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Éducation numérique et culture entrepreneuriale en « P »

09 août 2018, 9:24 catégorie: Société7 043 vue(s) A+ / A-

Paresseux, parasite, passif, poltron, perdant, petit, plaintif, pauvreté, pitié, pleurnicheur sont parmi les mots qui composent le vocabulaire des perdants dans le contexte de la mondialisation actuelle, avec les technologies de l’information et de la communication, qui passent par les ordinateurs et les téléphones portables.

Personne ne dispose aujourd’hui du monopole de l’information et de l’autoformation. À chacun selon ses besoins d’identifier ou de sélectionner ses sources d’informations pour agir, construire et investir, détruire et grandir.

Politiquement les réseaux sociaux nous permettent de démocratiser beaucoup de pratiques dans les relations entre les pouvoirs et la population. Les événements du 6 au 8 juillet 2018 en disent bien des choses, autant que les confrontations dévalorisantes entre les anciens officiels avec les entrepreneurs.

Pourtant, il nous faudrait questionner l’impact réel de cette nouvelle forme de gouvernance sociale à l’ère numérique, en matière de développement économique au sein de la société haïtienne. Quelle est la réflexion autour de l’éducation numérique de la population haïtienne ? Est-ce qu’il n’est pas encore temps pour le ministère de l’Éducation nationale ou celui des Affaires sociales de constituer une cellule de réflexion pour analyser les nouvelles configurations actuelles dans les relations et interactions entre la vie publique et la dynamique numérique en Haïti.

Pourquoi associer l’éducation numérique à la culture entrepreneuriale ? Pourquoi questionner une telle dynamique quand nous savons que le taux de chômage et la misère augmentent considérablement en Haïti ? Quels sont ceux et celles (statut familial et professionnel) qui utilisent et animent le plus les réseaux sociaux et les groupes virtuels en Haïti ?

Pourquoi réfléchir sur les bases d’une véritable éducation numérique en Haïti ?

Parce qu’il faut gérer le temps de ces milliers de jeunes par des activités économiques et culturelles plus utiles et plus pragmatiques. Parce qu’il faut penser à occuper le temps de ces groupes dans des invitations et des manifestations plus rentables et durables, sinon, ces groupes vont s’organiser pour déranger ou s’inviter dans l’agenda de ceux et celles qui disposent des pouvoirs de décisions et des privilèges les plus recherchés.

Programmer pour occuper suffisamment notre temps, les réseaux sociaux sont devenus des temples où les jeunes comme des adultes vont régulièrement pour prier tous les saints de l’information jour et nuit, entre observation et réaction, transfert et diffusion. Pourtant la vie se poursuit, l’économie continue de créer des fossés entre les gagnants et les perdants, entre les victimes et les bourreaux.

Pouvoir, protocole et protection, patron, propriétaire et progrès, producteur promoteur et privilège, publicité, publications en première page dans les médias, sont entre autres les principaux qualificatifs qui confirment la richesse, le bien-être des personnes et des familles qui réussissent dans le monde actuel.

Pourquoi parler autant des autres quand on ne pense qu’à moi que pour partager les scandales ?

Parce que les meilleurs leaders (hommes et femmes) dans toute l’histoire de l’humanité et jusqu’à aujourd’hui, se sont toujours retrouvés parmi les inventeurs, initiateurs et entrepreneurs, ont au cours de leur existence choisir la lettre « P » comme principe.

Priorité, planification et patience, projet contre problème ont depuis toujours été les maitres mots dans la vie de tous les entrepreneurs qui réussissent.

Passage obligé dans la vie de tous les grands noms que nous impose l’histoire locale et internationale, pourtant chaque pays, chaque société, chaque génération, chaque famille, va tenter de nous imposer à travers la littérature et l’éducation des modèles de références et des modèles de réussite qui ne correspondent pas toujours à nos réalités.

Par quelle voie, et comment pourrais-je jouir de quelques-uns de ces privilèges ?

Pour une éducation à la culture entrepreneuriale, nous devons prendre en compte le rôle et l’importance de l’internet comme passerelle de la connaissance et pour la reconnaissance entre les acteurs et les spectateurs. Pourquoi et comment ? Quelles sont les réflexions et les expériences qui abordent ce thème ?

Pour aboutir à une génération d’entrepreneurs, il nous faudrait commencer par encourager d’abord et avant tout l’esprit d’initiative dans les écoles haïtiennes. Il est temps que les directeurs des lycées et des écoles nationales encouragent ces boursiers de l’État comme ces collégiens à mettre la main dans la pâte.

