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Des universités en crise

20 avril 2017, 8:40 catégorie: Société4 241 vue(s) A+ / A-

L’université en Haïti connaît une période qui doit inquiéter grandement les amants du savoir. Devenus chroniques, les problèmes ne peuvent plus être traités à l’interne dans les principaux centres de formation du pays. Université d’Etat d’Haïti (UEH), Université Notre- Dame d’Haïti (UNDH), Université Quisqueya (Uniq), considérées, dans l’opinion courante, comme les plus prestigieuses universités du pays sont toutes en effervescence.

Depuis quelque temps, en Haïti, l’université est en crise. Complètement négligé par l’Etat haïtien, le secteur universitaire fonctionne comme un enfant de rue. Le destin universitaire est aux mains des particuliers qui décident d’orienter ce secteur selon leurs intérêts propres ou selon leurs caprices.

D’ailleurs, l’Etat ne parvient même pas à bien gérer la seule université publique du pays. L’UEH est quasi dysfonctionnelle. Plusieurs de ses entités ne fonctionnent plus. Le campus Roi Henri Christophe de Limonade, l’Ecole normale supérieure, la Faculté des sciences humaines ne parviennent toujours pas à fonctionner sans troubles.

Des problèmes académiques, administratifs et souvent structurels sont surtout placés au centre des revendications des différents groupes protestataires. Tantôt, à l’UEH, les membres du personnel sont en grève, tantôt ce sont les professeurs. Tous exigent un meilleur traitement. Les étudiants également. Les revendications de ceux-ci, apparemment, ne sont jamais prises en compte.

 Les problèmes de l’UEH sont pourtant visibles. À l’Ecole normale supérieure qui, jusqu’à présent, ne parvient pas à boucler l’année académique 2015- 2016, sinon quelques sièges délabrés éparpillés sur la cour de l’espace, l’on aurait du mal à comprendre qu’on est dans un espace d’apprentissage.

 Espace d’apprentissage inapproprié, cursus mal défini, problèmes de méthodologie (chaque professeur a sa méthode qu’il impose aux étudiants), dérives administratives de tout acabit, etc., l’on a le droit de pleurer la seule université publique du pays.

D’autres écoles supérieures évoluant sous la tutelle de l’Etat ne parviennent non plus à fonctionner normalement. L’Ecole nationale des Arts (Enarts), l’Ecole nationale de géologie appliquée (ENGA) sont entre autres des écoles supérieures publiques rongées par la crise. Nul besoin de mentionner l’Ecole de Droits des Gonaïves qui devient de plus en plus désorganisée.

 Au moment où les étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti occupent le macadam en permanence en faveur d’une réforme au sein de la seule université publique du pays, des étudiants de certaines universités privées emboitent le pas. Ajoutées à cela, l’UEH, l’Université Quisqueya (Uniq), l’Université Notre-Dame d’Haïti (UNDH)… connaissent toutes des troubles. L’université haïtienne est désormais sur le béton revendiquant une meilleure structuration.

À l’Uniq, les étudiants revendiquent une révision du cursus, dénoncent l’incompétence de certains professeurs, exigent laboratoire et hôpital universitaire pour leur stage académique. Certains étudiants de l’UNDH ont, eux aussi, foulé le béton en ce mois d’avril. Ces jeunes ont voulu exiger aux responsables de ladite université le respect de leurs engagements. Certains ont même exprimé leur inquiétude quant à la reconnaissance de la faculté de Pharmacie de cette université. C’est un signal clair qu’en Haïti, l’université est gravement malade.

 Parallèlement à tous ces mouvements de protestation, les maux du milieu universitaire empirent et puent. Aux yeux de tous, les universités poussent partout. Il suffit d’une petite maison de quelques chambres pour avoir une université. Très souvent, ces « universités » fonctionnent sans reconnaissance de l’État. Et pourtant, triste ironie, elles donnent des formations en sciences de la santé dans un pays déjà malade. Les parents, n’ayant pas beaucoup d’alternatives, les paient à prix d’or.

L’État reste cependant muet. Que penser de l’avenir d’un pays quand son université est piteusement malade? D’aucuns croient qu’aujourd’hui, l’on doit repenser l’université dans le pays, créant ainsi une université plus adaptée à la réalité du pays. Mais à considérer cette crise qui sévit dans ce milieu depuis quelque temps, l’on peut se demander si, chez nous, l’université est réellement appelée à contribuer au devenir de la société, ou si ce n’est pas de préférence la société qui lui donne son image.

Ritzamarum Zétrenne

 rzetrenne@lenational.ht

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