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Dickens Princivil, enfin reconnu à sa juste valeur

06 décembre 2017, 10:07 catégorie: Culture8 060 vue(s) A+ / A-

Dickens Princivil.

 

C’est dans une salle de l’Hôtel Royal Oasis remplie comme un oeuf que Michel Soukar, comme pour un monument, a dévoilé au grand public la compétence d’un grand musicien haïtien méconnu et mal connu, une valeur tapie dans l’ombre pendant trop longtemps, mais gardant intactes sa détermination et sa capacité à produire des combinaisons de sons agréables à l’oreille sur tout le territoire haïtien et à l’étranger depuis près de quarante ans. Dickens Princivil est son nom.

Michel a décidé de braquer les feux des projecteurs sur ce personnage pour rendre hommage à la compétence, au sérieux et au travail assidu, d’une part, et d’autre part, pour rendre justice à qui justice est due, c’est-à-dire à un personnage mal compris, mal aimé dans un pays où les tonneaux vides font du bruit.

Qui est Dickens Princivil ?

Jean Joseph Dickens Princivil est né le 19 juillet 1961 d’une famille de musiciens et de mélomanes. Il est initié à la musique dès l’âge de sept ans à l’école Sainte-Trinité et depuis la musique fait partie de sa vie. Il allie les qualités d’un grand orateur à celles d’un chanteur. Il est chef d’orchestre et arrangeur confirmé. Il a également le don des idées, c’est pourquoi il compose toutes ses musiques. Il compte plus de deux cents compositions de tout genre à son actif : du classique au folklore en passant par le « konpa ».

Il a fait son chemin en Haïti et à l’étranger et a joué aux côtés de grands musiciens haïtiens et a marqué son passage comme chanteur soliste dans la grande chorale de Sainte Trinité. Le 28 octobre 2011, il a été nommé par décret municipal de la mairie de la ville de Port-au-Prince, « ambassadeur de bonne volonté de la ville de Port-au-Prince ». Il est l’auteur de l’hymne à la jeunesse joué au Palais pour la première fois lors du lancement du programme d’action civique en présence des plus hautes autorités du pays. Il rêve de voir le Palais de son pays se doter d’un Grand Orchestre à côté de la fanfare pour animer les grands rendez-vous avec de la musique haïtienne en exclusivité. Son plus grand rêve est d’être en mesure d’offrir à tout jeune artiste porteur d’un projet musical, un espace lui garantissant toutes les possibilités de réussir.

Qui lui avait rendu ce service? Personne, juqu’à sa rencontre avec Michel Soukar il y a environ trois ans.

Comment cette rencontre a-t-elle eu lieu ?

Dickens a été présenté à Michel par Norman Acra qui disait de lui un exemple achevé de musicien talentueux et un modèle pour la jeunesse. La curiosité de Michel l’a poussé à avoir un bref entretien avec l’intéressé. Comme il y avait beaucoup de choses à raconter, ils se sont promis de se rencontrer au studio de signal FM pour une émission. Finalement plusieurs heures ont été consacrées à cet entretien étalé sur plusieurs émissions. Il a alors promis de partager tout cela à travers un livre qui serait présenté au grand public en même temps que l’auteur et sa musique. Michel a cherché des sponsors dont DEKA Group, Valerio Canez, Fondation Sogebank, AAN, etc., qui ont délié les cordons de la bourse. Voilà ce qui nous a valu le grand concert du samedi 2 décembre à l’Hôtel Royal Oasis.

Michel Soukar est connu comme un professeur, un présentateur et un surtout comme un historien très prolifique. Mais, il est aussi quelqu’un qui part à la recherche des valeurs pour nous dire que tout n’est pas perdu dans ce pays. Il est comme Diogène avec sa lampe en plein jour cherchant des hommes qu’il présente souvent dans ses émissions sur Signal FM. Il cherche des valeurs dans tous les domaines. Ainsi, il a déjà présenté Raoul Guillaume, l’un des plus grands musiciens du terroir, Mme Martine Libertino dans son émission « Former, éduquer, vivre ». Il a reçu plusieurs autres personnages qu’ils présentent comme des modèles pour cette jeunesse dont il veut contribuer à régenter le comportement. Le samedi 2 décembre c’était le tour de Dickens Princivil, pas à la radio cette fois, mais à l’Hôtel Royal Oasis dans le cadre d’un concert.

Ce concert, pour présenter Dickens sur les fonts baptismaux, montre comment la passion de l’histoire peut s’étendre à d’autres domaines quand on veut le meilleur pour sa jeunesse et pour son pays.

