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Éducation de la Petite Enfance : un Investissement dans l’avenir d’Haïti

11 avril 2017, 9:19 catégorie: Tribune7 766 vue(s) A+ / A-

Investir dans l’éducation est essentiel pour Haïti afin d’augmenter les revenus et lutter contre la pauvreté. Mais dans ce domaine comme dans les autres, les décideurs font face à de nombreuses options. La question est de savoir comment dépenser des ressources limitées de la manière la plus judicieuse possible pour obtenir les meilleurs résultats. C’est une question à laquelle le projet de recherche Haïti Priorise se propose de répondre.

 Nous publierons de nouveaux rapports de recherche écrits par des économistes de l’éducation sur des sujets cruciaux, y compris la construction d’écoles supplémentaires, la formation d’enseignants, l’enseignement en créole au lieu du français et des bourses pour scolariser les filles plus longtemps.

 Ces rapports de recherche font partie d’une quarantaine de documents publiés par Haiti Priorise, afin de fournir plus d’informations et de données concernant les solutions aux défis majeurs auxquels est confronté Haïti, non seulement dans le domaine de l’éducation, mais aussi de la santé, des infrastructures, de l’environnement et de l’économie.

 Le mois prochain, un panel d’éminents économistes haïtiens et un forum pour les jeunes de tout Haïti étudieront toutes les recherches et suggéreront des priorités.

Aujourd’hui, nous voulons mettre en avant trois politiques analysées dans un nouveau rapport du célèbre économiste de l’éducation, Atonu Rabbani. Son avis général est que l’éducation de la petite enfance est l’un des investissements dans l’éducation les plus importants que l’on puisse faire.

Le professeur Rabbani a analysé l’éducation de la petite enfance dans le monde entier et en a conclu que cela a un impact sur la vie entière des enfants qui en bénéficient. Cela permet de prétendre à de plus hauts salaires, de diminuer les chances d’incarcération et de réduire l’impact de choses négatives comme les carences nutritionnelles.

 Il propose une politique simple dans laquelle les enfants haïtiens de maternelle âgés de 4 à 5 ans bénéficieraient d’une éducation préscolaire pendant deux ans en petits groupes de 25. Chaque groupe nécessiterait deux animateurs formés à l’éducation préscolaire et un assistant. Bien qu’elle porte le nom d’« éducation », cette intervention consiste en des activités dirigées par les enseignants dont le but est de développer des compétences sociales par le biais de jeux.

 Actuellement, Haïti compte environ 516 000 enfants âgés de 4 à 5 ans. Un objectif réalisable serait d’atteindre environ la moitié de cette population, soit environ 258 000 enfants par année. Cela coûterait 5 500 gourdes (79 $) par élève et par an. Cette intervention augmente les chances des enfants de faire des études plus longues par la suite, et il faut donc également prendre ce coût en compte. Cela nous donne un coût total par année de 6,9 milliards de gourdes (100 millions de dollars).

 Une célèbre recherche expérimentale à long terme réalisée en Jamaïque a révélé qu’une telle politique entraîne une augmentation de 35% des revenus de ces enfants, à partir de l’âge où ils commencent à travailler, c’est à dire vers 16 ans. Pour quelqu’un qui gagne un salaire moyen d’environ 63 000 gourdes (910 $), cela signifierait 22 000 gourdes supplémentaires (318 $) par an. Pour une cohorte d’enfants, cela représenterait aujourd’hui environ 115 milliards de gourdes (1,6 milliard de dollars).

 Le retour sur investissement est considérable : pour chaque gourde dépensée par Haïti pour l’éducation de la petite enfance, les bénéfices sont équivalents à 14 gourdes.

Le professeur Rabbani fait remarquer que s’il est important de commencer à investir dans l’éducation le plus tôt possible, il est également important de poursuivre cet investissement plus tard.

 Haïti a fait des progrès en matière de fréquentation scolaire. Le professeur Rabbani suggère qu’un autre domaine important qui mérite que l’on s’y intéresse est l‘amélioration de la qualité de l’enseignement primaire.

Au Kenya et en Inde, le fait de regrouper les étudiants en fonction de leur niveau d’apprentissage a amélioré leurs résultats.

Cela exige que les élèves soient suivis en fonction de leurs niveaux de réussite (mesurés grâce à des tests en langue ou en mathématiques par exemple), regroupés et prennent part á des classes spéciales en dehors de leurs cours habituels.

 Le programme ciblerait environ 870 000 élèves en école primaire.

Les coûts s’élèveraient à environ 27 milliards de gourdes (390 millions de dollars). Encore une fois, on s’attend à ce que les revenus de ces enfants augmentent d’environ 12 000 gourdes (170 dollars) par an lorsqu’ils seront en âge de travailler, ce qui conduirait à des bénéfices de 235 milliards de gourdes (3,3 milliards de dollars). Chaque gourde dépensée générerait donc des avantages d’une valeur de neuf gourdes.

 Enfin, le professeur Rabbani suggère de verser de l’argent aux parents pour empêcher leurs enfants de quitter l’école secondaire. Ces paiements sont connus sous le nom de « transferts conditionnels d’espèces ». Seuls 30% des enfants qui entrent en sixième finissent le secondaire. Le docteur Rabbani suggère de payer environ 8 300 gourdes (120 $) par enfant aux ménages les plus pauvres, pour les élèves âgés de 11 à 15 ans, s’ils restent à l’école. Le programme coûterait environ 31 000 gourdes ($ 550) par enfant sur cinq ans. Ce montant inclut les paiements et les frais de scolarité supplémentaires. Pour le programme complet, le coût est de 16 milliards de gourdes (230 millions de dollars). En moyenne, sa recherche suggère que cela entraînerait une année de scolarité supplémentaire pour chaque élève, ce qui signifie une augmentation des revenus, ainsi qu’une aide aux familles les plus pauvres. Au total, les avantages seraient de 5 gourdes pour chaque gourde dépensée.

 Toutes les propositions ont un excellent retour sur l investissement, mais elles impliquent également des coûts initiaux qui entraîneraient de grands impacts sur l’avenir. Cela signifie qu’en semant les investissements aujourd’hui, on pourrait en récolter les gros bénéfices pendant de nombreuses années.

Bjorn Lomborg est fondateur et président du Copenhagen Consensus Center, auteur de The Nobel Laureate’s Guide to the Smartest Targets for the World 2016-2030 et de The Skeptical Environmentalist, et professeur invité à la Copenhagen Business School. Gaelle Prophete est gestionnaire de projet pour Haïti Priorise et une consultante dont le travail couvre les organismes publiques, privés et internationaux dans divers secteurs.

Résumé du Ratio Avantage Cout (RAC))

Intervention

Avantage

Coût

RAC

Interventions de deux ans d’éducation préscolaire

114,53 milliards de gourdes

6,93 milliards de gourdes

14

Enseignement des enfants au niveau adapté

235,30

26,75

9

TCE pour les élèves de Secondaire

88,7

16,4

5

 

 

Par Bjorn Lomborg et Gaëlle

Prophète

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