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Discrimination religieuse et accès au concours d’examens d’entrée à l’université d’État d’Haïti (UEH)

08 août 2018, 8:10 catégorie: Tribune9 647 vue(s) A+ / A-

J’ai lu avec préoccupation la lettre publique de Jean Willer Marius concernant l’accès des étudiants adventistes au concours d’examens d’entrée de l’Université d’État d’Haïti (l’UEH). Dois-je dire que j’applaudis sa démarche, la cause qu’il défend.

J’ajoute même, au bout du compte, que sa cause est fondée et qu’elle doit être appuyée et entendue. Tous les jeunes, quelle que soit leur confession, doivent avoir accès à l’université d’État, à l’éducation.

Le Conseil de l’Université doit accorder une chance égale à toutes et à tous. En ce sens, il faut avoir le sens des nuances, prendre en compte certaines particularités en établissant un programme d’examen qui n’obligerait pas les adventistes à composer le jour du Sabbat. L’examen, ce jour-là est une violation de la liberté religieuse.

Or, la liberté religieuse est garantie par la Constitution nationale. Toutefois, j’estime que le signataire de ladite lettre a exagéré en évoquant une intolérance religieuse de l’État contre les adventistes, c’est trop fort. C’est aller vite en besogne. Certains diraient que ce n’est même pas sérieux.

Les adventistes contrairement à la prétention de Willer Marius, depuis toujours jouissent de leur liberté religieuse en Haïti. Leurs cultes fonctionnent sans difficulté et leurs oeuvres sociales bénéficient de tous les avantages et protections qu’offre la loi haïtienne aux religions. Si on parle d’absence de liberté de religion pour les adventistes avec toute l’assistance obtenue de l’État que diraient alors les vodouisants ?

En évoquant l’idée que l’UEH ne voudrait pas voir dans le concours de “brillants étudiants adventistes,” qu’est-ce donc cette idée vient faire là ? Je dirais même pourquoi ce péché d’exceptionnalisme ? Pourquoi Jean Willer Marius fait-il de la politique de ségrégation religieuse ou de l’amalgame avec une question simplement administrative claire non probablement présentée au vice-recteur ?

Depuis quand ne reconnaît-on pas l’apport des adventistes comme « minorité paisible » selon son expression, dans le développement du pays ? De quelle exclusion est-elle victime la communauté « paisible » adventiste qui a sa propre manière de vivre et d’agir, sa culture d’investir dans l’espace social ? La communauté adventiste s’exclut-elle ou s’est-elle exclue ? Peut-on dire vraiment qu’elle est socialement paisible et docile ? Dans quel sens ?

De quelle exclusion dont parle Willer Marius ? Mais le constat ne donne-t-il pas à admettre qu’il y a beaucoup d’adventistes, femmes et hommes qui travaillent dans les administrations publiques apportant leurs louables contributions au pays ? N’est-ce pas qu’il existe des adventistes qui font de la bonne politique ? Certains d’entre eux sont déjà reconnus pour leur “intelligence” intégrité et leur patriotisme. Que vient chercher alors cette discussion inutile d’exclusion des adventistes ?

Malgré toutes les crises, je crois aujourd’hui que nous sommes plutôt dans un climat de paix de bon fonctionnement des différentes confessions religieuses en Haïti. Il y a certes des aménagements à faire au niveau de la loi pour s’adapter à la dynamique sociale. Cependant dans la pratique la liberté religieuse n’est pas remise en question en Haïti.

À titre de rappel le secteur adventiste lui-même avait organisé un colloque de trois jours du 20 au 22 février 2014, à l’hôtel El Rancho, sur la liberté religieuse en Haïti. Dans ses deux premières résolutions, et je cite :

1- Le Congrès de la liberté religieuse se réjouit de la liberté religieuse dont bénéficient tous les cultes, religions et communautés de foi sur le territoire d’Haïti.

2- Le Congrès reconnaît les efforts des pouvoirs publics et des organisations de la société civile pour la sauvegarde des acquis et la protection de la liberté religieuse. (Voir publication 2014-02-26 Nouvelliste # 128016)

Ce Congrès a été réalisé, prenez note s’il vous plait, sous l’initiative de l’Union de la Mission des adventistes du septième jour ! Je ne pense pas qu’il y ait une attitude d’intolérance religieuse vis-à-vis des adventistes, comme voudrait faire ressortir la teneur de cette lettre.

Le problème du calendrier des examens est certes une difficulté administrative à résoudre pour garantir l’accès à tous les étudiants haïtiens indépendamment de leur foi religieuse. L’université d’État est un service public comme les hôpitaux d’État. On ne doit cesser de le répéter. Mais cette difficulté d’accès doit être exprimée par une demande administrative comme cela se fait ailleurs.

