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Échec catastrophique des infirmières : qui en sont les auteurs ?

12 mars 2017, 11:18 catégorie: Tribune16 132 vue(s) A+ / A-

La société toute entière devrait pousser un cri de coeur contre cette catastrophe! Dans tout système éducatif, quand globalement le taux d’échec est aussi élevé, les tenants du système doivent fournir des explications et du coup annoncer les correctifs nécessaires.

 145 réussites sur plus de 2 800 étudiants à l’échelle du pays: un signe évident d’un effondrement gigantesque et monstrueux. À s’y m’éprendre, personne n’a espéré un taux de réussite de 100 %, ni 90, ni de 80 % ; par contre, personne n’a appréhendé un taux d’échec d’environ 95 %, un chiffre qui parle de lui-même les langages dyspraxiques et dysphasiques de notre système pédagogique. En fait, de quoi s’agit-il?

  1. Rôle d’un examen d’État Évaluer les étudiants est une obligation, car on ne saurait laisser la santé des populations entre n’importe quelles mains. Cependant, ne pas pouvoir établir la différence entre un examen d’évaluation des acquis théoriques et pratiques durant la carrière et un concours d’admission ou de sélection est gravissime. À l’évidence, un tel examen doit refléter non seulement les grandes lignes du Cursus infirmier, mais aussi et surtout les défis quotidiens sur lesquels ils (elles) sont potentiellement appelé(e)s à agir.

 

  1.  Quid de l’examen de 2016 et rôle du MSPP/ DSI/ DFPSS ! Plus de 200 questions réparties en 4 blocs à répondre en 4heures de temps, et qui plus est, sans pause. En réalité,

3 h et 30 minutes seulement sont octroyés en raison des consignes de départ et ceux de conclusion/ ramassage. Par ailleurs, même aux États-Unis d’Amérique, pour passer (Médecins) le prestigieux examen dans le cadre du USMLE (United States Medical Licensing Examination/ www.usmle.org) non seulement on donne environ 40 questions par bloc (à raison d’une heure par bloc), mais on accorde une pause de 45 minutes entre les blocs. Bref, pourquoi torturer psychologiquement les nôtres ?

Comment évaluer un(e) étudiant(e) qui, dans son école, a l’habitude de résoudre entre 10 et 30 questions par heure (soit 40 à 120 questions pour 4 heures de temps) et lui donner 200 questions d’un coup ? De plus, la formation n’étant pas spécialisée, pourquoi leur donner autant de questions sur des pathologies sur lesquelles elles ne seront pas autorisées à intervenir et qui, sans la moindre parcelle d’un doute, engendrent de sérieuses hésitations/difficultés à des infirmières beaucoup plus expérimentées qu’elles et qui ont déjà leur titre en tant que spécialiste en main?

Pourquoi tant de questions spécialisées en dermatologie, en cardiologie et en néphrologie alors que les questions de nursing dans ces champs-là sont hors-jeu?

Ajouté à cela, pourquoi tant d’exercices de posologie à résoudre soit plus de 15, en exigeant démarches (ce qui est normal) et interdisant l’usage de calculatrices?

Pourquoi prendre environ 5 mois pour donner les résultats sans tenir compte du stress ressenti non seulement par les étudiant(e)s mais aussi par leur famille? A-t-on oublié que ce dernier est un tueur silencieux (silent killer) et par conséquent un facteur qui prédispose à beaucoup de maladies ?

 

  1. Qui sont les étudiant(e)s? Ils sont majoritairement des filles et fils issues des classes moyenne et pauvre, représentant l’espoir de leur famille et désireux-ses d’être utiles en empruntant cette voie noble qu’est l’éducation. Également, ils sont le véritable espoir d’Haïti en tant que jeunes et intégrants de cette tranche majoritaire en termes de proportion, soit plus de 60 % de la population (voir EMMUS V), spectateurs du déguerpissement exponentiel du pays par leurs concitoyens/congénères. Hormis les étudiants des rares écoles d’infirmières nationales, l’écrasante majorité étudie dans le privé et dépense en moyenne entre 40 000 et 80 000 gourdes pour la première année, approximativement la même quantité pour la deuxième et la troisième année, et entre 45 000 à 100 000 gourdes pour la quatrième. Ce qui fait, en substance, un montant cumulatif se situant entre 165 000 et 340 000 gourdes (voir les versements à UNDH, UNAH, LUMIÈRE, SILOE et autres). Et ceci, sans compter l’investissement de temps, de frais de transport, de nourriture et de loyer, les frais dépensés pour les photocopies/ impressions, achats de livres et autres.

