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Déshumanisation

19 mars 2017, 10:28 catégorie: Édito12 299 vue(s) A+ / A-

On est en droit de se demander si le sens de l’humain chez nous n’est pas en train de se perdre. Le sens de l’humain avec tout ce qu’il charrie de valeurs essentielles. Les religions, malgré des excès souvent dus à leur tentation hégémonique, se sont voulu un espace sacré qui se donnait pour devoir de protéger, de vivifier ce qui avait de divin en l’homme. Les grandes idéologies, même le capitalisme, étaient porteuses d’idées et de valeurs. Chez nous, du moins dans les discours, dans les postures, on tenait à montrer, à feindre, qu’on adhérait à ces grandes valeurs pour lesquelles nos ancêtres s’étaient battus.

 La dictature des Duvalier a ouvert la brèche à la déshumanisation. Mais il y avait encore le souci du paraître. Les hommes de main étaient là. On devait se servir d’eux, mais le dictateur avait été choqué jusqu’à fermer une faculté ayant délivré un diplôme à un cancre notoire. On se servait de l’ignorance, mais on le traitait comme un chien méchant pour se protéger. On n’acceptait pas trop qu’elle vienne s’asseoir à sa table. Puis, les temps ont changé. Le populisme, du moins le pseudo-populisme est venu donner le coup de grâce à un système qui ne s’était jamais soucié de doter le pays d’une école républicaine permettant à tous les citoyens d’avoir un niveau d’instruction basique. On a joué avec l’ignorance. On est arrivé à lui permettre de s’asseoir à toutes les tables. L’oligarchie, se souciant seulement de ses sous, se disait qu’en jetant des miettes aux chiens, elle pouvait être tranquille pour engranger, engranger et encore engranger.

Aujourd’hui, pour la nième fois, un autobus peut jouer aux quilles avec des raras qui n’avaient rien à faire sur une route nationale. Dans l’État sauvage, tout est permis. On peut assister à des séances tout à fait hallucinantes au Parlement où la vénalité, la mauvaise foi des dits élus peuvent s’exposer, comme si de rien n’était, aux regards d’une nation ayant perdu tous ses repères. Nos femmes et nos hommes sont devenus des mécaniques. Des êtres sans âmes, mus seulement par le désir de se prémunir contre la précarité. La mort, la crasse, la boue, la corruption, la prostitution nous laissent indifférents. La seule chose qui compte ce sont les instincts animaux. Satisfaction du ventre et du bas ventre.

 Là où l’on remarque qu’au niveau politique on touche le fond, ce n’est pas parce qu’un parlementaire ou un groupe de parlementaires se fait offrir un ministère. C’est que même avec la possession du ministère on se protège en faisant nommer un insignifiant pour pouvoir avoir la haute main sur tout, disons sur la manne, cela au détriment des intérêts de la nation. Notre système politique, construit sur une constitution pensée par des hommes qui n’avaient rien compris aux vraies réalités de notre pays, est aujourd’hui totalement vicié et corrompu par l’ignorance et la corruption. En un mot, par la méchanceté.

 Mais ce n’est pas seulement notre système politique qui est vicié. C’est notre société dans tous ses compartiments. Les relations hommes/femmes sont devenues des relations marchandes. Nos jeunes sont déshumanisés par une musique sans âme, robotique, les transformant en mécanique infernale. Et la pauvreté, l’incertitude nous propulsent à la frontière de l’animalité.

Gary Victor

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