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Une distribution deux poids deux mesures

18 octobre 2016, 10:31 catégorie: Actualité2 135 vue(s) A+ / A-

Bousculade lors d’une distribution de nourriture du Programme alimentaire mondial, le 17 octobre 2016 en Haïti. / Photo : AFP

 

Plus que le passage de l’ouragan dévastateur Matthew, la gestion de l’État de cette catastrophe enfonce le couteau dans la plaie. La présidence dit dénoncer, à ce titre, la politisation de l’aide humanitaire destinée notamment aux victimes de la péninsule du Sud. Certaines autorités locales l’auraient détournée à des fins politiques au grand désespoir des véritables sinistrés.

 

Ce que l’opinion publique soupçonnait est ouvertement dénoncé par la Présidence de la République. L’aide humanitaire, à en croire une note de cette institution, est utilisée à des fins politiques. Les autorités présentes sur le terrain l’auraient distribuée sur une base partisane. Ce, au détriment du nombre de sinistrés alors que certaines zones dévastées n’ont pas encore été touchées par l’assistance humanitaire venant de l’État haïtien et d’autres pays étrangers. Sans pointer du doigt les coupables, faute de preuves, la note cite nommément les délégués, vice-délégués, élus locaux et responsables de la direction de la protection civile (DPC), qui sont tenus de répartir l’aide de façon équitable.

Les victimes s’en sont déjà plaintes. Les plus vulnérables n’auraient rien reçu au profit des personnes qui ne le sont pas réellement. Les populations touchées ne sont pas dupes. Elles y voient une manoeuvre politique dans ce contexte électoral. Tout ne serait qu’une question d’accointances politiques. L’aide serait ainsi distribuée aux gens selon leur sensibilité politique. Certaines autorités sur le terrain chargées de cette opération assurent, au profit de leurs candidats favoris, la continuité de la campagne électorale officiellement terminée dans la nuit du vendredi 7 octobre.

 

Ces cas de dénonciation constituent une nouvelle phase de l’utilisation politicienne du désarroi des sinistrés. Tout a commencé notamment, peut-on se souvenir, avec les candidats à la présidence et au Sénat qui se sont attiré les projecteurs peu de temps après le passage du cyclone Matthew qui s’est abattu sur le pays les 4 et 5 octobre. Leur manière de procéder diffère des autorités locales, certes, mais la toile de fond du sujet demeure. Ces candidats étaient venus eux-mêmes apporter de l’aide humanitaire en profitant de l’occasion pour créer une ambiance de meeting comme en période de campagne formelle.

 

À présent, c’est l’État haïtien qui théoriquement prend le contrôle de l’action humanitaire dans les régions sévèrement affectées. Les personnalités politiques seraient en retrait. Mais leur ombre plane dans l’administration de l’aide. La faiblesse des institutions étatiques a créé la brèche visible au regard de la gestion des gouvernants de l’après- Matthew. Le manque de coordination entre les maillons d’une même chaîne est patent. En témoigne la guerre des chiffres dans l’évaluation des dégâts causés par cette intempérie. La Direction de la protection civile, à titre d’illustration, a fait état d’un bilan partiel de près de cinq cents morts. Alors que,certaines sources qui tirent leurs données des maires de différentes communes estiment les pertes en vie humainesà un millier.

La réalité éclate au grand jour ce que certains chuchotaient tout bas. À savoir que les autorités locales ne sont pas pleinement intégrées dans la coordination de l’aide. Elles échapperaient aussi au contrôle du pouvoir central qui tente de reprendre les commandes. Mais le mal est déjà fait. C’est l’État lui-même que l’on accuse de partisannerie. À cela, l’administration Privert/Jean-Charles porte le lourd fardeau de la souillure du sol haïtien pour les politiques. Ceux-ci dénoncent la présence sur le territoire national des soldats étrangers notamment ceux de la République dominicaine en appui à l’aide humanitaire envoyée par le gouvernement dominicain. Une résolution du Sénat, à cet effet, avait demandé le retrait immédiat de ses troupes pourtant justifié pour cause de sécurité des convois humanitaires par le président Jocelerme Privert.

Le pouvoir n’a pas les coudées franches. Le temps de grâce semble être épuisé. Les politiques de tout acabit se montrent très méfiants et critiques vis-à-vis de l’Exécutif. Le calendrier électoral révisé qui ne facilite pas l’investiture d’un président élu, selon l’échéance constitutionnelle le 7 février 2017, alimente leurs suspicions. Ils crient déjà au scandale. Jocelerme Privert et ses acolytes, selon eux, manigancent un complot visant à entraîner le pays dans une longue période de transition politique.

Jean Michel Cadet

 

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