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Duckencia F. de Bourdierd : la femme qui fait des miracles avec nos déchets plastiques

08 janvier 2017, 9:59 catégorie: Economie4 619 vue(s) A+ / A-

Pour le début de l’année 2017, j’étais très enthousiaste de pouvoir recommencer ma rubrique « Opportunités ». J’avais hâte de reprendre l’habitude de partir à la découverte d’hommes et de femmes ordinaires de ce pays qui font des choses extraordinaires. Parfois dans l’ombre, ils sont nombreux ceux-là qui font une diff érence dans notre milieu. De mon côté, je choisis de mettre l’emphase sur les entrepreneurs, convaincu que le changement réel et durable souhaité pour Haïti passera par cette catégorie. À vrai dire, je suis aussi en quête d’inspiration. Pour chaque nouvelle négative reçue, mon intention est de faire en sorte que je puisse la contrecarrer par le maximum d’informations positives. Ces informations, je les trouve dans mes lectures, à travers les vidéos que je visionne, mais surtout en partant à la rencontre des gens. Dans les coulisses, dans les couloirs, dans les coins et recoins, il y a de bonnes choses qui se font. Pour bien commencer mon année 2017, je voulais aller à la rencontre d’un homme ou d’une femme riche d’esprit. En eff et, c’est ce qui a été fait. Découvrez avec moi Duckencia Fleurival de Bourdierd, une femme qui façonne son destin en utilisant comme base : l’attitude positive et la détermination.

De déchets en objets de valeur

 Imaginez-vous que quelqu’un vous proposait d’utiliser toutes les bouteilles en plastique jetées à la ravine Bois-de-Chêne pour les transformer en objets précieux ! Imaginez-vous que les bouteilles et les sachets en plastique de Portau- Prince ne représentaient plus un casse-tête et pouvaient se reconvertir en objets de valeur. C’est cela le métier de Duckencia Fleurival de Bourdierd : revaloriser nos déchets plastiques.

Quand cette jeune femme est venue avec cette idée, elle était encore étudiante en business à l’Université Notre-Dame. Dans son environnement, on se moquait de lui. Pourquoi ne pas choisir de devenir agronome ou médecin ? Contre la volonté de son papa, Duckencia a choisi une autre voie. En 2011, elle lance à l’âge de 23 ans la compagnie HaiPlast, une entreprise spécialisée dans la collecte de déchets plastiques, qu’elle compacte pour revendre à des clients en Chine et aux États-Unis.

J’avais déjà écouté une partie de l’histoire de Duckencia à la journée « Entrepreneuriat féminin » du Forum de l’Entrepreneurship 2016 de CEDEL HAÏTI. À l’émission Forum diff usée sur la Télé Caraïbes, j’ai appris davantage sur elle. Mais je tenais à la voir à l’oeuvre, au coeur des opérations dans son entreprise. Ce samedi matin-là, on a pris rendez- vous. Destination : cité Militaire, au siège de son entreprise. Elle doit participer au mariage d’un proche, mais a quand même créé du temps pour me rencontrer. Après quelques détours à partir de la route de l’aéroport, nous voilà au local de HaiPlast.

 Les employés de Duckencia se moquent d’elle. Elle leur paraît bizarre dans sa tenue d’invitée de mariage. Ils la reconnaissent mieux dans son accoutrement de femme d’action qui transforme avec son équipe nos déchets plastiques. Notre échange est cordial. Duckencia est agile et précise dans ses réponses à mes questions.

 Le parcours du combattant

C’est un parcours de combattant qu’elle a mené pour camper Hai- Plast. Quand elle a pris possession du bâtiment où est logée la compagnie, la zone était délaissée par la plupart des entrepreneurs. Les bandits régnaient en maitre dans la cité. Duckencia faisait fi de tous ces impondérables. Elle ne se laisse guidér que par sa motivation première : monter une entreprise pour faire une diff érence.

 « Quand je me suis lancée, j’ai eu beaucoup de peine à gérer mes employés », confi e-t-elle. Duckencia paraissait trop jeune à leurs yeux pour être leur patron. Ces employés, surtout les hommes, s’imaginaient que cette jeune dame était en train de gérer l’entreprise pour un autre patron plus mûr qu’ils ne voyaient pas. Avec le temps, elle a fi ni par s’imposer et à porter son staff à accepter son leadership, indépendamment de sa jeunesse. Dans la zone de Cité militaire, des riverains lui faisaient mordre la poudre. Des déchets humains étaient constamment déversés en face de sa compagnie. L’entrée de la HaiPlast servait de lieu de déversement des urines dans la petite matinée et des eaux usagées. Avec tact et assurance, Duckencia a utilisé son sens de leadership et sa créativité pour freiner ces pratiques.

À un certain moment, on menaçait même de faire voler en éclat sa voiture. Imperturbable, Duckencia ne s’est pas laissé faire. Parce qu’elle a su résister aux marchandages et intimidations, Duckencia poursuit aujourd’hui ses activités à la cité Militaire, dans une ambiance plutôt sereine.

 Présentement, les employés de Hai- Plast, environ une vingtaine, viennent principalement du quartier. Parallèlement, HaiPlast travaille avec l’école des Soeurs salésiennes de la zone pour supporter l’éducation des fi ls et fi lles de cité Militaire.

À 29 ans, Duckencia a connu bien d’épreuves, mais sa détermination à aller très loin reste intacte. Elle nous permet de croire que le rêve d’un Port-au-Prince propre est encore possible.

 Rock André

 

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