C’était une soirée au cours de laquelle on a joué que du Princivil. Vingt deux musiques ont été choisies de son riche répertoire pour être présentées au grand public, les unes plus intéressantes que les autres. Du folklore à la musique au parfum de « Konpa » en passant par la musique fine digne d’un Mozart, d’un Beethoven, ou plus près de nous d’un Yanni, il y en avait pour tous les goûts. Le public a eu droit à la prestation de l’Orchestre de la Sainte Trinité et de l’orchestre de Dickens Princivil. Les deux évoluaient sous la direction de celui qu’on présentait au grand public.

Les musiciens faisaient preuve de dextérité. Les mordus de la bonne musique étaient gâtés. Comme pour donner raison à Newcomb qui, en 1960 et 1961, a mis à jour le principe de l’attraction réciproque, d’attraction-similarité, Princivil s’est fait accompagner de certains artistes confirmés et de certaines virtuoses de la musique haïtienne contemporaine : Victoria Joseph, la fille du grand musicien Rommel Joseph, Fabienne Dénis, la femme à la belle voix et aux grands habits blancs, Cynthia Lamy dont tout l’être n’est que charme sur scène, une fine harmonie entre le ramage et le plumage ; Rénette Désir, une petite boule d’énergie, une étoile montante, une jeune femme d’une voix extraordinaire et des gestes rythmés, cadencés, propres à elle, exécutés avec charme, séduction et élégance, Stéphane Bellance, toute classe dans son corps, dans son sourire et dans sa voix d’ange.

Quant à Princivil, sa voix complète toutes les voix en apportant la note masculine grave qui manquait pour rendre le son aigu moins pur et moins net. C’est comme le son grave du violoncelle, de la contrebasse qui épouse celui du violon, de la trompette et de la flûte pour accoucher d’une mélodie qui charme.

Les solistes rivalisaient de savoir-faire, d’art, d’habileté et d’élégance. Toutes les musiques sont celles d’un maître, mais la danse de Valerio Canez, avec les solistes Sarah Colimon au violon et Fabienne Philippe Auguste au Viola, est une musique composée pour un récital dans le ciel. Elle est digne de porter le nom d’un grand musicien d’Haïti. C’est une pièce pour mélomanes avertis avec appareil en mode répétition. Ce n’est pas une musique qu’on peut écouter une seule fois.

Félicitations à Fabienne qui, même très peu de jours après une couche, est venue jumeler et harmoniser son viola avec le violon de Sarah pour séduire, charmer et capter un public qui ne demandait que de douces mélodies. Avec sa corpulence, elle a une manière dont elle seule a le secret de se pencher vers l’arrière avec un léger hochement de tête tout en poésie et en grâce pour aller à la rencontre de la note et de la gamme qui vont séduire. Les deux ont charmé l’assistance par leurs touches, leur élégance et l’harmonie qu’elles dégagent avec leurs instruments. Elles ont apporté un condiment de toute importance à la recette du plaisir. On ne pouvait s’empêcher de battre la mesure en cadençant doucement au son d’une musique entraînante, voire ensorcelante. Cette mélodie exécutée avec maestria laisse des souvenirs que le temps, le vent et les faiblesses de la mémoire auront du mal à atteindre.

Cette soirée était riche en émotions. L’un des moments forts était le discours improvisé de Mme Canez pour remettre le violon de sa maman à M. Princivil comme un geste symbolique de reconnaissance de la contribution de ce dernier à la musique haïtienne et saluer du même coup sa capacité d’assurer la relève.

À ce geste magnanime et plein de symbolisme, Dickens a répondu avec calme et la manière pour remercier la famille Canez et promettre qu’il fera bon usage de cet instrument, témoin des virtuosités d’un fin connaisseur. Il en a profité également pour rendre hommage à sa famille qui l’a supporté quand sa musique était insupportable par moments. Il a fait un véritable plaidoyer pour la famille en présentant sa femme et ses deux enfants. Chacun a eu sa part de reconnaissance publique saluée par des tonnerres d’applaudissements.

Comme pour ne rien laisser à personne, Michel Soukar partageait la tâche de maître de cérémonie avec le héros du jour qui, de temps à autres, gratifiait la salle de sa voix sur un fond d’humour qui détendait l’atmosphère. Il était tout souriant, d’un calme olympien et surtout fier d’un travail accompli avec le coeur.

2 décembre 2017 à l’Hôtel Royal Oasis aura été un grand événement culturel. C’était un rendez-vous de l’art, de la poésie, de la musique savante, de la musique folklorique, de l’humour, une occasion opportune pour exalter les valeurs de la famille, celles de l’effort, la simplicité, la détermination et l’assiduité.

Bis repetita placent » les choses dites, redemandées, plaisent. Comme disait Guy de Maupassant, “ deux vermouths ne font jamais mal”. C’est un spectacle à refaire sans laisser du temps au temps afin d’offrir du plaisir aux mélomanes

Bravo, Dickens !

Michel, Haïti te remercie par ma plume.

Jean Miguelite Maximé

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