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Dialogue et rédemption

27 décembre 2017, 10:38 catégorie: Édito26 549 vue(s) A+ / A-

2017 tire sa révérence. Le pays n’a pas sombré, c’est déjà beaucoup. Au début de l’année, on était inquiet pour les institutions surtout avec la crise électorale. Un nouveau Président a prêté serment ; les deux Chambres tiennent séance ; le pouvoir judiciaire est complet. Sur le papier tout semble parfait. C’est le genre d’analyse que l’international tient habituellement. Cela lui permet de fonctionner, de garder son calendrier, de s’en tenir à son train-train de façade. Les nouveaux princes de l’État sont installés. Des grincements de dents en cette fin d’année quand même, car l’État semble avoir deux voix. L’une qui fait part de son manque de moyens pour répondre à ses obligations essentielles comme de permettre aux enseignants et aux médecins de fournir un service de qualité à la population, l’autre qui est capable de décaisser en un tour de main des dizaines de millions pour des politiciens dont l’utilité pour la nation est plus que discutable.

Au niveau économique, le bilan bien que maigre aurait pu être plus désastreux si on tient compte des destructions causées par l’Ouragan Matthew en octobre 2016 qui avait causé des dégâts de l’ordre de 2 milliards de dollars soit 24% de notre PIB. Un taux de croissance estimé à 1% alors qu’il devrait être supérieur à 7% pour tripler notre PIB de 769 $ par habitant. On reste quand même en deçà du seuil de sécurité si le taux moyen de croissance démographique est de 1.4%. Le grand problème de sécurité nationale qui ne semble nullement préoccuper nos dirigeants est le fossé qui se creuse entre les deux pays qui se partagent l’île. Le PIB de la République dominicaine est neuf fois supérieur à celui de notre pays. Tout devrait être fait pour récupérer ce retard et les catastrophes qui nous frappent au lieu de servir de prétexte à l’avarie généralisée devraient nous insuffler plus de volonté, plus d’imagination pour nous mettre au niveau de nos voisins.

L’année 2017 a été celle de la mise en place pour le nouveau gouvernement. Dressé un bilan de son action est encore difficile. Pour l’instant, on garde les promesses bien en tête. La caravane doit dynamiser la production dans certaines régions, réduire la dégradation environnementale. On attend l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quelques mois se sont déjà écoulés dans l’horloge mise en marche. Il a été question de lutte contre la corruption. Sur ce point, les signaux donnés par la nouvelle équipe sont plutôt inquiétants. Le Rapport parlementaire sur l’utilisation des Fonds PetroCaribe semble avoir été tout simplement rejeté par l’Éxécutif. On le juge partial, truffé d’incohérences. Le rejet cependant semble être un moyen de protéger tout un secteur ayant à voir avec une possible gestion calamiteuse de ces fonds. Une enquête indépendante, une contre-expertise étaient nécessaires. Tout sera-t-il rangé dans un tiroir pour protéger une société ayant à sa tête des flibustiers. L’assassinat d’un prêtre de l’Église catholique twò cho devan bann nan serait-il un signal envoyé pour faire bien comprendre que la lutte contre la corruption est uniquement du ressort des… ripoux ?

Le drame surtout de la nouvelle démocratie haïtienne c’est que les pouvoirs ne se parlent pas. Ils fonctionnent en discordance, sur fond de chantage, tu me donnes, je te donne, chacun voulant domestiquer l’autre, le vilipendant parfois, mais trop heureux que l’autre ait tous ces péchés qui l’empêcheront finalement de jouer le rôle que la nation attend d’elle. Des félicitations quand même à la Police nationale qui réussit contre vents et marée à tenir le coup malgré le départ de la MINUSTAH et la pourriture de la politique. On l’a mise sur la sellette dans l’affaire de Grand Ravine, mais en prenant soin de ne pas soulever la question à savoir qui finance les gangs et qui leur procure armes, munitions et argents. Des agents de la Police nationale qui acceptent d’aller en opération dans une zone aussi difficile en sachant le terrain aussi piégé devraient avoir notre respect.

L’évènement le plus important de cette année, mais que beaucoup ne signaleront pas comme tel est cet important exode vers le Chili. Les longues files de jeunes à l’aéroport Toussaint Louverture auraient dû interpeller la conscience de chaque haïtien et surtout cette de nos dirigeants. Des sections de notre pays ont perdu leurs forces vives. Ils ne restent que des vieux, des femmes qui attendent leur tour de prendre l’avion. Nos jeunes rêvent de quitter ce pays sans aucun espoir tandis que d’autres ripaillent à l’autel de la patrie. L’avenir pour la majorité se réduit à une peau de chagrin.

Le National souhaite pour l’année 2018 que s’établisse un dialogue sincère et honnête sur la base des vraies réalités du pays afin que nous cessions d’être à la traine dans la Caraïbe et dans le continent. Nous disposons de compétences. Nous avons une jeunesse qui possède dans son sein des forces insoupçonnées. Au lieu de dépenser des millions dans des activités délétères, stupides, pour nos jeunes, pourquoi ne pas les investir dans d’autres, plus positives, qui permettraient d’identifier, parmi eux, de vrais talents, de les encadrer et de les encourager ?

Que l’année 2018 chasse la méchanceté et la bêtise politique ! Que l’année 2018 soit celle du dialogue et de la rédemption !

Joyeuse année 2018.

Gary Victor

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