dépense beaucoup plus d’argent en un mois pour rembourser la dette que pour résoudre à l’année le problème environnemental”, se désole le PDG du Groupe Croissance, M. Kesner Pharel.

Le discours de Jovenel Moïse parle assez bien de la nécessité de dépasser la seule mesure du PIB par habitant en prenant en compte d’autres paramètres liés aux objectifs de développement durable. Tout le sens de l’utopie réalisable que constitue la Caravane du changement se trouve là. Ici, l’énonciation compte davantage que l’énoncé. Le constat du délabrement national peut s’étendre à l’État lui-même en faillite qui est devenu un État indiciel dont le principe de base de la gouvernabilité consiste à produire des images et des sons susceptibles de nourrir la machinerie médiatique. Pour les besoins de la cause.

Durant la première année de son quinquennat qui apparait si fertile en promesses, Jovenel Moïse a scénarisé efficacement dans un style qui lui est propre les acteurs traditionnels du système social politique et économique national : des déambulations suburbaines aux tournées quasi hebdomadaires dans le cadre de la Caravane du changement en passant par ses envolées lyriques lors de son voyage à Paris. Faire de la politique sans le dire est un péché capital en matière de communication politique. Peu importe les scores d’audience. Mais il est facile d’évaluer l’influence de cette politique sur le citoyen à travers les nouveaux chantiers, de mesurer le niveau de progrès socio-économique national par l’indice de développement humain (IDH) : un indicateur synthétique qui intègre simultanément les dimensions ayant trait à la richesse monétaire, à la santé et à l’éducation de la population afin de redresser la barre. Et tenter de bâtir l’avenir sous de meilleurs auspices.

Robenson Bernard

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