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Démocratie et dechoukay : les leçons de Max Beauvoir

13 septembre 2017, 9:25 catégorie: Culture5 868 vue(s) A+ / A-

L’ancien Ati national, Max Beauvoir./Photo : Les 7 du Québec.

 

« J’ai moi-même trouvé dans le vodou les éléments dont j’avais besoin pour façonner ma propre identité et retrouver mes racines. » Eddy Lubin.

Pour marquer le deuxième anniversaire de la mort de l’Ati national Max Beauvoir, le 12 septembre 2015, nous avons décidé de revisiter certains des messages les plus pertinents de ce houngan qui a passé toute sa vie à plaider l’amour, l’harmonie et la spiritualité au pays de Boukman.

Vodou et démocratie en Haïti : le plaidoyer de Max Beauvoir

« Nous sommes arrivés à un carrefour où chaque Haïtien, quelle que soit sa tendance politique et religieuse devrait s’unir pour permettre au pays de marcher vers la voie du progrès, car, depuis 1806, le pays marche à reculons. « Je dois vous dire aussi qu’il faut penser à la collaboration de tout un chacun dans ce combat pour une nouvelle Haïti. », répétait souvent l’Ati Max Beauvoir qui croyait jusqu’à son dernier souffle à la devise « L’Union fait la force », « Yon sèl dwèt pa manje kalalou », « Se kolonn ki bat », en parlant de la reconstruction d’Haïti, au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, un processus dans lequel, le vodou pourrait jouer un rôle extrêmement prépondérant.

Selon le griot Max Beauvoir, « si Haïti se trouve aujourd’hui dans ce carrefour difficile de son histoire, c’est parce qu’on a exclu le vodou, qu’il ne joue plus le rôle de pionnier comme dans l’acquisition de l’indépendance […] l’exclusion de ce groupe, depuis 1806, à la suite de la mort de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, a causé beaucoup de tort à ce pays. »

 Valorisation de la culture nationale

 C’est grâce au décret qui a été adopté en avril 2003, par le président Jean- Bertrand Aristide que la religion vodou a été légalement reconnue et autorisée au même titre que les autres religions de célébrer les cérémonies funéraires et nuptiales et tous autres actes religieux.

À l’instar de certaines religions qui bénéficient depuis toujours du support des gouvernements, la communauté des vodouisans évolue avec ces propres moyens sans l’appui de quiconque, déplorait souvent le mapou fondateur du péristyle de Mariani.

Il poursuit : « Réprimés pendant plusieurs années par les gouvernements, les vodouisants cherchent aujourd’hui encore à retrouver cette importance politique et spirituelle non négligeable », disent-ils, dans l’avancement du pays. On ne peut concevoir Haïti sans le vodou. Le nom même ne pourrait exister sans le vodou. Haïti, c’est comme Ayizan, Ayidawèdo. « Ce serait aussi une réponse au corps du protestantisme qui diabolise la religion vodou, ditil, par manque de connaissance en la matière ».

Violence contre les pratiquants jusqu’au dechoukaj

Comment est-ce que l’État haïtien s’arrange à banaliser l’état civil, où le jeune Haïtien éprouve toutes sortes de difficultés pour se faire inscrire en tant que citoyen. Une fois de plus, la communauté des vodouisants revendique une place dans le Conseil électoral provisoire ou permanent (CEP) et bien plus encore comme étant une religion officiellement reconnue par l’État, mais trahie, toujours par les dirigeants politiques.

« Depuis les 200 ans de notre indépendance, la religion du vodou a connu plus de 13 cas de dechoukaj. Et à chaque fois des milliers de vodouisans ont été tués. Évidemment, il existe des différences fondamentales entre la religion du vodou et les autres religions que nous considérons comme des religions importées. »

En dépit des « dechoukay » et de toutes les autres formes de persécution et de discrimination dont sont victimes ces Haïtiens authentiques dans leurs croyances et pratiques culturelles de « nos frères et soeurs vodouisans », le vodou est plus que jamais puissant !

Dominique Domerçant

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