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Des efforts de mitigation des désastres naturels dans le Grand Nord.

30 janvier 2018, 10:10 catégorie: Economie3 556 vue(s) A+ / A-

Une délégation conduite par le Secrétaire général de la PROMODEV, l’ingénieur-agronome Talot Bertrand, a séjourné, au cours du mois de novembre 2017, dans le Nord et le Nord-Est d’Haïti. L’objectif de cette visite de terrain était d’explorer l’avancement des travaux réalisés dans le Grand Nord, dans le cadre du Programme de mitigation des désastres naturels (PMDN).

Le PMDN est exécuté par le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) et financé par la Banque interaméricaine de développement (BID) à hauteur de 47.5 millions de dollars américains. Il vise, entre autres, à réduire la vulnérabilité des populations et à renforcer des infrastructures économiques face aux menaces naturelles à travers des actions de mitigation au niveau des bassins versants dans les communes prioritaires de Baron, Vallières, Sainte-Suzanne et Grand-Rivière du Nord.

Après une brève escale à Cap-Haitien dans la Direction départementale du ministère de l’Agriculture, la mission de la PROMODEV s’est dirigée vers la Grande-Rivière-du-Nord, notamment au Bureau agricole communal (BAC) situé à 24 kilomètres au Sud-Est de la ville du Cap-Haïtien. Ici, les membres de la délégation ont pris le temps de constater avec stupéfaction l’état de décrépitude de la route conduisant à cette petite ville vieille de plus de 300 ans. Les inondations causées par le déferlement des eaux en furie en provenance des montagnes perdues du Nord-Est ont arraché les sols des berges de la Grande-Rivière-du-Nord, puis les ont transportés sous forme de fines particules par les courants d’eau. Ce phénomène à la fois naturel et anthropique rend la circulation routière quasi inaccessible entre le bourg rivanordais et le reste du département.

Franklin Clément est membre de l’Association des paysans de la Grande- Rivière-du-Nord (APGN). Il s’est lancé depuis quelque temps dans la culture du manioc, de la patate douce, du haricot et de l’igname, pour compenser le cacao, culture principale de la commune, qui est malheureusement en voie d’extinction. Mais le dérèglement du cycle pluvial, dû en grande partie, par le déboisement et le changement climatique, affecte considérablement le rendement de ces produits à l’hectare. « Regardez le niveau de l’eau dans la rivière. L’eau est là, elle est toujours disponible. Mais c’est dommage qu’elle ne nous serve à rien. Le seul service qu’elle nous offre, c’est la destruction de nos jardins. C’est incroyable », a déclaré l’agriculteur avec un brin ironique. Les agriculteurs de la commune, tout comme Franklin espère une meilleure utilisation des eaux de la Grande-Rivière-du-Nord.

Le MARNDR donne le ton

Le ministère de l’Agriculture des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), à travers le PMDN, veut redonner espoir à ces agriculteurs trop souvent décapitalisés suite aux inondations dues aux crues des torrents de montagne et des cours d’eau qui alimentent la Grande-Rivière-du-Nord. Lancé en 2013, ce programme, selon l’ingénieur-agronome Dieuseul Charles, spécialiste en Gestion de développement, a été conçu autour de trois volets stratégiques. Il s’agit notamment du renforcement institutionnel, des infrastructures et des incitations.

« Sur le plan infrastructurel, nous avons déjà mis en place tout un ensemble de structures de protection des sols, dans les différents bassins versants où la Grande-Rivière-du-Nord a pris ses sources », a indiqué le jeune agronome. Il s’est félicité des retombées positives de ces ouvrages aux bénéfices des agriculteurs. Ce volet du programme consiste, selon les normes préétablies, en la construction de micros retenus, de seuils en pierres sèches et en gabions. Ces ouvrages permettront d’une part de réduire l’intensité des eaux de ruissellement et de capter les terres arabes, augmentant ainsi le rendement des parcelles cultivées des agriculteurs. Ils contribueront d’autre part, à retenir la force des eaux alimentant la Grande Rivière du Nord. Une façon, selon l’ingénieur-agronome Dieusel Charles, de réduire en aval le risque des inondations.

Ensuite, une autre visite s’est tenue à Joli-trou (5e section communale de la Grande-Rivière-du-Nord), dans un champ d’expérimentation en agroforesterie, initié toujours dans le cadre du projet de mitigation des désastres naturels.

Pour mieux explorer les enjeux socioéconomiques et environnementaux de ce programme, les membres de la délégation ont décidé de visiter certains ouvrages construits à Sainte-Suzanne et Vallières, deux autres communes bénéficiaires de ce programme.

