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ÉDITO – DES ARMES AUX…PWEN

08 juin 2015, 2:00 catégorie: Édito785 vue(s) A+ / A-

Si c’était sorti de la bouche d’un leader politique, on pourrait dire que cela commence déjà : les dénonciations et autres attaques d’un camp contre l’autre dans l’aventure électorale. On affirmerait que cette histoire de carnet sur des questions de décharge commence à faire des dégâts au niveau de l’opinion publique. Il en est de même pour ce qui sera, éventuellement, considéré, au début du mois d’aout, comme l’électorat. C’est plutôt un leader paysan qui déclare, sans broncher, que toute cette bataille qui s’annonce ne sera pas une affaire de vote, mais plutôt une dangereuse histoire d’armes et de pwen.

Pour la question des armes, on sait déjà que la sécurité du pays, assurée par une Police nationale non encore bien déployée sur tout le territoire national et dépourvue de moyens logistiques efficaces, est une chose trop stratégique pour être laissée entre les mains des contingents de la Minustha. Le banditisme, qui relance la terreur au sein de la population, frappant par hasard ou de façon ciblée des citoyens aussi bien dans l’aire métropolitaine que dans les provinces, est le signe le plus évident que des calibres les plus chers comme, par exemple, un Gluck qui coûte aux environs de 2 000 us, sont distribués comme de petits pains sur tout le territoire. Les élections qui viennent développer des pulsions d’orgueil et de puissance chez les uns et les autres mettent déjà tous les citoyens sur leur garde. Car, c’est revenu l’époque des règlements de compte ! Personne n’est épargné.

Mais,  la troublante affaire des… « pwen », une autre dimension de l’insécurité,  jusqu’à présent non sanctionnée par les lois du pays, crée un traumatisme plus généralisé.

La littérature haïtienne depuis les histoires de Justin Lhérisson nous fait croire que la relation entre la politique et le mysticisme date depuis les débuts du 19e siècle. Les candidats aux postes présidentiels recherchent toujours la protection d’un « lwa ». Le film d’Arnold Antonin « Les amours d’un zombi » présente des images contemporaines de dits leaders qui veulent conquérir le palais national en se laissant arroser de pissat, dans un oumfò isolé, par papa Legba. Quelques romanciers haïtiens ont montré les dimensions insoupçonnées de la magie dans l’univers politique haïtien.

L’Anthropologie haïtienne a aussi exploré le phénomène. De Laenec Hurbon à Déita en passant par d’autres études académiques pointues, le « domaine du merveilleux magique » est présenté comme un épiphénomène qui a une existence clandestine, mais efficace. Cette efficacité est connue par nos politiciens. En dépit du vernis rationnel dont ils se parent, les candidats consultent des sorciers. Ces derniers leur donnent des recettes pour foudroyer ou affaiblir leurs adversaires.

Le leader paysan sait de quoi il parle quand il mentionne les armes et les pwen, en particulier l’un nommé : se mwen pou wè. En voilà deux défis pour le CEP et les partenaires internationaux qui financent – honte à nous ! – nos élections ! Quand on pense contrôler de façon cartésienne ou scientifique le vote des électeurs, il faudrait aussi avoir un instrument de mesure pour statuer sur la peur des armes et sur la manipulation insidieuse des ekspedisyon. Ces dernières peuvent-elles aussi brouiller les décisions et confondre les données informatisées du Centre de tabulation ? Le peuple dit plutôt « tribulation » !

Quand la distribution des armes vient se mêler aux ekspedisyon, pwen et autres  koutlè , on prévoit déjà le cocktail explosif. Ou ce que va coûter aux pays, en termes de gaspillage économique et de manipulation d’énergie négative, cette « démocratie »  et ces « élections », sous contrôle international, qui en sont un passage obligé.

Résumé : Dans notre culture politique on ne croit pas vraiment au principe des élections.  Ã la violence, à la manipulation ? Oui. On est prêt à tous les coups bas pour réaliser un rêve qui souvent n’a fleuri que dans le cerveau malade d’un individu. Ce n’est pas sans raison qu’on sera certainement à plus de cinquante candidats à la présidence, chacun prêt à renverser la table s’il en a les moyens dans le cas où il verrait ses ambitions partir en fumée. Une folie, un chaos qui fait plaisir à toutes les mafias nationales et internationales et aux étrangers heureux de nous faire ravaler somme toute notre fausse fierté d’avoir battu l’armée Napoléonienne, car finalement nous n’avons pas réussi grand-chose de ce pays.

Un pays au bord du chaos ! Des élections crédibles plus qu’hypothétiques !  Mais au National nous sommes encore certain qu’il y a encore du temps pour un réveil national de raison et de lucidité sans armes et sans…pwen.  Ce temps pourtant, il est compté.

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