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Du parlementarisme haïtien

09 janvier 2017, 11:45 catégorie: Édito11 794 vue(s) A+ / A-

Hier lundi marque l’ouverture officielle des travaux de la deuxième année de la 50e législature. L’événement était particulier. Il y avait la présentation de l’Exécutif par-devant l’Assemblée nationale l’état de la nation.

 À côté de ce fait de conjoncture, l’analyste se demande : comment se porte le régime parlementaire à l’heure où le pays traverse la crise la plus longue de son histoire ? Car, il faut bien un bilan de la performance du parlementarisme haïtien depuis qu’il s’est installé dans notre paysage politique à la suite de l’autoritarisme dictatorial qui a vu ses derniers jours au départ de Jean Claude Duvalier en 1986.

Le gouvernement n’a pas raté l’occasion de chanter ses bienfaits, en dépit d’une situation exceptionnelle marquée par la reprise des élections. L’impact, on connait la chanson, a été un vrai coup pour l’État dans ses finances publiques. Du tremblement de terre à Matthew, voilà un État faible acculé, face au retrait des dits bailleurs de fonds, à se serrer les reins. On peut tirer une espèce de gloriole nationaliste dans l’organisation de nouvelles élections avec la gourde nationale et se dire qu’il faut, enfin, une loi au sujet des Fonds électoraux afin de mettre un terme à la mauvaise habitude de tout attendre, dans le domaine, de nos respectables bailleurs de fonds. Cela n’empêchera pas à ces derniers de s’embarquer dans le processus et de décider, d’un commun accord, pour le candidat qui leur parait le plus apte à appliquer la continuité d’une stratégie internationale pour le pays. Le Premier ministre doit être le charmeur, car rien ne dit qu’il ne sera pas celui qui règlera les affaires courantes jusqu’à la nomination ratifiée par le parlement de son successeur. De ce côté, il faut voir le portrait de la 50e législature pour se faire une idée de la durée de ces éventuelles affaires courantes.

Déjà, l’événement de l’arrestation de Guy Philippe par agents nationaux et internationaux interposés, vient de montrer au parti au pouvoir qu’il n’aura pas les mains libres, comme l’indiqueraient les gains électoraux. Et voilà, depuis lundi 9 janvier, la tempête dans les interventions des parlementaires qui veulent ruer dans les brancards du protocole et entendre plutôt les différents acteurs impliqués dans la « scandaleuse affaire » des menottes mises aux poignets d’un élu au Sénat de la République !

Et le régime parlementaire haïtien continue à jouer d’excès partisans, de tumultes rageux allant jusqu’au coup de poing comme dans la bande à pied. Le peuple s’amuse du manque de structuration institutionnelle. Car les nouveaux venus de la politique ne sont pas encore bien pétris dans leur rôle d’intrépides législateurs. Sous influence de leur appartenance politique, ils prioriseront encore leur camp contre les défis d’une nation mise à genoux. Ne nous attendons pas trop vite à des dépassements pour résoudre des urgences comme la dégringolade de la gourde, l’insalubrité des villes et des places publiques, la reconstruction de la capitale, la corruption institutionnelle et la destruction de la production nationale. Les couleurs sont déjà montrées, ce lundi 9 janvier ! Pour un peu on se croirait en plein dans un nationalisme sincère si on ne savait que l’arrestation d’un allié a encore primé sur les problèmes structurels face auxquels nous continuons à trébucher !

L’avenir du parlementarisme haïtien n’est pas encore posé de manière plus sérieuse, éloignée de la pompe des chefs et des attributs des postes officiels. À quand nos législateurs maitriserontelles leurs responsabilités dans un pays qui mérite mieux que l’étalage public de nos manquements ? La route parait encore très longue !

 Pierre Clitandre

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