Cap sur Sainte-Suzanne

Dans le but de continuer sa visite d’exploration, la délégation a pris la direction de Sainte-Suzanne. Située à environ 10.5 kilomètres de Trou-du-Nord, la route conduisant à cette petite commune peuplée de plus de 27 mille habitants, est pierreuse, boueuse par moment et difficile d’accès. Après plus d’une heure de route, sous une pluie intermittente, les membres de la délégation arrivent enfin à Côtelette, la troisième section communale de Sainte- Suzanne.

Côtelette est un village verdoyant, recouvert d’arbres fruitiers et forestiers. La culture du manioc, du haricot et du riz en montagne y est très pratiquée. « Les micro-barrages de retenue des eaux de ruissèlement installées tout le long de la ravine (Disel) ont beaucoup contribué à la protection des sols arabes, augmentant ainsi leur fertilité », a indiqué le responsable du suivi et évaluation du PMDN, dans le Nord, l’ingénieur-agronome Carl Jessee Emilien.

C’est un ouf de soulagement pour certains agriculteurs rencontrés sur le terrain. Ils souhaitent la réplication d’un tel programme dans d’autres bassins versants des communes montagneuses du Nord’Est. Car, disent-ils, la rivière de Sainte-Suzanne prend, elle aussi, sa source dans d’autres communes en amont. C’est le cas de la commune de Vallières où les membres de la délégation ont également résolu de visiter.

En route pour Vallières

Tôt dans la matinée du dernier jour de son séjour, la délégation a repris son bâton de pèlerin en direction de Vallières, une autre commune du département du Nord-Est, située à 36 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer.

C’est une longue allée en terre battue, une route à casser les reins et les essieux, elle est serpentée dans une campagne verdoyante au milieu des arbres. Les sources d’eaux limpides sont légion dans la commune. Pour preuve, entre la ville de Terrier Rouge en aval, en passant par Acul Samedi, Aux Perches, pour arriver au petit village de Vallières, nous avions répertorié plus d’une trentaine de ruisseaux. Dans ses espaces marécageux, on cultive le riz de montagne, la patate douce, le haricot ainsi que des produits maraîchers. Malgré ce potentiel agricole élevé, Vallières fait pourtant face à toutes sortes d’aléas climatiques. À chaque averse, l’eau déferle dans les torrents et inonde les champs agricoles des paysans.

Le Responsable du Bureau agricole de la commune, l’ingénieur-agronome Bernadin Faber, se montre plutôt préoccupé par l’ampleur de la situation. « Vallières n’est plus ce qu’elle était dans le temps. Regarder devant vous, c’est un camion rempli de charbons de bois. Vous avez certainement rencontré d’autres sur la route. Pour répondre aux besoins de leurs familles, les agriculteurs n’ont pas d’autres alternatives que la coupe des arbres. L’environnement de Vallières continue de se détériorer sous le regard impuissant des autorités locales. » s’est indigné le représentant du ministère de l’Agriculture dans cette commune.

La Mairesse assesseur de la commune, Jacqueline Charles se dit tout aussi inquiète face à l’état désastreux de l’environnement à Vallières. « Pour la production du charbon de bois, les habitants ont tout abattu, petits et grands, aucun arbre n’est épargné. Nous autres au niveau de la Mairie, à chaque fois qu’on leur demande d’être plus cléments envers l’environnement, ils vous disent, donnez-nous une autre alternative. Et, ce n’est pas un secret de polichinelle, les paysans sont effectivement pauvres, ils sont dépourvus de tout, ils n’ont aucune autre activité génératrice de revenus », a déclaré la jeune mairesse, l’air pensif.

Le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural ne reste pas insensible devant l’ampleur de la situation environnementale qui prévaut à Vallières. Le Programme de mitigation des désastres naturels compte donner une lueur d’espoir à ces paysans abandonnés et laissés-pour-compte. Les exécutants du projet ont permis aux membres de la délégation d’aller voir de près les ouvrages de conservation des sols déjà construits dans les collines de Vallières. Ces travaux, selon la responsable de liaison à PMDN, l’ingénieur-agronome Nancy Moïse, génèrent des revenus pour des centaines d’agriculteurs et agricultrices de la commune. « Améliorer l’environnement physique de Morne Salnave, l’une des plus hautes chaines de montagnes du Nord’Est, c’est en fait un bon pas dans les efforts visant à circonscrire ou atténuer les désastres naturels en aval de Vallières, à Grande- Rivière-du-Nord, particulièrement », a fait savoir la spécialiste.

Il y a, certes, plusieurs réalisations dans le cadre de ce programme. Mais d’autres défis sont à relever pour une relance effective du secteur agricole dans le Nord et le Nord’Est d’Haïti.

Louiny FONTAL

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