Parlant d’intolérance religieuse, que diraient ceux qui ont des cours et examens le dimanche ? Ils auraient pu aussi crier : exclusion, intolérance religieuse, pénalisation de la foi et déni de croyances. La FASCH organise généralement son concours d’admission le dimanche. Les chrétiens de confession catholique, Baptiste…sont-ils exclus pour autant de l’UEH ? Quel est le jour de culte des vodouisants eux ? Arrêtons SVP avec les amalgames entre vie privée (religion) et vie publique (l’enseignement supérieur public) !

Dans la logique de protection de leur foi adventiste les étudiants peuvent faire une délégation auprès du Ministère des cultes en produisant une pétition pour garantir leurs droits religieux au cas le Vice-rectorat ne reconnaitrait pas leur droit à la manifestation religieuse. En même temps les candidats adventistes doivent-ils savoir qu’ils ne sont pas les seuls comme pratiquants d’une foi religieuse. Leur demande doit être étudiée administrativement dans un cadre de coopération et de collaboration. C’est ainsi que les religions fonctionnent en société démocratique dans leurs relations avec l’État.

Autre considération, l’Université d’État comme toutes les universités publiques dans le monde offrent une formation supérieure laïque. Cela semble tellement vrai que les adventistes ont jugé d’avoir leurs propres écoles et universités. Je ne considère pourtant que le fondamentalisme est caractéristique des adventistes en Haïti. L’ironie dans cette intolérance dont parle l’auteur de la lettre est le fait que je connais des enfants adventistes admis dans des écoles catholiques dans la recherche et la poursuite d’autres valeurs.

La question est de savoir si l’Université d’État a interdit dans ses règlements l’accès à l’éducation aux adventistes. Le Rectorat a-t-il été informé par une demande d’aménagement de calendrier pour les candidats adventistes ? Une telle demande a-t-elle été refusée au nom de la foi adventiste ?

Or, monsieur n’a fait mention d’aucune démarche préalable adressée au Vice-recteur académique. Il aurait été préférable avant d’agiter ce climat d’intolérance religieuse de produire une démarche administrative en prévision de la publication du calendrier pour une demande d’exception. Faut-il savoir que l’Université se réserve le droit d’administrer son calendrier d’examens sans considération religieuses même si elle droit reconnaitre le droit du candidat-étudiant adventiste aux examens d’entrée.

Je crois que c’est un excès de plus que d’avoir abordé cette question sous l’angle de discrimination religieuse avec tant d’amalgame, d’envolée, et de passion dans un pays déjà mouvementé avec des revendications politiques de toute part. Au-delà de la valeur de cette demande, il est souhaitable d’encourager le dialogue interreligieux ou inter confessionnel, même en voulant rester une communauté “paisible”, pacifique, pour promouvoir de meilleures relations communautaires ; d’éviter de faire de fausses déclarations, accusant les autres de mauvaises intentions et de s’exclure soi-même.

La liberté de conscience est un droit fondamental de l’homme. Il n’y a péril en la demeure. Au contraire, en Haïti beaucoup de progrès sont réalisés dans le maintien, la protection et la sauvegarde de la liberté religieuse. J’ai précédemment cité la résolution du Congrès de la liberté religieuse en témoignage. Je rappelle que notre dernière Constitution dans son article 30 et 30.1 réaffirme de manière explicite ce principe de la liberté de conscience.

On peut même se demander si la loi haïtienne n’accorde, en effet, pas trop grande liberté aux cultes tellement les cultes sont libres en Haïti. Quand certaines fois des cultes sont devenues des sources de désordre et de troubles pour la paix. Or, le Code pénal a des provisions en la matière art. 398 8e alinéa; 399 5e alinéa. Les auteurs contrevenants peuvent être punis par la loi.

Exigence est faite aux ministres religieux de tenir un comportement digne de leur statut relatif au contrôle de leur langage comme propagateurs de la foi dans les articles 162 à 169 du Code pénal. Souvent les ministres des cultes et autres membres associés oublient qu’ils n’ont pas que des droits, mais aussi des devoirs au regard de la loi.

L’État a mis en contribution l’apport de tous les cultes en utilisant leur collaboration dans des domaines divers de santé, d’éducation particulièrement et dans l’organisation de l’État civil, en Haïti. De la relation de l’État avec les religions, je souhaite que l’État puisse continuer dans le respect de la loi de promouvoir sa neutralité religieuse en assurant un traitement équitable, sans discrimination entre les croyances et confessions religieuses.

Malgré les manquements de l’organisation “Religion pour la paix”, on peut néanmoins la considérer comme un espace ouvert ayant pour mission de protéger le droit de toutes les religions et de promouvoir le vivre ensemble entre les communautés religieuses au bénéfice de la nation. À cet égard, on peut se demander pourquoi la communauté paisible, pacifique et docile des adventistes n’intègre-t-elle pas cet espace ?

Jude Piquant

 

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