Pour réduire un certain nombre de complexes d’infériorité chez ces jeunes, des comportements susceptibles et décourager des esprits peu sociables, la promotion de l’esprit d’initiative, qui encouragerait du même coup le sentiment d’engagement, l’esprit d’équipe et participatif, le sens du civisme et de la solidarité, la promotion d’une culture entrepreneuriale passant par l’esprit d’initiative et le sens du bon commun.

Place à ceux qui font la parade !

Pour l’auteur Jean Marc Chaput, il existe trois catégories de personnes dans la vie. Ceux qui font la parade, ceux qui regardent la parade et ceux qui ne savent pas s’il y a parade. Autant comprendre que sur les réseaux sociaux on retrouve une combinaison de ces trois types.

Pires, ce sont les deux dernières qui décident de nos jours de se tourner vers la première jusqu’à questionner son autorité, son statut et sa légitimité, quand elles n’arrivent pas à trouver une place dans la parade.

Parade, c’est la façon la plus simple d’identifier ceux qui veulent influencer le cours des choses, de l’histoire, de la vie et de leur quotidien. Pour ceux qui font la parade, la vie est une question de choix et d’opportunités qu’il faut saisir à chaque occasion pour ne pas la subir régulièrement.

Penser de manière rationnelle, responsable et en fonction des références, c’est l’un des plus importants exercices qu’on devrait apprendre à la génération actuelle qui n’a aucune chance avec la mémorisation sans compréhension.

Parler des gens qui réussissent suivant les règles du jeu et les valeurs morales pourrait grandement aider les écoliers et les jeunes à identifier des modèles dans la société haïtienne et ailleurs.

Poser les bonnes questions, penser pour mieux développer par la culture entrepreneuriale !

Planète réduite en un village global par la magie de la technologie de la communication et de l’information. Personne ne dispose du monopole de l’information. À travers les réseaux tout le monde dispose d’une certaine autonomie pour informer, transformer et déformer la réalité suivant ses intérêts et son niveau de connaissance ou de conscience pour identifier les problèmes et les avantages, les défis, les dangers et les opportunités.

Posons les bonnes questions aux enfants. Qui es-tu ? Quels sont tes talents et tes compétences ? Quelles sont les valeurs qui t’attirent le plus ? Qu’est ce que tu voudrais devenir à l’avenir ? Quels sont tes modèles de réussite ou qui t’inspirent le plus ? Comment penses-tu faire comme ces modèles pour les rattraper et les dépasser ? Quels sont les efforts que tu serais prêt à faire pour réaliser ton rêve ? Portons ces derniers à développer une culture autour de l’intelligence émotionnelle, de l’intelligence collective, de l’intelligence économique, tout en apprenant à remettre en question leurs arguments, pour mieux apprécier leurs efforts, dans les profondeurs le vrai du faut, le réel du vital, du visuel et du virtuel.

Prendre son temps plus au sérieux : l’égoïsme est une qualité face au divertissement abusif !

Passer son temps sur les réseaux sociaux, à parler des autres, à se contenter des loisirs interminables, à les critiquer ceux qui réussissent et sans jamais prendre conscience que le temps passe entre «les chiens aboient et la caravane passe », est l’un des grands maux de la jeunesse actuelle qu’il faudrait aborder au sein du système éducatif haïtien. Combien de fois dans l’année, on aborde de tels sujets avec les écoliers ? Quels sont les arguments et les exercices, les méthodes pédagogiques qu’il faudrait articuler pour sensibiliser et éduquer la génération actuelle sur les dangers des technologies entre passion démesurée et passivité contagieuse ?

Pour sauver la génération actuelle de la zombification des réseaux sociaux comme une des activités qui occupent de plus en plus le temps des jeunes du pays, l’éducation demeure la meilleure des instruments pour y parvenir.

Prévenir une génération politiquement conscience et économiquement zombie !

Programmes à élaborer sur la base des enquêtes et des portraits robots de ces jeunes adeptes des TIC, professeurs à former pour mieux informer et accompagner les jeunes dans une nouvelle culture entrepreneuriale.

Perte de temps et perte d’argent, perte de motivation pour initier ses propres acticités en lieux et place de s’accrocher à des débats sans fin et sans fond autour de l’actualité et des discussions souvent les plus viles.

Plaidoyer pour placer une éducation numérique autour de la culture entrepreneuriale en Haïti. Avec des réflexions profondes autour du temps et de l’information comme les deux principaux matériaux utilisés sur les réseaux sociaux par les jeunes et d’autres couches de la population, qui ne sont pas toujours formés et conscients des véritables enjeux de la société de l’information et de l’ère numérique.

Prévenir vaut mieux que guérir. « Pi bonè se granm maten » ! « Pa di ou pat konnen » pour reprendre le nouveau slogan du journaliste et militant culturel Jacques Adler Jean Pierre, qui commence par la fétiche lettre « P ».

Dominique Domerçant

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