Accueil » Culture » Quand un dîner entre écrivains se transforme en débats littéraires

Quand un dîner entre écrivains se transforme en débats littéraires

12 septembre 2017, 9:44 catégorie: Culture2 454 vue(s) A+ / A-

Vue partielle du podium à la Fokal.

 

Quelques séquences du film : « Dany invite à sa table » ont été projetées à la salle Unesco de la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal) dans la soirée du lundi 11 septembre 2017. Ce film, réalisé à Bruxelles, présente un repas littéraire concocté par l’académicien Dany Laferrière avec la complicité du poète et éditeur Rodney Saint-Éloi et d’une dizaine d’écrivains haïtiens venus de Port-au-Prince, de Paris et de Montréal. Autour de la table, ils ont partagé le pain de l’amitié tout en expliquant leurs rapports avec la littérature.

En présence de trois écrivains qui ont participé au dîner organisé par Dany Laferrière, en l’occurrence : Martine Fidèle, Emmelie Prophète Milcé et Gary Victor, le film : « Dany invite à sa table » a été présenté au public haïtien. Les trois convives ont visionné quelques séquences de ce long métrage introduit par Elizabeth Pierre-Louis Augustin qui avait pris part également à ce repas littéraire qui ne ressemble nullement à celui que Jésus avait partagé avec ses disciples le soir du jeudi saint. Les séquences du film montrent que l’atmosphère était détendue. Les échanges étaient courtois. Il flottait dans l’air un esprit de partage, de la bonne humeur et de parfaite camaraderie.

 Le décor du film était très simple. Dans une salle à manger pas trop grande, une table est dressée. Autour, Dany Laferrière et ses amis se partagent littérature, les mets et le vin. Au cours de ce repas littéraire, un écran géant fut placé pour permettre aux Bruxellois d’assister en direct à ce dîner devenu une émission littéraire à part entière. Les écrivains invités répondent au nom de Martine Fidèle, Emmelie Prophète Milcé, Makenzy Orcel, Louis Philipe Dalembert, James Noël, Gary Victor, etc. Sous des angles différents, certains des créateurs ont expliqué leur quotidien, présenté leurs oeuvres et montré leur rapport avec l’imaginaire et l’écriture.

 La projection de quelques séquences du film à la Fokal était ponctuée d’échanges entre la modératrice et les trois écrivains. C’était pour eux l’occasion de déballer leurs souvenirs de cette expérience qui a été une aventure très enrichissante dans leur vie. Ils ont expliqué à l’auditoire le choix des thèmes qui ont été débattus lors du dîner par exemple la place de la nourriture dans la littérature haïtienne, le voyage et leur rapport avec l’écriture. Ils ont profité pour aborder d’autres questions relatives à la littérature haïtienne contemporaine pour l’édification du public bruxellois qui assistait à ce débat.

Martine Fidèle, journaliste culturelle, poète, nouvelliste et romancière, a fait part au public de son emploi du temps très chargé durant ces dernières années. Elle était rédactrice dans un quotidien de la capitale. Comédienne et présentatrice d’une émission à la radio, sa vie était également partagée entre le théâtre et l’écriture. L’auteure de « L’homme au sexe de fer » et « Double corps » a expliqué pourquoi elle avait un peu délaissé la poésie pour se consacrer à la fiction. « La poésie était une toute première aventure pour moi. J’ai commencé à écrire durant les premières années de mon adolescence. L’idée, c’était d’écrire tout ce qui me passait par la tête. J’étais habitée par l’envie d’écrire et de partager quelque chose. Passer de la poésie au roman me permet de grandir et me donne la possibilité d’expliquer le monde qui m’entoure. Dans mes recueils de nouvelles ou dans mes romans, il y a toujours de la poésie », a-t-elle fait savoir.

 Emmelie Prophète Milcé, de son côté, a relaté pour le public présent à la Fokal ses souvenirs bruxellois avant de feuilleter les pages de son livre « Le bout du monde est une fenêtre ». « L’ambiance était très amicale. Les gens n’ont pas pu en profiter dans les coulisses où chacun avait une blague à l’haïtienne plutôt salée. Difficile de les rapporter. Et vraiment, c’était une soirée extraordinaire. À Bruxelles, c’était une autre respiration, une autre ambiance. Il y avait du vent. Il faisait froid », a-t-elle déclaré. Son récit « Le bout du monde est une fenêtre » est, selon ses dires, le portrait des gens qu’elle rencontre dans certains quartiers de Port-au- Prince. Elle a raconté avoir rapporté, dans ses écrits, le désespoir et les misères auxquels ils sont confrontés. « Ce livre parle de rencontres impossibles, de l’amour qui traverse les fenêtres même quand elles sont fermées. Dans ce livre, il y a une conversation de sens qui est plus fort qu’une conversation de mots. »

 L’écrivain Gary Victor, auteur de plusieurs romans à succès, a fait un survol sur ses influences littéraires. Il a expliqué le sens du voyage dans la vie d’un écrivain. Pour lui, un écrivain est toujours en voyage. Il voyage dans sa mémoire. Il voyage dans ses rêves. « Pour moi, le voyage m’a beaucoup nourri à l’intérieur. L’écriture, c’est le voyage, la découverte, c’est d’aller au-delà des murs. Je voyage pour découvrir mon espace physique, mon espace culturel. J’écris pour m’échapper de mon quartier habité autrefois par trois tontons macoutes, mais encore pour m’évader et m’expliquer. »

Schultz Laurent Junior

Comments

comments

scroll to top