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Un enfant haïtien a failli être lynché à Santo Domingo

08 octobre 2017, 8:02 catégorie: Diaspora6 424 vue(s) A+ / A-

Le jeune Haïtien recevant des soins./Photo par Maribel Núñez.

Un orphelin haïtien dans les rues de Santo Domingo sauvé de justesse d’un lynchage pour avoir supposément volé une pince.

L’activiste des droits humains et afro-dominicains, Maribel Núñez, était hor­rifiée, stupéfiée, déçue l’après-midi du mercredi 4 octobre 2017 comme elle l’explique dans un enregistrement au­dio, seule et tellement impuissante face à une population qui voulait, à tout prix, lyncher un enfant de rue de nationalité haïtienne accusé d’avoir volé une pince.

Ils étaient trois enfants ensemble au mo­ment où l’activiste se trouvait dans la localité d’Irigoyen, Zone universitaire, lorsqu’ils couraient, poussant des cris à gorge déployée en riant, comme dans la vie normale. Mais elle apercevait un homme à moto qui les suivait, criant dé­cidément qu’il va tuer « Jerson », celui n’a pas réussi à s’échapper. Les deux autres ont dû s’enfuir; difficile de vérifier si les trois étaient tous de nationalité haïtienne ou s’il y avait une sorte d’intégration haitiano-dominicaine pour le moins qui donnerait lieu à des enfants dominicains parmi eux. Mais, à ce qu’il paraît, ils se­raient tous des orphelins haïtiens.

Dans une note d’indignation publiée sur sa page Facebook, l’activiste a expliqué la terreur qu’elle a vécue seule face à des agresseurs qui frappaient l’enfant sans relâche et qui voulaient la frapper aussi. Les agresseurs la qualifiaient de complice et fustige « la femme! » quand elle pous­sait des cris: c’est un enfant!, c’est un en­fant!, c’est un enfant ! Face à l’atrocité de deux dominicains adultes, qui frappaient Jerson à tour de rôle.

Elle explique que l’enfant a fait face à une sauvagerie qui lui a rendu l’âme meurtrie et elle se trouve dans un très mauvais état psychologique jusqu’à présent. L’enfant torturé a reçu des coups dans les yeux surtout quand il a blotti dans les pieds de l’activiste en criant: « maman, aide-moi, aide-moi »!

Elle continuait à lancer des cris de sec­ours pour tenter de convaincre les agres­seurs que c’est un enfant et que tous les enfants méritent d’être traités avec dig­nité, mais il y avait non seulement des gifles lancées, heureusement esquivées, mais le plus surprenant selon elle sont les spectateurs qui tentaient de la dissuader qu’elle doit laisser qu’on finisse l’enfant pour ne plus jamais avoir le vol. Tout le monde se mettait à l’insulter jusqu’à ce qu’une dame ait appelé 911, service de secours. L’enfant restait accroché à sa robe lançant les mêmes cris “ ay ma­man, aide-moi » ; « mes yeux, mes yeux »; hôpital ; ça fait mal »!

Une ambulance est finalement apparue, l’enfant ne pouvait pas voir et lançait en­core des cris mêlés de peur de mourir. Les spécialistes vérifiaient les yeux, con­cluant que les zones capillaires n’ont pas été fracturées et qu’ils ne sont pas autori­sés à emmener l’enfant à l’hôpital. Ils ré­torquent que le fait qu’il ne peut pas ou­vrir les yeux n’est pas un indice suffisant pour l’emmener à l’hôpital. L’ambulancier s’est retiré pour faire place à la police qui écoute les explications de l’activiste, par exemple sa vie était en danger et encore pire celle de l’enfant… Les policiers la re­gardaient avec dédain et commence leur interrogatoire à l’enfant :

– “ Où vis-tu?

– Dans la rue

– Où sont tes parents?

– En Haïti

– Qu’est-ce que tu as volé?

– J’ai rien volé, moi

Et cette fois l’un des agresseurs a répondu que l’enfant a volé une pince qu’il détient dans sa main.

L’activiste s’indigne encore plus que la police voulait justifier la violence et n’a rien fait contre l’agresseur qui, selon elle, mérite d’être derrière les barreaux pour avoir torturé un enfant et vouloir le lyncher. Les autorités ont voulu laisser l’enfant là où il était par terre, souffrant, torturé, les yeux fermés des coups qu’il a reçus, arguant où ils l’emmèneraient, s’il n’a pas de maison où aller pour se faire laver les yeux. Même de l’eau a été refusée, selon l’activiste et qu’elle devait en chercher la bouteille dans sa voiture pour laver le visage de la victime. Enfin de compte, la police l’a conduit soit au commissariat, soit en milieu de chemin…

L’activiste a dénoncé le racisme qui sévit dans son propre pays, elle a beau lancer des cris larmoyants: “bande de racistes”! “Tous les enfants méritent d’être traités avec dignité!

Elle a avoué au journal les menaces aux­quelles elle fait face au jour le jour dans son engagement à défendre les droits hu­mains, les droits des afro-dominicains, aussi bien que ceux des Haïtiens vivant en République dominicaine. Ces menac­es, dit-elle, sont l’objet de plaintes succes­sives à l’État dominicain qui n’a jamais pipé mot. C’était d’après lui la journée la plus terrible de sa vie, une douleur qui lui a rongé l’âme. Elle profite pour attirer l’attention sur le trafic des enfants et qu’il faut que les deux pays se voient mutuel­lement tels qu’ils sont, qu’ils travaillent dans les deux côtés de l’île pour éliminer la pauvreté, améliorer les services so­ciaux, médicaux et s’efforcer de respecter les droits humains.

Serge Junior Fécu

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