 

  1.  Zoom sur les écoles Globalement, cette année, le poids de la catastrophe ne retombe pas, en exclusivité, sur le dos des écoles d’infirmières. Par ailleurs, certaines portent le nom d’école, mais en réalité ne le sont pas. Peut-on jongler dans une même salle de classe « sciences infirmières, auxiliaireinfirmière, laboratoire médical, pharmacologie » ? Devrait-on présenter un dossier complet avec le nom de professeurs qualifiés, mais en réalité les cours sont dispensés par des autres? Devrait-on profiter, sans scrupule, de l’innocence et de la désorientation des jeunes pour les exploiter à outrance? Pourquoi majorer constamment les notes de plusieurs étudiants au risque de ne les perdre? Pourquoi ne pas chercher ou adopter une méthodologie à succès pour les évaluer plus fréquemment? On en reste là.

 

 

  1.  Zoom sur les étudiants Faute du niveau de croissance économique du pays, faute de moyens économiques des parents, faute d’absence d’orientation au sein de leurs écoles classiques et familles, ils entrent dans n’importe quelle école et se laissent guider par des amis. Il y va maintenant de la responsabilité des écoles et groupements organisés de la société d’y remédier tout en exigeant à chaque jeune un devoir éclairé de clairvoyance; car nombreux sont ceux qui sont responsables du gaspillage infernal de l’argent de leurs parents.

 

  1. Rôle de hauts officiels de l’État et personnalités influentes Pourquoi des hauts responsables du secteur ont des cours de grande importance à dispenser dans beaucoup d’écoles alors qu’ils sont des absentéistes remarquables?

 

Pourquoi ministres, directeurs généraux, secrétaires d’État, sénateurs, députés, autres dignitaires et personnalités influentes se sentent-ils obligés d’ exercer tant de pressions pour faciliter l’obtention d’un document de légalisation des écoles d’amis, de militants ou sympathisants même quand l’ensemble des conditions minimales requises n’est pas au rendez-vous ? Sont-ils conscients de leur contribution dans la « dégénérescence » du système? Vouloir satisfaire et se positionner pour un second mandat c’est bien, mais empoisonner l’avenir des jeunes est tout simplement un crime.

 

Même quand, dans de rares occasions, ils ont raison de faire pression, car la lenteur au niveau des ministères est souvent criminelle, on se demande pourquoi ministres et DG cèdent aux pressions quand l’évidence de ces dernières n’est pas fondée ?

 

  1. Recommandations au MSPP/ DSI / DFPSS

 

• Repêcher les étudiant(e)s ayant obtenu une note qui avoisine les 50 et 60 points.

• Organiser une reprise, à partir du précédent, tenant compte des notes inférieures aux précédentes

• Réévaluer les procédures en termes de méthodologie (pause, formulation de questions, etc.)

• Continuer et renforcer l’effort de contrôle déjà enclenché sur les écoles

• Élaborer un plan d’action visionnaire visant à stopper/ limiter la croissance vertigineuse d’écoles à la manière des boutiques.

• Renforcer les écoles nationales.

• Gérer les déséquilibres interscolaires flagrants en rapport avec le nombre de stages obligatoires pour la carrière.

Sans toutefois se leurrer d’optimisme, en procédant ainsi, on agira sur la qualité des offres de formation, sur les pertes de temps, d’opportunités et sur les retards indigestes, inconcevables et intolérables sur l’avenir de nos milliers de jeunes. À rappeler qu’une année d’échec semée peut entraîner la récolte à perpétuité d’échecs. La situation économique et le devoir de répondre à certaines obligations étant ce qu’ils sont, fort souvent, d’autres activités de Survivance prennent la place de la continuité.

Dr Jeanty Fils Exalus

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