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Des bulles et des batwèl

08 mars 2018, 10:18 catégorie: Édito20 466 vue(s) A+ / A-

Les luttes popualaires peuvent connaître, tant et trop de fois, une

accélération qui impose le dépassement puis la disparition des chemins parcourus pour finir par un effacement total de la mémoire.

Le 8 mars, Journée internationale de la femme, a de plus en

plus le goût de la journée de l’affectueusement correct. La journée

génère aussi ses insignifiantes opérations vaniteuses, un peu trop à

mon goût, qui se déclinent en déclarations creuses et petites

attentions fleuries et gastronomiques. Le mâle lambda, machiste par habitude, sort des bois, décrète la trêve en rendant hommage à toutes les femmes du monde pour se donner bonne conscience.

Fatalement, toutes ces bonnes intentions, mêmes celles très à la mode des nouvelles têtes, leaders d’un féminisme de petits projets pour la frime et pour le revenu, ont de la peine à freiner les pratiques

traditionnelles de déshumanisation des femmes haïtiennes pauvres et paysannes. Ce n’est pas que toutes les initiatives soient vaines, mais les services et les discours proposés par ces militantes, philosophes

du café de commerce, ennuient et ne desservent pas la lutte légitime

pour les droits de la femme. Hélas !

Ainsi, avons-nous inventé les métiers des droits de la femme. Les

circonstances d’exercice de cette pratique, admettons-le, poussent à

la nostalgie. La voix de Colette Lespinasse ni coquette ni arrogante

manque. Les travaux de Mireille Neptune Anglade, de Suzy Castor, entre autres, ne sont ni exemples ni références pour les abonnées des mots d’ordre de la coopération internationale voire du protectorat de la MINUSTAH.

Le mouvement féministe en Haïti a livré des batailles qui ont servi de béquilles à la lutte pour la démocratie et la restitution de leur

humanité à chaque Haïtien. Ceci étant posé, le principe de l’égalité homme femme ne saurait aujourd’hui se confiner aux quotas dans les secteurs hyper valorisés dans un mouvement désarticulé porté par des célébrités incapables de cerner les enjeux majeurs du féminisme et de l’humanité.

Ce 8 mars 2018, le commerce du pardon et des bouquets de fleurs fonctionne à plein régime. Des femmes, entre petits fours et autres niaiseries, prennent la parole pour elles, valorisent d’autres dans un cercle d’adoration mutuelle. Sur Facebook, les murs sont pavés de formules bienveillantes. Aux dernières nouvelles, il est nécessaire de poursuivre la lutte.

Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes sont en chômage technique, sans garantie de retrouver leur précaire place dans la sous-traitance à cause d’un bras de fer entre hommes de pouvoir.

Ce 8 mars 2018, des femmes haïtiennes jetées sur la route du Chili et des incertitudes de l’exil sont dans une salle de rétention à l’aéroport de Santiago. Certaines saignent d’angoisse et de désespoir.

Hommage, désenchantements et renouvellement du besoin de lutter, la Journée internationale de la femme peut aussi être le prétexte ou l’occasion de rappeler aux femmes et aux hommes du pays qu’il ne faut pas arrêter de marcher ensemble à la même hauteur. La vigilance est toujours de mise.

Les bulles de champagne ne font pas autant de bruit que les batwèl des lavandières. Et, malgré, bonne Journée internationale de la femme.

Jean-Euphèle Milcé

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